Plongée dans les entrailles de Londres

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Des banlieusards s’engouffrent dans la station Piccadilly Circus, au cœur de Londres. Les fouilles précédant le creusement d’une nouvelle ligne de métro ont fourni des milliers d’objets qui retracent l’histoire de la ville, depuis l’âge de pierre. © Simon Norfolk

Creusez la chaussée de Londres, et vous trouverez de tout : une fresque romaine du Ier siècle, une paire de patins à glace médiévaux, une dent d’éléphant…

1- Un millefeuille archéologique millénaire

2- Le chantier du Crossrail, un incroyable filon pour les archéologues

3- L’énigmatique « pierre de Londres »

4- À Londres, l’archéologie n’est pas que souterraine

> À découvrir : notre vidéo sur les fouilles archéologiques sous la station Liverpool Street

1. Un millefeuille archéologique millénaire

Dans un laboratoire très éclairé situé au-dessus du musée d’archéologie de Londres (Mola), la conservatrice Luisa Duarte nettoie avec délicatesse une grande fresque du Ier siècle. L’oeuvre a été apportée quelques jours plus tôt d’un chantier sur Lime Street, au coeur du quartier financier de la ville. Les ouvriers qui creusaient les fondations d’un nouvel immeuble de bureaux sont tombés sur les vestiges d’un bâtiment romain. Les experts du musée ont daté la fresque à environ 60 apr. J.-C., ce qui en fait l’une des plus anciennes découvertes à Londres. Mesurant presque 3 m de long et 2 m de haut, c’est aussi l’une des plus grandes et des plus complètes.

« Son commanditaire, quel qu’il fut, était extrêmement aisé », affirme Duarte tout en dégageant au couteau les bouts de terre humide encore accrochés à la surface de la fresque. « C’était peut-être un marchand ou un banquier, poursuit-elle. En tout cas, un homme de goût, d’argent et de style. Ce rouge, par exemple, s’avère être du cinabre, un pigment coûteux et peu utilisé. Nous en trouvons parfois, mais seulement sur les oeuvres les plus raffinées. »

Les archéologues pensent que cette fresque décorait un bâtiment démoli à la fin du Ier siècle pour faire place à une basilique et à un forum grandioses, les plus vastes jamais construits par les Romains au nord des Alpes, plus vastes que l’actuelle cathédrale Saint-Paul. Des quartiers entiers furent rasés, les gravats utilisés comme remblais et le grand dessein de la génération suivante construit par-dessus. Ce projet de rénovation urbaine fut le premier d’une série qui dure depuis mille neuf cents ans.

Creusez la chaussée de Londres, et vous trouverez de tout : une fresque romaine du ier siècle, une paire de patins à glace médiévaux, une dent d’éléphant… La capitale, l’une des plus vieilles d’Europe, a été habitée et construite de manière continue par les Romains, les Saxons, les Normands, les Tudors, les Georges, les dandys de la Régence et les Victoriens, chacun ajoutant sa pierre à l’édifice. C’est ainsi que la ville moderne repose sur un millefeuille archéologique de 9 m de haut. Le principal défi des chercheurs, c’est que Londres est une métropole de plus de 8 millions d’habitants, avec des rues bondées, des gratte-ciel et une architecture monumentale. Les occasions de soulever la chape de béton et de sonder les richesses du sol sont plutôt rares et brèves. Mais la conjonction parfaite de grands travaux publics et d’un boom de la construction immobilière dans le coeur historique de Londres a permis de sonder comme jamais les entrailles de la ville.

La moisson de trésors qui en a résulté est étourdissante. Les millions d’objets exhumés relatent l’histoire du peuplement humain le long de la Tamise –des débuts du Mésolithique, il y a quelque 11 000 ans, à l’époque victorienne de la fin du XIXe siècle. Ont aussi été retrouvés les ossements de milliers de Londoniens anonymes, enterrés dans des cimetières recouverts il y a des siècles et oubliés par la suite.

