Au Népal, naître femme est une malédiction

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Nanda épouse aujourd’hui Birendra. Comme la majorité des Népalaises, elle n’a pas choisi son époux. Et impossible de savoir son âge : 17 ou 23 ans, selon les témoins. Bien que le mariage soit interdit avant 18 ans, dans les zones rurales, les jeunes filles sont souvent mariées dès l’adolescence ou plus jeunes encore. Un simulacre d’enlèvement sera organisé, et la femme emmenée à dos d’homme dans la montagne. © Marie Dorigny

Nanda épouse aujourd’hui Birendra. Comme la majorité des Népalaises, elle n’a pas choisi son époux. Et impossible de savoir son âge : 17 ou 23 ans, selon les témoins. Bien que le mariage soit interdit avant 18 ans, dans les zones rurales, les jeunes filles sont souvent mariées dès l’adolescence ou plus jeunes encore. Un simulacre d’enlèvement sera organisé, et la femme emmenée à dos d’homme dans la montagne. © Marie Dorigny

Mariées de force, répudiées, violées, assassinées… Nulle part au monde, les femmes ne sont aussi maltraitées. Voici la face cachée du paradis des trekkeurs.

Quand je la rencontre à Kapilvastu, son village, Gudiya a presque l’air d’une apparition. Elle appartient à la communauté madeshi, qui peuple le Teraï, les basses plaines népalaises frontalières de l’Inde.

Avec son jean et son tee-shirt, sac à dos à l’épaule, voile turquoise posé sur ses longs cheveux noirs, elle tranche avec le cadre, un tableau traditionnel de filles en saris multicolores égaillées au milieu de masures en pisé. Il y a peu, Gudiya ne l’aurait pas déparé.

À 8 ans, elle a quitté l’école pour aider aux travaux des champs. À 14 ans, elle était mariée. À 16 ans, elle était brûlée vive par sa belle-sœur, après la mort d’un buffle qui lui avait valu d’être accusée de sorcellerie.

Laissée pour morte, la jeune fille doit à ses voisins d’avoir survécu. Ils ont contacté Saathi, une ONG venant en aide aux femmes victimes de violences, dont des membres ont conduit Gudiya à l’hôpital.

Entre 60 et 70 % des Népalaises seraient victimes de violences, à commencer par les brutalités domestiques qu’elles endurent au quotidien. « Probablement le pire pays au monde pour les femmes », estime la directrice d’une ONG.

Durant ses deux années de convalescence à Katmandou, elle a appris à lire, à coudre, et une certaine idée des droits des femmes. « L’ancienne Gudiya est morte, assène-t-elle. Lorsque je suis revenue au village, j’ai prévenu mon père que j’irai voir la police s’il mariait ma jeune sœur. J’ai dit aux femmes qu’elles devaient cesser les mariages précoces, mais elles se sont moquées. Il faut que notre culture change, que les filles aient accès à l’éducation pour connaître leurs droits. »

Pour compléter le revenu de sa famille de quelques roupies à peine, Manmaï, 36 ans, mère de quatre enfants, transporte de lourdes charges après sa journée de travail aux champs. © Marie Dorigny

Pour compléter le revenu de sa famille de quelques roupies à peine, Manmaï, 36 ans, mère de quatre enfants, transporte de lourdes charges après sa journée de travail aux champs. © Marie Dorigny

Gudiya est aussi revenue pour demander le divorce et réclamer la moitié des biens du couple lui revenant selon la loi (en pratique, des transferts de propriété opportuns à un tiers en compromettent souvent l’application). Elle en avait besoin pour refaire sa vie dans la capitale. Son mari, lui, avait déjà pris une nouvelle épouse, selon le scénario classique de la polygamie.

Gudiya, c’est la face sombre du Népal, l’envers glauque du paradis des trekkeurs. Dans l’ancien royaume himalayen, les femmes restent des citoyennes de seconde zone, corsetées par les traditions et le poids des discriminations.

