Le saviez-vous ? Le changement climatique pousse l’aquaculture à évoluer

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Le changement climatique n’épargnera pas les élevages de poissons. Mais les impacts négatifs et positifs pourraient s’équilibrer. Explications avec Marc Metian, chercheur aux laboratoires d’environnement de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Monaco).

Rien n’y échappe ! L’aquaculture devra, elle aussi, s’adapter au changement climatique pour continuer à satisfaire une demande mondiale de poissons toujours croissante. “Les modifications du climat affecteront le secteur aquacole, mais tous les effets ne seront pas négatifs, affirme Marc Metian. Les changements climatiques vont potentiellement créer des opportunités de développement pour l’Europe ou l’Afrique, où la production est relativement réduite. Ils devraient également favoriser la production d’espèces moins commercialisées comme les algues marines.”

En Europe aujourd’hui, la production maritime se situe essentiellement en Méditerranée. “Le réchauffement et l’acidification des eaux pourraient permettre de nouveaux élevages dans les zones tempérées ou froides, souligne le scientifique. Mais il est encore très délicat de déterminer avec exactitude les zones géographiques qui seront favorisées.”

L’aquaculture devra s’adapter

Des études mesurant l’impact du changement climatique sont en cours, mais les scientifiques s’accordent déjà sur certains points : “La multiplication des facteurs de stress (réchauffement de l’eau et hausse de l’acidité) ravage les espèces les plus fragiles, comme les coquillages et les moules. »

L’acidification a ainsi gravement endommagé la production conchylicole (huîtres) de la côte ouest des États-Unis : “En 2007, les éleveurs n’ont récolté que 25 % de leur production habituelle”, note le chercheur. Avec l’augmentation du CO2 dans l’océan, l’eau devient corrosive et ralentit la formation des structures calcaires des coquillages et autres mollusques à coquille.

Autre écueil : l’aquaculture a besoin de la pêche pour procurer la nourriture aux poissons d’élevage. Or les espèces fouragères (utilisées pour la fabrication des farines et des huiles) se raréfient en raison des variations de température océanique. “Les scientifiques essaient de trouver des substituts alimentaires afin de rendre l’aquaculture moins dépendante de la pêcherie, assure Marc Metian. D’autres chercheurs travaillent sur la sélection d’espèces plus résistantes, ou bien encore sur l’intégration de plus d’huiles végétales dans l’alimentation des poissons d’élevage. »

Vers une aquaculture plus durable ?

La science suffira-t-elle à sauver l’aquaculture ? Pas sûr, car certaines méthodes conventionnelles endommagent gravement les écosystèmes : destruction des mangroves, utilisation systématique d’antibiotiques et d’antidépresseurs, eutrophisation des eaux, etc. “Les adaptations doivent se faire au profit d’une aquaculture plus respectueuse de l’environnement. La dynamique actuelle est de responsabiliser les acteurs de la filière dans ce sens : aliments plus performants, gestion et suivi de l’élevage, contrôles des paramètres de qualité de l’eau…”

En France, des filières plus durables existent.  Une trentaine de site dédiées élèvent des daurades, des truites et des bars bio. Leur production: 1 200t de poissons contre 350 tonnes en 2007 (source: Agreste). Le bio ne représente cependant que 2,3 % de la production française et 1% de la production mondiale. Peut-être un nouvel élan pour l’aquaculture du futur.

marc metianMarc Metian est chercheur aux laboratoires d’environnement de l’Agence international de l’énergie atomique (Monaco). Il est spécialiste en aquaculture et radio-écologie, et membre de la plateforme Océan et Climat. Cet entretien reflète son point de vue et non celui de son institution.

 

 

Par Sidonie Hadoux

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Retrouvez également les autres articles de la série océan :

 >> Épisode 1/ L’océan est le principal réservoir de chaleur de notre planète

>> Épisode  2/ L’océan devient corrosif

>> Épisode  3/ L’océan est une super pompe à carbone

>> Épisode  4/ Les grands fonds réagissent déjà aux changements climatiques

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