Des cellules souches pourraient sauver les espèces menacées


Les espèces en voie de disparition ne seraient plus menacées. Des chercheurs ont mis au point de cellules souches synthétiques capables de favoriser la diversité génétique, la reproduction et le capital santé des animaux en danger.

drill

L’arche de Noé, un mythe ? Plus maintenant. Des scientifiques ont synthétisés des cellules souches, à partir de cellules de peau animales récoltées sur 800 espèces du zoo de San Diego. Ces cellules souches pourraient sauver certaines espèces menacées en favorisant la reproduction assistée et la diversité génétique. Leur croissance démographique en serait démultipliée. L’étude, publiée hier dans Nature, indique que ces cellules de synthèse permettraient également de traiter les animaux en captivité qui souffrent de diabète.

Les origines du projet

Depuis 1970, Oliver Ryder, directeur du département de génétique au San Diego Zoo Institute for Conservation Research, et ses équipes collectent les cellules dermiques de plus de 800 espèces du zoo de San Diego. Ryder imaginait que cette banque de cellules, nommée « Frozen Zoo », pourrait un jour servir à relancer les processus de diversité génétique chez les espèces menacées, en ouvrant de nouvelles voies à la reproduction assistée.

En 2007, les équipes de l’université de Kyoto, au Japon, et de l’université du Wisconsin à Madison, révèlent que certaines cellules du tissu conjonctif humain, les fibroblastes, peuvent être converties en cellules souches embryonnaires (IPS). Quelques gènes à reprogrammer et le tour est joué. Cette découverte lancera le projet de Ryder, en collaboration avec Jeanne Loring, professeur de neurobiologie au Scripps Research Institute.

Pour synthétiser ces cellules souches chez une espèce en voie d’extinction, les chercheurs ont reprogrammer les gènes des cellules dermiques des animaux, alors transformées en cellules souches embryonnaires (IPS). Ces dernières ont généré trois différentes sortes de tissus, qui engendreront à leur tour tous les autres tissus corporels.

Cette opération reste, pour le moment, peu rentable : une manipulation de ce type ne transforme pas suffisamment de cellules dermiques en cellules souches. Les résultats sont suffisants, estiment pourtant les chercheurs. Il suffira de répéter l’opération.

“Avant tout, il faut concevoir ces cellules souches de synthèse comme une base de recherche pour les expériences à venir”, précise Jeanne Loring, de The Scripps Research Institute.

Expériences et premiers succès

Les cellules souches sont prisées, elles peuvent être transformées en n’importe quel type de cellules. Pourquoi pas en sperme ou en œufs, ingrédients essentiels pour la reproduction assistée ? Cette technique permettrait d’augmenter le nombre d’individus des espèces menacées.

Les expériences commencèrent avec deux espèces : le primate Mandrillus leucophaeus, dit Drill, et le Ceratotherium simum, connu comme le rhinocéros blanc. Toutes deux en voie d’extinction…

Toutes deux désignées pour bénéficier de cette découverte dés maintenant. Le diabète du primate drill, développé en captivité, pourrait être guérit. Ces primates, génétiquement proche de l’homme, profiteraient des traitements développés à la suite des recherches sur les cellules souches humaines. Quant au rhinocéros blanc, l’espèce ne compte plus que sept individus, tous en captivités. Leur population restreinte souffre d’une diversité génétique pauvre et ces animaux ne se reproduisent plus depuis plusieurs années.  Les chances de survie de l’espèce sont aujourd’hui très faibles.

“Le meilleur moyen d’enrayer l’extinction est de préserver les espèces et leur habitat, déclare Oliver Ryder, du zoo de San Diego. Mais ce procédé ne fonctionne pas tout le temps. Les cellules souches synthétiques redonnent espoir. Le rhinocéros blanc ne sera peut-être plus une espèce en voie d’extinction, bien qu’il ait complètement disparu de son habitat naturel.”

Une découverte à tempérer

William Holt, biologiste de la reproduction à la Zoological Society of London, doute de cette découverte. Permettra t-elle vraiment de sauver beaucoup d’espèces ? En particulier celles en voie d’extinction, comme le rhinocéros blanc ? “Pour être honnête, je pense qu’il s’agit d’une pirouette, estime Holt. Les scientifiques n’en savent que très peu sur la biologie reproductive de ces animaux. Un savoir pourtant nécessaire si l’on veut participer aux programmes de reproduction assistée. Et avec si peu d’individus restant, il y a peu de chance d’en apprendre plus.”

“Je ne sais pas comment il est possible de rendre super-fécond un rhinocéros,” admet Loring. Il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir sauver les espèces menacées, grâce à auxcellules souches synthétiques. Mais cette découverte offre tout de même la possibilité de préserver le patrimoine et la diversité génétique des espèces, longtemps après la mort des derniers individus.

Marie Dias-Alves

Sources : Nature, Physorg, Livescience

Photo : Zoo de San diego

5 septembre 201118:22
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