Des bibliothèques perdues à 4 000 m d’altitude, dans les Andes

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Le documentaire Libros & Nuves (« Des livres et des nuages ») a reçu début décembre le prix National Geographic au Festival international du film de montagne d’Autrans. Il évoque les modestes bibliothèques mises en place au Pérou, dans des villages des Andes, et comment les livres imprègnent la vie d’une petite fille. Ce film sans commentaires ni experts laisse parler les membres d’une communauté paysanne perdue à près de 4000 m d’altitude et les images de leur quotidien. Le réalisateur Pier Paolo Giarolo livre les secrets de ces quatre-vingts minutes de magie qui devraient être diffusées sur Arte. 

National Geographic : Pourquoi pensiez-vous que ces bibliothèques rurales feraient un bon sujet de documentaire long-métrage ? 

Pier Paolo Giarolo : J’en ai entendu parler dans un livre réunissant des articles d’Ettore Mo [grand reporter au Corrier della Serra]. Cette histoire de réseau de petites bibliothèques disséminées partout dans les montagnes andines du Pérou m’a enchanté. J’ai trouvé le contact du Réseau de bibliothèques rurales de Cajamarca sur l’Internet. Je leur ai écrit en expliquant que je voulais les rencontrer et en évoquant cette idée de documentaire sur leur expérience. On m’a répondu qu’avant de décider, il fallait qu’un vote intervienne. Six mois plus tard, j’ai reçu un courriel avec, en pièce jointe, une lettre signée à la main par les trente membres de l’Assemblée générale m’invitant à venir les voir.

Je suis parti pour le Pérou et resté un mois dans le département de Cajamarca [à 850 km au nord de Lima]. La communauté m’a logé, j’ai pris part à ses réunions, à ses conversations et aux soirées de lecture au coin du feu. 

Sonia, l'un des personnages principaux de Libros y Nubes, cherche sans cesse de nouveaux livres de contes à la bibliothèque de sa communauté. © Pier Paolo Giarolo, Libros & Nuves.

Sonia, l’un des personnages principaux de Libros y Nubes, cherche sans cesse de nouveaux livres de contes à la bibliothèque de sa communauté. © Pier Paolo Giarolo, Libros & Nuves.

NG : Vous a-t-il été aisé de pénétrer dans l’intimité de ces comuneros ? 

PPG : Partout où je me suis rendu, j’ai été accompagné par Alfredo – l’un des personnages qui apparaissent dans le film [animateur du réseau, il collecte aussi les histoires des anciens pour en faire un livre]. Mais ces campesinos (« paysans ») sont des gens si simples et si purs qu’ils vous donnent tout de suite l’impression d’être l’un des leurs. 

NG : Les livres ne font pas partie de la culture traditionnelle, historique de cette communauté.  

PPG : Comme le dit Alfredo à la fin du documentaire, les livres sont entrés dans l’histoire de ces communautés marqués par l’arrogance et comme un symbole d’oppression [celle des conquistadors qui ont soumis les Incas et des missionnaires : c’est à Cajamarca que l’empereur Inca Atahualpa fut capturé par Francisco Pizzaro puis exécuté en 1533]. Il leur a fallu du temps pour accepter et inclure les livres dans leur culture. En parallèle, les livres sont devenus des outils utiles au quotidien. On trouve très peu de romans dans les bibliothèques rurales, il y a surtout des livres qui sentent le vécu, qui parlent de la terre, de la façon de la cultiver, des livres en lien avec le savoir traditionnel de la communauté. 

 

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