«Ces fouilles nous ont fourni un aperçu saisissant de la vie des Londoniens à travers les âges, explique Don Walker, spécialiste des os au Mola. Et cela vous fait prendre conscience que vous n’êtes qu’un petit figurant dans la longue histoire del’humanité.»

L’un des tout premiers chapitres de cette histoire est apparu au grand jour après 2010, sur le chantier de 1,2 ha de Bloomberg London, le futur siège européen du géant de la finance. Située dans l’ancien quartier de Cordwainer, où les ouvriers du cuir exerçaient leur métier depuis l’Antiquité, la fosse de 12 m de profondeur s’est révélée être l’un des plus importants sites romains jamais trouvés à Londres. À mesure que la terre était dégagée, des rues entières apparaissaient, avec des échoppes, des maisons, des clôtures et des jardins. Le site, qui remonte au début des années 60 apr. J.-C., était dans un état de conservation si exceptionnel que les archéologues le baptisèrent «la Pompéi du Nord». Plus de 14 000 objets y ont été découverts, parmi lesquels des pièces de monnaie, des amulettes, des assiettes en étain, des lampes en céramique, 250 sandales et bottes en cuir, et plus de 900 caisses de poteries.

«Dans la capitale, jamais autant de petits objets n’ont été mis au jour sur un même site, rappelle l’archéologue Sadie Watson, qui a supervisé les fouilles pour le Mola. Cela nous apporte un éclairage inédit sur la vie quotidienne dans la Londres romaine.» Le trésor recélait près de 400 tablettes à écrire en bois remarquables –certaines encore lisibles–, d’accords juridiques et de documents financiers. (Un autre site a fourni des listes de courses, des invitations à des fêtes et un contrat pour l’achat d’une jeune esclave.) Leur conservation admirable est due à une petite rivière tombée dans l’oubli, la Walbrook, qui coulait au coeur de Londinium avant de se jeter dans la Tamise. Ses rives marécageuses et son sol détrempé préservaient à peu près tout ce qui y tombait.

«Cette bonne vieille humidité anglaise!, dit Watson en riant. Grâce à la Tamise et à ses a uents, Londres dispose de l’un des meilleurs environnements possibles pour la préservation d’artefacts. Des objets en cuir, en bois ou en métal qui ailleurs pourriraient ou rouilleraient sortent de terre en très bon état.»

2. Le chantier du Crossrail, un incroyable filon pour les archéologues

Mais, pour l’archéologie londonienne, la plus grande aubaine est, de loin, le Crossrail. Cette nouvelle liaison ferroviaire souterraine, qui doit relier le Grand Londres d’est en ouest, est dotée d’un budget de près de 20 milliards d’euros. Depuis le début des travaux, en 2009, les 42 km de tunnels et la quarantaine de chantiers du Crossrail ont permis de mettre aujour des milliers d’objets et de fossiles, couvrant 70 000 ans d’histoire.

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Des archéologues ont déterré ces crânes de l’époque romaine près de la station Liverpool Street. Enterrés il y a environ 1 900 ans, ils ont été emportés par le courant d’une rivière. © Simon Norfolk

La fouille la plus vaste et la plus spectaculaire a été lancée au printemps dernier, en face de la station très fréquentée de Liverpool Street. Pour construire un nouvel espace de vente de billets, le plan impliquait de couper à travers le premier cimetière municipal de la ville, celui de Bedlam. Il fallait exhumer les restes de plus de 3 300 Londoniens, morts pour la plupart au cours des XVIe et XVIIe siècles, quand les rues étaient souvent contaminées par la peste.

> À découvrir également : La peste noire, un fléau qui court toujours

À l’époque, les cimetières des églises débordaient de victimes, et les officiels décidèrent de faire bâtir un cimetière public pour répondre à l’urgence. Les directeurs du Bethlem Royal Hospital – communément appelé Bedlam – leur vendirent un terrain de 0,4 ha en 1569. Parce qu’il n’appartenait à aucune église, Bedlam devint la dernière demeure prisée des radicaux, des non-conformistes, des migrants, des marginaux ainsi que des travailleurs pauvres. Quand le cimetière ferma, aux alentours de 1738, son taux d’occupation avait été multiplié plusieurs fois : environ 30 000 défunts y avaient été enterrés.

