En France, le scénario du 100 % renouvelable existe déjà !

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Inaugurée en 2011, la ferme solaire des Mées, dans les Alpes-de-Haute-Provence, abrite des panneaux photovoltaïques sur 200 ha. C'est la plus grande installation de ce type en France. Elle alimente près de 12 000 foyers en énergie renouvelable. © Matthieu Colin

Inaugurée en 2011, la ferme solaire des Mées, dans les Alpes-de-Haute-Provence, abrite des panneaux photovoltaïques sur 200 ha. C’est la plus grande installation de ce type en France. Elle alimente près de 12 000 foyers en énergie renouvelable. © Matthieu Colin

Ce n’est pas une utopie. Le schéma d’une France sans nucléaire ni carbone a été imaginé et planifié très précisément. France verte, mode d’emploi. 

En seulement quelques décennies, la France peut bannir énergies nucléaire et fossiles pour les remplacer par des énergies propres et renouvelables (EnR). C’est ce qu’assurent vingt-cinq experts et praticiens de l’énergie dans Le Manifeste négaWatt, en route pour la transition énergétique (éditions Actes Sud), qui vient d’être enrichi et actualisé après une première publication en 2003. Le «scénario négaWatt» élabore avec précision un plan énergétique pour la France d’ici à l’horizon 2050. Et ce, pour tous les usages de l’énergie : non seulement l’électricité, mais aussi la chaleur et la mobilité. Le plan d’action proposé s’appuie sur trois piliers : la sobriété, l’efficacité énergétique et le recours massif aux EnR.

Les deux premiers axes permettent de parcourir la moitié du chemin, l’idée des ingénieurs étant qu’«une bonne énergie est une énergie qu’on ne consomme pas». «Nous avons réfléchi aux économies possibles, secteur après secteur, explique Marc Jedliczka, porte-parole de l’association négaWatt. En matière de transport, par exemple, combien de carburant pourrait-on économiser si les autoroutes étaient limitées à 110 km/h au lieu de 130 km/h ? Côté urbanisme, on pourrait optimiser la consommation d’énergie et limiter les déplacements encréant des “îlots” où logement, travail, commerce et loisirs seraient regroupés. L’expérience est actuellement tentée dans l’ensemble d’immeubles Hikari, à Lyon.»

Un autre exemple, très concret, d’efficacité énergétique concerne l’isolation des bâtiments. Pour négaWatt, un investissement massif dans ce secteur permettrait à la fois d’améliorer le confort des habitations, de faire baisser la facture de chauffage et de créer de nombreux emplois (69 000 en 2030).

L’association négaWatt n’est pas la seule à parier sur une diminution de la consommation d’énergie : tous les scénarios établis depuis le Grenelle de l’environnement, organisé en 2007, le font, à différents degrés. Promulguée le 18 août dernier, la loi de transition énergétique vise ainsi à diviser par deux les besoins en énergie du pays d’ici à 2050.

En ce qui concerne le recours aux énergies renouvelables, troisième axe du programme, négaWatt s’interdit de miser sur des innovations technologiques à la faisabilité incertaine. Les experts préfèrent fonder leurs hypothèses sur une dizaine de sources d’énergies, renouvelables et complémentaires, notamment sur le biogaz issu de la méthanisation (fermentation de matières organiques) ou de la gazéification de la biomasse (bois, résidus forestiers).

Chambouler nos habitudes, notre façon de nous déplacer, de nous chauffer, de nous nourrir ; créer de nouvelles industries, en condamner d’autres… en seulement trente-cinq ans. Un tel changement de paradigme est-il réaliste? Les barrières et les freins semblent encore colossaux. Pour Jean-Marc Jancovici, ingénieur et spécialiste des questions d’énergie, «le “scénario négaWatt” est physiquement possible, mais il est difficile de voir si les investissements nécessaires sont compatibles avec les conditions sociales et économiques du moment».

L’équipe de négaWatt, elle, en est convaincue. Elle souligne que, si la question de l’arrêt du nucléaire a longtemps semblé insurmontable (les cinquante-huit réacteurs de l’Hexagone fournissent 73% de l’électricité produite en France), les mentalités semblent évoluer. Ensignant la loi de transition énergétique, l’État s’est engagé à ramener la part de l’atome dans la production d’électricité à 50% en 2025. En avril dernier, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) est allée plus loin en publiant en ligne un rapport, intitulé Vers un mix électrique 100% renouvelable en 2050. Le «scénario négaWatt» n’est plus le seul à envisager un virage radical vers les énergies renouvelables.

Par Céline Lison

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