« En termes de degré de violence endurée quotidiennement, le Népal est probablement le pire pays du monde pour les femmes », estime Christine Chambon, la directrice de l’ONG Planète Enfants à Katmandou. Entre 60 et 70 % des Népalaises seraient victimes de toutes formes de violence. À commencer par les brutalités domestiques, endémiques.

Dans les deux pièces exiguës dévolues aux dépositions, au Women Cell de la police de Katmandou, c’est tous les jours le même défilé d’épouses en pleurs et de maris au coup de poing facile.

« On s’est battus tous les deux, mais j’ai peut-être cogné un peu plus fort », admet du bout des lèvres un bijoutier à la jalousie maladive devant son épouse au corps tuméfié. « Elle est sarcastique avec moi. Je suis l’homme, tout de même », s’offusque un ingénieur bon teint, outré de devoir rendre des comptes. Tous les deux se voient rappeler l’existence d’une loi qui punit la violence conjugale de six mois de prison et 25 000 roupies d’amende (180 euros).

Ce service, comme les autres du même type présents dans les soixante-quinze districts du Népal, se compose exclusivement de femmes spécialisées dans les violences domestiques. Mais les plaintes atteignent rarement le tribunal. Au poste de police, un leitmotiv est rabâché aux victimes : « la nécessité du compromis ».

Au Népal, la citoyenneté reste le domaine réservé des hommes. Il dépend du bon vouloir des pères ou des maris de l’octroyer à leur fille ou à leur épouse. Sans l’accord préalable des mâles, pas d’existence légale.

« Nous faisons en sorte que les deux parties discutent, m’explique Dudhi Maya Lama, la sous-directrice du service féminin. Dans notre culture, les femmes mariées ne peuvent pas retourner vivre chez leurs parents. Comme elles n’ont aucun soutien à attendre de leur famille et n’ont souvent aucune indépendance financière, la plupart d’entre elles n’ont pas d’autre choix que de retourner avec leur conjoint. »

« 99 % des hommes de notre pays pensent encore que les femmes doivent leur obéir, renchérit Sumeetra Manandhar, avocate et conseillère bénévole au service. Les divorcées, considérées comme impures, ne sont pas acceptées. Une femme qui ne fait pas de compromis ruine sa vie. »

Pour durer, les femmes doivent endurer. La leçon vaut pour toutes les confessions – hindoue, bouddhiste, musulmane – et toutes les castes. Renuka, 19 ans, est brahmane. Assise sur un matelas, dans un refuge de Katmandou, elle s’efforce de langer son bébé. Gestes heurtés et malhabiles. Son torse, ses bras et son cou ont été dévorés par le feu.

 

Sa tête est perpétuellement penchée depuis que la chair de son cou a fusionné avec celle de ses épaules. Mariée à 14 ans sur un coup de foudre, auquel ont succédé les coups de colère d’un époux violent, elle a trouvé une issue désespérée à ses noces barbares : l’immolation par le feu. « C’était une erreur, bien sûr, lâche-t-elle dans un souffle. Mais, sur le moment, je ne pouvais pas imaginer d’autre solution. »

Victime d’un époux brutal, Renuka s’est arrosée d’essence.Après l’hôpital et un centre d’accueil pour femmes battues, elle retournera avec son mari, car sa mère, partie travailler au Koweït, ne peut plus l’héberger. © Marie Dorigny

Victime d’un époux brutal, Renuka s’est arrosée d’essence.Après l’hôpital et un centre d’accueil pour femmes battues, elle retournera avec son mari, car sa mère, partie travailler au Koweït, ne peut plus l’héberger. © Marie Dorigny

Renuka n’est pas un cas isolé. Le suicide est devenu la première cause de mortalité chez les Népalaises âgées de 15 à 49 ans, affirme une étude du ministère de la Santé publiée en 2009.

« La violence contre les femmes a toujours existé, assure Pramada Shah, princesse de la famille qui a régné jusqu’à l’abolition de la monarchie, en 2008, et fondatrice de Saathi. Je gère des foyers de victimes depuis vingt ans, ils n’ont jamais été vides, mais les formes de violence ont gagné une intensité nouvelle ces dernières années. » 

« Mes parents sont des fermiers – moi, je voulais devenir policière, car je ne voyais que des hommes dans la police. J’avais 13 ans quand ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient plus payer l’école. » Babari est une jolie jeune fille de 18 ans, toute de rose vêtue.