« Le cimetière de Bedlam est le plus mixte de la ville », assure Jay Carver, l’archéologue en chef du Crossrail. Son équipe a passé des mois à étudier le site avant de commencer les fouilles. « Tout le spectre de la société y est représenté. Des fous aux criminels, en passant par l’épouse d’un ancien maire de Londres. »

Carver et moi sommes sur une plateforme qui domine la fosse où trente archéologues, en combinaison orange et casque de chantier bleu, nettoient la terre incrustée dans des crânes. De nombreux défunts auraient succombé à la grande épidémie de peste de 1665, qui tua entre 75 000 et 100 000 Londoniens sur une population totale de 450 000 habitants.

Les scientifiques ont prévu d’examiner certains ossements en vue d’obtenir des informations sur l’évolution de la bactérie qui tua tant de monde. « Nous cherchons à élucider un mystère : pourquoi la peste ne s’est-elle plus jamais manifestée à Londres après 1665 ?, explique Carver. Jusqu’à cette date, c’était une visiteuse assez régulière, mais plus par la suite. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ? Nous espérons que ces tests apporteront des réponses. »

Identifier un individu enterré dans l’ancien cimetière de Bedlam relève presque de l’impossible. Même si certains cercueils portent des initiales, les pierres tombales ont été cassées et réutilisées pour construire des murs et des bâtiments quand le quartier a été renové. Des ossements potentiellement identifiables seraient ceux de Robert Lockyer, un radical populiste, fusillé par un peloton d’exécution en 1649. Ses funérailles, auxquelles 4 000 personnes assistèrent, furent les plus importantes organisées au cimetière. Carver y prête une attention particulière : « Si nous tombons sur un squelette troué par des balles de mousquet, nous aurons une assez bonne idée de qui ça peut être. »

Certes, la cause du décès de Lockyer donnerait à ses restes un cachet historique, mais, tel que le rappelle le spécialiste des os Don Walker, « normalement, les squelettes nous en disent plus sur la façon de vivre des gens que sur leur mort ». Les analyses anatomiques et isotopiques de plusieurs squelettes des XIVe et XVe siècles mis au jour lors de fouilles à Charterhouse Square fournissent une image assez poignante de la vie à Londres, au Moyen Âge. Nombre d’entre eux montrent des signes de malnutrition et un sur six souffre de rachitisme. Les problèmes dentaires graves et les abcès sont courants, ainsi que les lésions dorsales et les entorses musculaires dues à la pénibilité du travail. Les dépouilles datant des années 1400 montrent souvent des traces de blessures dans le haut du corps. La violence des altercations liée à l’affaiblissement de la loi et de l’ordre après l’épidémie de peste n’y est sans doute pas pour rien.

Pourtant, Londres semblait toujours exercer une attraction puissante sur les campagnards en quête d’une vie meilleure. Les analyses isotopiques révèlent que près de la moitié des ossements étudiés appartenaient à des individus ayant grandi à l’extérieur de la ville, certains arrivant d’aussi loin que du nord de l’Écosse. Ainsi que le résume Walker, « il semble qu’au XIVe siècle, Londres attirait déjà des gens de toute la Grande-Bretagne, comme aujourd’hui ».

3. L’énigmatique « pierre de Londres »

À 8 heures du matin, un jour de semaine, le trottoir humide qui jouxte la station Cannon Street est bondé. Personne ou presque ne remarque la grille en fer forgée encastrée dans les fondations d’une ancienne banque, de l’autre côté de la rue. Entre les barreaux, on peut voir un bloc de calcaire installé en retrait, pour sa protection. C’est la « pierre de Londres ».

Sa fonction originelle est inconnue, même si une légende raconte que la ville serait détruite si la pierre était enlevée ou abîmée. Elle est mentionnée dans des actes de propriété de 1108 et était déjà, à l’époque, considérée comme un très vieux monument. William Camden, antiquaire du XVIe siècle, pensait qu’elle était la borne milliaire indiquant le point zéro à partir duquel toutes les distances étaient mesurées dans la Bretagne romaine (Britannia).

