En Ouganda, les veuves se rebiffent

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En plus du décès de son mari, Clare Tumushabe a failli perdre sa maison, ses terres et ses enfants. Être dépossédée de tout est le sort de bien des veuves ougandaises. Une pratique pourtant illégale depuis 1995 – quand le pays a étendu le droit d’héritage aux femmes et aux filles.

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En Ouganda, une jeune veuve pose devant la maison où elle vivait avant la mort de son mari. Le jour de l’enterrement les parents du défunt ont fait irruption armes à la main pour s’emparer de la propriété. © Amy Toensing

Clare Tumushabe portait le deuil et attendait un enfant quand des membres importants de la famille et du clan de feu son époux l’ont convoquée. Ils lui ont dit que ses enfants n’étaient plus à elle, mais à eux. Ils lui ont ordonné de ne plus toucher aux champs, parce que ces terres ne lui appartenaient plus. Et ils lui ont annoncé que le frère aîné de son défunt mari, de vingt ans plus âgé qu’elle, allait s’installer immédiatement chez elle et la prendre pour troisième épouse.

Les beaux-parents ont également affirmé que la maison et son terrain d’environ 1 ha, hérités du père par le mari de Clare Tumushabe, leur revenaient en totalité. Désormais veuve, elle faisait partie intégrante de la propriété, selon la tradition, comme les caféiers et les jacquiers.

Elle a répliqué que c’était absurde. Que le frère de son mari n’entrerait jamais dans son lit. Que les papiers laissés par son mari prouvaient que la terre lui revenait.

Les parents ont répondu qu’elle avait dû l’ensorceler et le droguer, et que, si elle voulait, elle pouvait bien se rendre sur la tombe fraîchement creusée pour voir quelle aide il pouvait lui apporter, maintenant qu’il était mort.

Clare Tumushabe a appelé la police. Puis, elle a moissonné quelques parcelles, coupé du bois pour faire du feu. Les menaces se précisaient. Ses enfants se faisaient insulter. Un jour, un membre de la belle-famille a fait irruption sur la propriété, en hurlant qu’elle allait mourir. Il a entaillé la main de Clare Tumushabe d’un coup de panga, une machette à large lame. C’est ainsi que l’avocate Diana Angwech a déposé plainte pour agression, et que l’un des persécuteurs de Tumushabe est appelé à comparaître au tribunal.

Retrouvez la suite de son témoignage dans le National Geographic de février.

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