« Et puis un parent de ma mère nous a rendu visite et a promis de m’offrir une meilleure éducation en Inde. J’étais si heureuse ! » En fait d’études, l’homme a vendu Babari à un bordel d’Agra. « Deux mois plus tard, j’ai vu ma cousine arriver. Il l’avait vendue, elle aussi. Ensemble, nous avons réussi à nous échapper à la faveur d’une coupure d’électricité. »

Babari est un cas d’école. Pour les Népalaises, ce début de XXIe siècle est celui de la double peine. Aux violences traditionnelles se superposent de nouvelles agressions. Sur fond de pauvreté galopante et d’instabilité politique chronique, les trafics de femmes prospèrent. À Katmandou d’abord.

Elles s’appellent Sharmila, Sandhya ou Premika, elles ont 14, 15 ans... Elles ont quitté leur village, fuyant la pauvreté et la faim, un père ou un mari alcooliques et violents. À Katmandou, elles sont une proie facile pour les souteneurs. © Marie Dorigny

Elles s’appellent Sharmila, Sandhya ou Premika, elles ont 14, 15 ans… Elles ont quitté leur village, fuyant la pauvreté et la faim, un père ou un mari alcooliques et violents. À Katmandou, elles sont une proie facile pour les souteneurs. © Marie Dorigny

Là, l’ethnie Dong tient le business du sexe. Née dans les balbutiements de la démocratie, cette mafia monnaie son impunité contre des services aux partis politiques (intimidation ou enlèvement de rivaux) lors des élections. Mais les Népalaises s’exportent aussi. Chaque année, 7 000 à 12 000 d’entre elles seraient victimes de réseaux internationaux de prostitution.

«Depuis une dizaine d’années, elles ne sont plus simplement envoyées en Inde, mais aussi au Moyen-Orient, en Corée du Sud, en Chine et en Afrique du Sud », m’explique Sunita Denuwar, la présidente de Shakti Samuha.

Cette association administre des refuges pour les victimes et a recueilli Babari. « C’est le crime organisé qui gère les réseaux aujourd’hui. » Et qui rentabilise au maximum ses esclaves transbahutées, allant jusqu’à combiner trafic d’organes et exploitation sexuelle, le prélèvement d’un rein précédant parfois la maison close.

« Très peu de victimes de trafic portent plainte, car les familles sont souvent impliquées, souligne Laxmi Shrestha, une conseillère de l’ONG Saathi. Les filles sont illettrées, elles ne gagnent pas d’argent. Elles représentent un fardeau pour les familles pauvres. »

Ces filles perdues viennent en majorité des campagnes miséreuses du pays. Le Sindhupalchok est l’un de ces districts des montagnes, à quelques heures de route de Katmandou mais déjà à des années-lumière.

Le village de Batase, au flanc d’une vallée escarpée, déploie une immémoriale beauté pastorale. Avec conditions de vie à l’avenant : quelques pompes à eau, électricité intermittente et accès aux soins quasi inexistant tant le village est enclavé.

La route la plus proche est à deux heures de marche. Jusqu’à l’installation d’un dispensaire de Médecins du Monde, voilà deux ans, plus de 90 % des femmes accouchaient à domicile.

Les cultures en terrasses dégringolent vers le vide. Du riz, du maïs et quelques légumes, qui assurent tout juste la subsistance des familles. À chaque coin de sentier, des femmes ploient sous le doko, le panier traditionnel en bambou leur servant pour le bois et le fourrage.

« Elles portent de lourdes charges jusqu’au neuvième mois de leur grossesse et n’ont même pas le temps de s’alimenter correctement, déplore Pushpa Jirel, la sage-femme du dispensaire. Elles n’ont pas le choix, car la plupart des hommes se sont exilés. Parfois, ils restent absents pendant deux ou trois ans. »

Avec un revenu de 700 dollars par habitant et par an, le Népal reste l’un des pays les plus pauvres de la planète. Le manque de perspectives de développement y enfante des bataillons de migrants.

