À Hawaii, les déchets se transforment en rochers

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C’est la première fois que la pollution d’origine humaine engendre un tel phénomène : la naissance d’un caillou d’un nouveau type, fusionnant de la lave volcanique, des coquillages et des déchets en plastique. © Patricia Corcoran, département des sciences de la Terre, université de l’Ontario de l’Ouest

C’est la première fois que la pollution d’origine humaine engendre un tel phénomène : la naissance d’un caillou d’un nouveau type, fusionnant de la lave volcanique, des coquillages et des déchets en plastique.
© Patricia Corcoran, département des sciences de la Terre, université de l’Ontario de l’Ouest

Conséquence inédite de la pollution : un nouveau type de rochers est apparu sur une plage du Pacifique. Des plastiques ont fusionné avec d’autres matières sous l’effet de la chaleur.

Hawaii : ses cocotiers, ses éruptions volcaniques, ses surfeurs bronzés et… ses rochers en plastique. C’est l’étonnante découverte réalisée par une équipe de chercheurs nord-américains sur une plage de l’archipel. Cette matière d’un nouveau type, le « plastiglomérat », est un agrégat de plastique, de roche volcanique, de sédiments côtiers et de débris organiques.

Le développement industriel des plastiques date seulement des années 1950. Pourtant, soulignent les auteurs de l’étude parue le 6 juin dans le journal en ligne de la Société de géologie des États-Unis, ils sont déjà « incroyablement abondants dans les océans ». Soit 100 millions de tonnes d’après une précédente étude. Les matières plastiques s’accumulent dans le fond, près de la surface et le long du littoral. Mais ils se dégradent très lentement sur le plan chimique, et encore plus lentement par des effets biologiques. Un petit morceau de plastique, selon sa composition, pourrait subsister des millénaires avant de disparaître en totalité.

Un aperçu de Kamilo Beach. © Administration nationale des études océaniques et atmosphériques des États-Unis (NOAA)

Un aperçu de Kamilo Beach. © Administration nationale des études océaniques et atmosphériques des États-Unis (NOAA)

La plage de Kamilo Beach, à Hawaii, se situe dans un secteur que l’action combinée des courants marins et des vents transforme en poubelle à ciel ouvert. Les déchets en plastique s’accumulent sur la plage ou sont projetés dans la végétation, voire se couvrent de sable et se mêlent à la couche sédimentaire.

Mais parfois, sous l’effet de la chaleur, des plastiques fusionnent avec des matériaux plus denses (lave, sable, coquillages, détritus). Ils forment alors une matière lourde, qui s’apparente à une roche.

En générant de fortes températures directement sur le sable, les amateurs de barbecue favorisent cette opération Frankenstein. Ailleurs, des feux de forêts, des écoulements de lave ou, simplement, de fortes chaleurs localisées pourraient aboutir aux mêmes conséquences.

L’apparition du plastiglomérat, avancent les chercheurs, constitue une ligne de partage : elle confirmerait l’avènement de l’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique qui signe l’activité humaine jusque dans les profondeurs du sous-sol.

Fabien Maréchal

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