Les ouragans « féminins » pas plus meurtriers que leurs équivalents masculins

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En août 2011, les astronautes à bord de l'ISS ont photographié l'ouragan Irene sur la côte est des États-Unis. © Nasa

En août 2011, les astronautes à bord de l’ISS ont photographié l’ouragan Irene sur la côte est des États-Unis. © Nasa

Selon une étude publiée la semaine dernière, les ouragans au prénom féminin causeraient plus de pertes humaines que ceux portant un prénom masculin. Faux, selon un spécialiste contacté par National Geographic.

L’actu : Katrina, Audrey, Ingrid, Wilma… De 1950 à 2012, les ouragans aux prénoms féminins auraient tué plus de personnes que ceux aux patronymes masculins.

Une thèse publiée dans la très sérieuse revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Les auteurs de l’étude, le doctorant en gestion des affaires Kiju Jung et la doctorante en sciences cognitives Sharon Shavitt, affirment que « renommer l’ouragan Eloise en Charles, par exemple, permettrait d’épargner trois fois plus de vies humaines. »

Les deux chercheurs ont confronté 1170 volontaires de l’université de l’Illinois, à Chicago, à deux scénarios catastrophe identiques, à un détail près : dans le premier, l’ouragan est surnommé Victor ; dans le second, il s’agit de Victoria.

Les enquêteurs ont demandé aux volontaires d’évaluer l’intensité de la tempête tropicale, son danger potentiel et leur intention d’évacuer les lieux après l’annonce de Victor ou Victoria. Résultat, les participants rechignaient plus à quitter leur domicile à la suite de l’annonce d’une tempête nommée Victoria.

Pourquoi ? À cause des stéréotypes de genre, qui influenceraient nos pensées et nos actions. En effet, les ouragans porteurs de prénoms féminins seraient perçus comme moins intenses et donc moins dangereux. En conséquence, les individus s’y exposeraient davantage.

Les conclusions de l’étude statistique ne s’appuient pas seulement sur le ressenti des participants. Les chercheurs ont aussi analysé les dégâts humains causés par 94 ouragans de 1950 à 2012. Là encore, le constat est sans appel : un ouragan avec un prénom masculin tue en moyenne 15 personnes, contre 42 pour un ouragan féminin de même intensité.

L’éclairage de National Geographic : « Méfiance ! », prévient Jeff Lazo du Centre national de recherche atmosphérique des États-Unis, interrogé par National Geographic.

En effet, avant 1979, les ouragans portaient uniquement des prénoms féminins. « Les chiffres sont donc biaisés, explique Jeff Lazo. Il faudrait séparer les données d’avant et d’après 1979, pour recalculer la moyenne à partir du moment où l’on a commencé à alterner les prénoms féminins et masculins. »  

Les doctorants ont répondu aux critiques sur ce point en admettant qu’ils manquaient de données post-1979 pour calculer une moyenne pertinente.

« Comme si la cause principale des pertes humaines dues à un ouragan pouvait se réduire aux intentions prêtées à son prénom !, s’indigne Jeff Lazo. Les individus sont surtout influencés par leurs sources d’information et leur expérience de ces phénomènes. »

Si la thèse de Kiju Jung et Sharon Shavitt se vérifiait, il faudrait alors repenser tout le système de désignation des ouragans.

Marie Dias Alves

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