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En 2013, sur le site d’un nouvel hôtel, les archéologues ont mis au jour l’une des sculptures les mieux conservées de Bretagne romaine (Britannia) — un serpent entortillé dans les serres d’un aigle —, qui pourrait avoir orné le mausolée d’un haut dignitaire. © Simon Norfolk

La pierre est mentionnée dans des pièces de William Shakespeare et des poèmes de William Blake. Elle est restée au milieu de la rue pendant des siècles, jusqu’à ce que ce morceau de folklore soit considéré comme un danger public et transféré vers le nord de la rue, en 1742. Elle a d’abord été déposée près de l’entrée de l’église Saint-Swithin et, après la destruction de cette dernière durant le blitz, dans un recoin aménagé d’un mur de la nouvelle église.

« Ce qu’est exactement la pierre de Londres reste énigmatique, reconnaît Jane Sidell, inspectrice pour Historic England, l’organisme britannique en charge de la protection des monuments historiques. Mais cette pierre est importante dans l’histoire de la capitale. » Quand, par exemple, Sir Christopher Wren reconstruisit l’église Saint-Swithin après le grand incendie de 1666, il prit la peine d’ériger un édicule autour de la pierre de Londres voisine pour la protéger. C’est le premier exemple connu d’une personne qui allait faire un geste délibéré pour préserver une pièce archéologique sur un chantier. Wren eut ensuite moins d’égards pour les ruines romaines importantes qu’il mit au jour en creusant les fondations de la cathédrale Saint-Paul. Par chance, un autre homme s’en chargea, un antiquaire du nom de John Conyers qui suivait les ouvriers de Wren, prenait des notes, emballait des artefacts et réalisait des croquis détaillés. Les historiens actuels considèrent le travail de Wren et de son équipe comme l’une des premières investigations archéologiques sérieuses du monde.

Quelques années plus tard, Conyers décrivit l’exhumation d’un mammouth près de Kings Cross, et soutint le premier, avec succès, que le biface en silex trouvé à proximité était d’origine humaine. « Auparavant, précise Sidell, ce type d’objets était considéré comme provenant de “la foudre des fées”. »

Pour que la nouvelle science de l’archéologie trouve son assise, il fallut attendre jusqu’aux années 1840, quand des ingénieurs de l’époque victorienne commencèrent à construire un vaste réseau d’égouts sous la ville. Charles Roach Smith – un pharmacien, numismate et antiquaire amateur – mit de côté les conventions sociales et revêtit des vêtements usés pour s’enfoncer dans les tunnels à la suite des ouvriers. Comme Conyers, il observa leurs travaux, prit des notes, dessina et sauva tous les objets qu’il pouvait. Pour Jay Carver, du Crossrail, « ce fut le début de l’archéologie préventive, telle que nous la connaissons à l’heure actuelle ».

Roach Smith devint la principale autorité du pays en matière d’antiquités romaines britanniques et son livre, Illustrations of Roman London, demeura pendant cinquante ans l’ouvrage de référence sur le sujet. Sa collection personnelle forma par la suite le noyau dur de la collection d’objets de cette période présentée au musée de Londres. Par un amusant clin d’oeil du destin, le site de l’ancienne maison de Roach Smith, au 5 Liverpool Street, est aujourd’hui occupé par l’immeuble où travaille l’équipe archéologique du Crossrail – ce qui n’a pas échappé à son directeur, Jay Carver : « Roach Smith occupe une place de choix dans nos études, dit-il. Même si elles ont 150 ans, ses observations et ses notes nous ont permis de repérer le potentiel de différents sites de la ville. »

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La moitié de la population de Londres a péri durant la grande épidémie de peste noire de 1348-1350. Les ossements de certaines de ces victimes ont été découverts près de Charterhouse Square. © Simon Norfolk

4. À Londres, l’archéologie n’est pas que souterraine

D’imposantes portions du mur romain du IIe siècle qui entourait la capitale sont encore visibles par endroits, comme à Tower Hill, St. Alphage Garden ou vers le musée de Londres. Garez votre voiture dans un proche parking en sous-sol et votre pare-chocs pourra toucher l’une des portes d’origine de la ville. Faites-vous couper les cheveux chez le coiffeur au coin de Gracechurch Street et de Leahenhall Market, et vous verrez dans sa cave un arc de soutènement de la basilique romaine du IIe siècle.

