Le formidable secret du dôme de Florence

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Mais le tout risquait de se fendre ou de s’effondrer, à cause de la poussée latérale produite par le poids d’une si grande structure. Afin de répondre à cette « contrainte circonférentielle », Brunelleschi voulait relier les murs avec des chaînages en pierre, en fer et en bois – comme le cerclage d’un tonneau.

Il élèverait les 17 m initiaux en pierre, affirmait-il, après quoi il continuerait avec des matériaux plus légers, de la pierre ponce ou de la brique.

Il assura aussi que le projet était réalisable sans les échafaudages au sol conventionnels. Ces économies sur le bois et le travail, au moins pour les premiers 21 m, furent accueillies avec soulagement. Ensuite, tout dépendrait de la façon dont les choses se passeraient « car, lors de la construction, seule l’expérience pratique nous apprendra ce qu’il faut faire ensuite ».

En 1420, les commanditaires acceptèrent de faire de Filippo Brunelleschi le provveditore, le maître d’œuvre du projet. Mais ils ajoutèrent une réserve de taille. Ces commerçants et banquiers à la tête froide croyaient aux vertus de la concurrence pour contrôler la qualité, et ils firent appel à Lorenzo Ghiberti, un confrère orfèvre de Brunelleschi, comme codirecteur.

Le globe en cuivre doré d’origine fut dessiné, fondu et installé au sommet du dôme entre 1466 et 1471, après le décès de Brunelleschi. La foudre le détruisit vers 1600. Un système moderne de paratonnerre protège le globe actuel. © Dave yoder

Le globe en cuivre doré d’origine fut dessiné, fondu et installé au sommet du dôme entre 1466 et 1471, après le décès de Brunelleschi. La foudre le détruisit vers 1600. Un système moderne de paratonnerre protège le globe actuel. © Dave yoder

Les deux hommes étaient rivaux depuis 1401. Ils avaient alors tous les deux concouru pour une autre commande prestigieuse, les nouvelles portes en bronze du baptistère florentin. Ghiberti l’avait emporté (et, bien plus tard, un Michel-Ange éperdu d’admiration devait parler d’une de ces réalisations de Ghiberti comme de la « porte du Paradis »).

Ghiberti était alors l’artiste le plus illustre, le mieux introduit politiquement de Florence. Et voilà Brunelleschi, dont le projet de dôme avait été accepté sans réserve, forcé de travailler côte à côte avec un ennemi dont l’immense succès lui était insupportable. Cette situation engendra nombre de complots et de combines.

C’est dans cette ambiance orageuse que débute l’édification d’Il Cupolone (« la grande coupole »), projet colossal dont l’avancement, lors des seize années suivantes, sera le cœur de l’existence de la ville. Les progrès du dôme sont le point de référence de la vie de la cité. On prédit que des événements vont advenir ou on jure de tenir des promesses « avant que le dôme ne soit couvert. »

Son profil arrondi, si différent des lignes anguleuses du style gothique, symbolise la liberté de la république florentine par rapport à la tyrannie milanaise et, plus encore, la libération de la Renaissance qui s’ébauche au regard des contraintes étouffantes du Moyen Âge.

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