Des hommes, en premier lieu, qui vont louer en masse leurs bras dans la capitale, en Inde et dans les pays du golfe Persique. Laissées seules, les femmes sont d’autant plus vulnérables qu’elles doivent désormais faire face au réchauffement climatique.

Ce bouleversement affecte les rendements agricoles, sur fond d’insécurité alimentaire grandissante. Celle-ci touche aujourd’hui 6,4 millions de personnes, soit presqu’un quart de la population.

Un exode rural massif, amorcé durant la guerre civile, qui a gonflé la population de Katmandou et de sa vallée, celle-ci atteignant quelque 3 millions. © Marie Dorigny

Un exode rural massif, amorcé durant la guerre civile, qui a gonflé la population de Katmandou et de sa vallée, celle-ci atteignant quelque 3 millions. © Marie Dorigny

Parfois, des familles entières prennent le chemin de l’exode vers Katmandou. Mais, pour beaucoup d’entre elles, le voyage se termine dans les bidonvilles, où les illusions perdues se noient dans l’alcoolisme et où sévissent des violences renouvelées contre le « sexe faible ».

Coincé entre l’aéroport et une rivière aux berges jonchées d’ordures, Manohara est le plus grand de ces bidonvilles : 4 000 migrants y végètent dans un dédale crasseux de masures de briques et de tôle ondulée. Dont la famille Maya.

Les parents et leurs trois enfants s’entassent dans quelques mètres carrés, partagés avec une vingtaine de poules. Som Maya, 12 ans, la cadette, regard fixe et parole rare, reste rivée à la télévision tandis que sa mère nous raconte son histoire.

Som a été violée par un voisin, un commerçant d’une soixantaine d’années. Une hospitalisation et une tentative de suicide plus tard, elle est revenue dans le bidonville, trop pauvre pour bénéficier d’une aide psychologique.

La légalisation de l’avortement, censée être une avancée en matière de droits des femmes, a débouché sur un drame : l’avortement sélectif de fœtus féminins. En 2011, les filles étaient moins nombreuses que les garçons pour la classe d’âge de 0 à 10 ans.

 

« Son agresseur nous a offert 20 000 roupies pour que nous retirions notre plainte. Mais l’argent n’est rien comparé à la vie de ma fille, personne ne voudra l’épouser maintenant », enrage sa mère, toute à sa nostalgie d’un remède pire que le mal.

« Quand j’étais jeune, la communauté savait quoi faire. Si une fille était violée, le village obligeait le garçon à l’épouser. Mais, dans les villes, les gens ne s’entraident pas. »

Si le constat est glaçant, il n’est pourtant pas désespéré. Les bouleversements de la société népalaise ont des effets ambivalents. Dans les campagnes désertées par les hommes, les ONG s’appuient de facto sur les femmes.

Ainsi d’Oxfam dans le district de Surkhet, dans l’ouest du pays. « Nous avons mis en place une coopérative fonctionnant sur le microcrédit pour la production de semences », résume Mahendra Narayan Mahato, le coordinateur d’Oxfam au Népal.

Sur les 1 251 membres de la coopérative, 928 sont des femmes. « Il n’y avait presque plus d’hommes dans les villages, alors nous avons bâti le programme autour d’elles. »

L’initiative a permis de créer des emplois et de freiner l’émigration des habitants. Mais elle constitue surtout un facteur d’émancipation des villageoises. « C’est toute la beauté de la chose, s’enthousiasme Netra Regmi, l’un des responsables du projet. Aujourd’hui, elles ont acquis un vrai pouvoir de décision au niveau local. »

À Manohara, le plus grand des 63 bidonvilles que compte Katmandou, les femmes tout juste arrivées de leurs villages s’efforcent de survivre dans des ateliers aux mains d’exploiteurs. © Marie Dorigny

À Manohara, le plus grand des 63 bidonvilles que compte Katmandou, les femmes tout juste arrivées de leurs villages s’efforcent de survivre dans des ateliers aux mains d’exploiteurs. © Marie Dorigny

Au-delà de ces happy ends localisés, les principaux progrès tiennent aux avancées législatives de la dernière décennie : légalisation de l’avortement, instauration du partage des biens en cas de divorce, loi contre la violence domestique. La force de ces réformes demeure toutefois limitée par une subtilité locale que nous découvrons en cours de route.