« Mais le plus grand et le plus visible des sites archéologiques londoniens reste la Tamise, quand elle est à marée basse », souligne Nathalie Cohen, qui dirige le Thames Discovery Programme du musée d’archéologie de Londres. Juste après l’aube, par un clair matin d’hiver, le dôme de la cathédrale Saint-Paul scintille dans la lumière rasante du soleil. Nous sommes sur la berge située sous la cathédrale, en train de descendre des marches en pierre couvertes d’algues pour nous rendre vers l’estran fraîchement exposé. C’est un enchevêtrement de cailloux lisses, de tuiles, d’os d’animaux, de vaisselle, de bouts de pipes en terre, de fer rouillé et de tessons de verre coloré qui ont été polis et rendus translucides par l’action des marées.

« Presque tout ce qui se trouve sous vos yeux a une valeur archéologique, affirme Cohen, désignant une tuile de l’Antiquité par-ci, un morceau de porcelaine victorienne par-là. À chaque marée, tout se mélange à nouveau. Le sol n’est jamais identique. Vous ne savez jamais ce que vous allez y trouver. »

La majeure partie de l’estran est accessible au public et autant prisée des archéologues amateurs que des détenteurs de détecteurs de métaux. Cohen et ses collègues font d’ailleurs appel aux talents de ces particuliers pour enregistrer, observer et surveiller des sites protégés le long des rives. Queenhithe est l’un de ces sites, une échancrure dans la rive localisée tout près du Millenium Bridge. Citée pour la première fois dans des documents anglo-saxons de la fin du IXe siècle, elle fut utilisée par les navires jusqu’au XXe siècle. C’est aussi le lieu de sépulture un peu effrayant de deux femmes de l’époque saxonne, l’une d’elles ayant apparemment succombé d’un coup porté à la tête par une épée ou une hache. Elle fut enterrée là entre 640 et 780. « En ces temps, l’endroit devait ficher la frousse, avance Cohen. Les Romains étaient déjà partis depuis plus de deux cents ans ; les ruines de la ville devaient être sinistres et envahies par les mauvaises herbes. »

Retour à Liverpool Street. Les archéologues ont atteint la première couche romaine du millefeuille de Londres. C’est ici, à l’extérieur de la ville, dans la boue noire qui indique l’ancien cours de la rivière Walbrook, que les chercheurs ont fait une découverte intrigante : une marmite encore coiffée de son couvercle, remplie de restes humains incinérés. Quelqu’un l’avait enterrée le long de la rivière, il y a environ deux mille ans. À proximité ont aussi été retrouvés quarante crânes, sans doute ceux de criminels ou de rebelles exécutés.

« Nous savions depuis longtemps que des crânes de l’époque romaine se trouvaient le long de la Walbrook, mais nous avions toujours supposé que le cours d’eau les avaient charriés hors d’un cimetière romain et emportés plus bas », raconte Carver. Les dernières trouvailles mènent à une autre piste. « Nous allons devoir réexaminer les découvertes faites par ici au cours des deux derniers siècles et repenser ce qui se passait alors. »

En regardant la ligne de terre qui marque le lit où coulait une rivière désormais évanouie, le bruit de la ville remontant à mes oreilles, je me surprends à repenser à la scène d’ouverture d’Au coeur des ténèbres, de Joseph Conrad. Le narrateur, le volubile marin Marlow, rappelle à ceux qui l’écoutent, assis devant un coucher de soleil à Londres, qu’elle « aussi a été un lieu de ténèbres sur cette terre ».

Par Roff Smith
Photographies de Simon Norfolk

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