Alpinisme : Enquête sur la face cachée du business de la conquête de l’Everest

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© Kristoffer Erikson

© Kristoffer Erikson

Cadavres, déchets, bouchons… Les alpinistes, chevronnés ou non, sont toujours plus nombreux à escalader le sommet du « toit du monde ». Pas en solitaire, mais en file indienne. Comment en finir avec la pagaille sur l’Everest ?

Après une heure d’ascension au-delà du camp supérieur, sur l’arête sud-est de l’Everest, Panuru Sherpa et moi passons devant le premier cadavre. L’alpiniste est allongé de côté, comme s’il dormait dans la neige.

Dix minutes plus tard, nous contournons le corps d’une femme. Un drapeau canadien enveloppe son torse. Grimpant à grand-peine l’un derrière l’autre le long des cordes fixées à la pente abrupte, Panuru et moi sommes coincés entre des inconnus au-dessus et au-dessous de nous.

La veille, au camp 3, notre équipe faisait partie d’un petit groupe. Mais ce matin, au réveil, nous avons vu avec stupéfaction une interminable file d’alpinistes passant près de nos tentes.

Désormais serrés à la queue-leu-leu à 8 230 m d’altitude, nous sommes contraints d’avancer exactement à la même vitesse que tous les autres, indépendamment de la force ou des capacités.

© Carte du NGM

© Carte du NGM

Peu avant minuit, je lève la tête dans l’obscurité balayée de tourbillons de neige et contemple le chapelet de lumières montant dans le ciel noir – les lampes frontales des alpinistes. Ils sont plus de cent à progresser lentement au-dessus de moi.

Dans un passage accidenté, au moins vingt sont attachés à une seule corde élimée, retenue par un unique piquet dangereusement incliné, planté dans la glace. Si le piquet venait à céder, la corde ou le mousqueton lâcheraient aussitôt sous le poids des alpinistes en chute libre, et tous dévaleraient la paroi vers une mort inéluctable.

Panuru, le chef sherpa de notre équipe, et moi nous détachons et nous engageons dans la neige vierge pour une ascension en solo, une option plus sûre pour des alpinistes expérimentés.

Vingt minutes plus tard, voici un autre cadavre. Encore encordé, il est assis dans la neige, congelé et dur comme la pierre, le visage noir, les yeux grands ouverts. 

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