Aveugle, il se lance à vélo dans la circulation grâce à l’écholocation

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© Marco Grob

© Marco Grob

Daniel Kish, né avec un cancer rétinien, doit sa survie à plusieurs interventions chirurgicales. On lui a enlevé les deux yeux à 13 mois. Peu après, il s’est mis à produire des claquements avec la langue – pour mieux percevoir son environnement, semble-t-il. Aujourd’hui, à 47 ans, il se déplace pour l’essentiel grâce à l’écholocation, comme une chauve-souris. Au point qu’il peut se lancer à vélo dans la circulation. Il a fondé l’association World Access for the Blind pour enseigner la technique aux non-voyants. 

Comment fonctionne l’écholocation chez l’homme ?

Chaque claquement de la langue produit des ondes sonores qui, renvoyées par les surfaces qui m’environnent, me reviennent sous la forme d’échos affaiblis. 

Quelles images vous viennent à l’esprit à chaque claquement ?

Le claquement engendre une sorte d’éclair un peu flou. Je bâtis à partir de là une image en trois dimensions. Celle-ci représente le milieu où je me trouve jusqu’à quelques décamètres, dans toutes les directions. Au plus près, je détecte un bâton de 2 cm d’épaisseur. À 5 m, je reconnais des voitures ou des buissons ; à 50 m, des maisons. 

Mais vous utilisez toujours une longue canne blanche ?

J’ai du mal à repérer les petits objets placés plus bas que moi ou sur une déclivité. 

Faire du vélo grâce à l’écholocation, qu’est-ce que cela donne ?

C’est le grand frisson, mais il faut être extrêmement concentré sur les signaux acoustiques. Je claque la langue deux fois par seconde, bien plus qu’à l’ordinaire. 

Cette manière d’explorer le monde n’est-elle pas risquée ?

La plupart des gens s’imaginent le monde plus dangereux qu’il ne l’est. Enfant, malgré mon habitude de grimper sur tout et n’importe quoi, je ne me suis jamais rien cassé. 

Est-ce facile d’enseigner votre technique à des non-voyants ?

Nombre d’étudiants [de World Access] sont surpris par la rapidité de leurs progrès. Je crois que l’écholocation existe en chacun de nous, à l’état latent. Voir est d’abord une activité mentale. Nos étudiants disent découvrir un sentiment de liberté insoupçonné.

Michael Finkel

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