Au Népal, la citoyenneté reste le domaine réservé des hommes. Il dépend du bon vouloir des pères ou des maris de l’octroyer à leur fille ou à leur épouse. Sans l’accord préalable des mâles, pas d’existence légale.

Autrement dit pas d’accès à l’éducation supérieure, à la propriété, ou à un simple compte bancaire. Ces apatrides de l’intérieur existent dans tout le pays mais se concentrent en particulier dans le Nord-Ouest, une zone qui constitue un condensé des plus graves atteintes contre les femmes.

Dans cette foire du pire, on trouve les intouchables badi, encore vouées à la prostitution il y a quelques années en vertu du double stigmate de l’infériorité de leur sexe et de leur caste. Le territoire abrite aussi les deuki, des fillettes vendues aux temples par des parents désireux de s’attirer la faveur des dieux. Elles sont condamnées à être abusées par des fidèles persuadés de laver leurs péchés par la grâce du viol.

« Entre 80 et 90 % d’entre elles sont illettrées dans le district de Dailekh, souligne Susan Parajuli, le responsable d’un programme pilote mené par Oxfam pour développer l’autonomie des femmes dans la région. Quand les maris partent à l’étranger, ils leur laissent un portable pour pouvoir les contacter, mais elles-mêmes sont incapables de passer ne serait-ce qu’un appel d’urgence, elles ne peuvent pas déchiffrer les touches. Leur apprendre à lire fait déjà une énorme différence. Nous leur expliquons aussi l’importance d’avoir la citoyenneté, car elles n’ont aucune conscience de leurs droits. »

Dans le village de Galrabaj, l’arrivée de la mousson a donné le signal de départ pour de nouvelles cultures. Les femmes de la coopérative Sapana (le Rêve) se retrouvent pour planter le riz. © Marie Dorigny

Dans le village de Galrabaj, l’arrivée de la mousson a donné le signal de départ pour de nouvelles cultures. Les femmes de la coopérative Sapana (le Rêve) se retrouvent pour planter le riz. © Marie Dorigny

 

Dans les villages où il a été institué, le programme a permis de réduire le nombre de femmes qui étaient privées de citoyenneté de 90 % à 60 %. Mais il s’est heurté à un mur au chapitre du chhaupadi – littéralement, « les femmes ayant leurs règles ».

« Y a-t-il une femme chhau en ce moment ? », demande Susan Parajuli à la première personne que nous croisons dans le hameau de Tolipani. Nous obtenons aussitôt le renseignement.

Les menstruations sont l’affaire de la communauté. « Si je rentrais chez moi, le bétail mourrait », me dit Bhagwoti Gharti, 23ans, reléguée depuis deux jours dans les combles de la bergerie. « Quelque chose de mauvais arriverait », ajoute une voisine.

Considérées comme impures durant leurs règles et pendant onze jours après un accouchement, les femmes hindoues sont reléguées dans des paillotes spéciales ou dans les étables.

En été, certaines sont mordues par les serpents qui élisent domicile dans les branchages des huttes ; en hiver, d’autres succombent au froid. Ces abris à l’écart sont aussi propices à des viols occasionnels. Les séjours dans l’insalubrité des étables ne sont guère plus enviables. Les serpents constituent le principal souci de Bhagwoti.

Ici comme dans nombre de villages du district, les ONG ont opté pour la politique des petits pas tant la tâche est immense. Avant l’installation d’un puits, il y a quelques mois, les habitants de Tolipani buvaient encore l’eau croupie de la mare des buffles.

Dans cet extrême dénuement, la libération des femmes attendra. Quand nous quittons le village, Susan Parajuli me précise qu’à Katmandou, les femmes restent confinées dans une chambre à part pendant leurs règles. En ville, les manières sont plus policées, mais les préjugés tout aussi féroces.       

Marie-Amélie Carpio

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