La vie sexuelle des animaux: la défloration douloureuse du grillon

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PHOTO : PIOTR NASKRECKI

Chez les humains, être défloré, dit-on, change à jamais un être. « Tu m’étonnes! », pourrait répondre le grillon mâle du genre Cyphoderris. Et pour cause, sa première fois est loin d’être une sinécure. Pas satisfaite de lui avoir pris sa virginité, la femelle lui mord aussi le corps. 

Chez ces grillons, la saison des amours implique ce que Scott Sakaluk, écologue-comportementaliste, définit comme « une forme inhabituelle de cannibalisme sexuel ». Pour attirer la femelle, le mâle émet un appel en frottant ses ailes antérieures – ce que l’on appelle la stridulation. 

Ensuite, il conclut l’affaire en laissant sa partenaire ronger ses ailes postérieures et lécher son hémolymphe, l’équivalent du sang chez les insectes, pendant l’acte. « Une nuit, il est encore puceau. Le lendemain, il s’est fait grignoter », résume Sakaluk. Pourquoi certains mâles multiplient-ils ce type de rencontre morbide (qui se révèle rarement, voire jamais, mortelle), alors que certains n’en font aucune? 

Tout tient à leur stridulation. Quand Geoff Ower, collègue de Sakaluk, a comparé les appels lancés par les grillons, il a constaté « des différences fondamentales » entre les sons produits par les mâles les plus chanceux avec la gent féminine et les autres. Être un objet sexuel peut entamer la puissance physique nécessaire à la stridulation, explique Sakaluk. À la fin de la saison des amours, « il reste très peu de grillons stridulants: ceux qui ont fait un maximum de conquêtes et qui ont été dévorés jusqu’aux moignons. »

Par Patricia Edmonds

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