Christian Holl : « Je mets le monde sur partition »

Armé d’un micro ou d’un stéthoscope médical, le “chasseur de sons compositeur” Christian Holl sonde les musiques de la nature et compose des ambiances sonores. National Geographic a rencontré cet artiste qui réinvente, à sa façon, l’ethnologie.

Christian Holl

National Geographic : Carte d’identité svp !

« Je m’appelle Christian Holl, je suis chasseur de sons et compositeur. J’habille les documentaires animaliers et ethniques de partitions sonores. Il y a 12 ans, à la suite d’une lourde opération qui m’a privé de l’audition de mon oreille gauche, j’ai voulu enregistrer les sons de l’inaudible. J’ai voulu conter l’histoire d’une culture, d’un pays, en musique. J’ai créé une technique permettant d’enregistrer au cœur même de la matière, végétale, minérale ou animale. En 2005, l’Unesco m’a proposé de revaloriser le patrimoine mondial grâce à mes compositions.  J’ai ainsi mis en musique les temples d’Angkor, qui a obtenu en 2007 le prix du coup de cœur de l’académie Charles Cros.

Parlez-nous de votre dernier projet, à Haïti ?

En mars 2011, je me suis rendu en Haïti pour un projet humanitaire, monté avec l’association Nos Petits Frères et Soeurs (NPFS) et le ministère de la santé. J’ai écrit et composé Haïti en chœur, qui a été chantée par les enfants de l’orphelinat de Kenskoff. Un album sera commercialisé à partir du 7 Novembre prochain. Les droits iront au profit de ces enfants via NPFS. Un nouvel orphelinat en dur leur sera destiné, et les fonds récoltés serviront l’éducation et l’encadrement. Je prépare également un spectacle son et lumière qui devrait se jouer sur un grand parvis parisien courant 2012. Entre la tempête Tomas et le choléra qui sévit encore, le contexte était loin d’être facile. La vie reprend son cours sur des gravas, dans tous les sens du terme. Des familles entières survivent dans l’unique pièce de leur maison qui a résisté au tremblement de terre. L’actualité mondiale suit son cours et Haïti devient l’oubliée du bout du monde. Mon objectif est de sensibiliser les générations futures à l’élaboration d’une reconstruction de leur pays. Si les Haïtiens pouvaient retrouver une vie digne de ce nom en utilisant leur potentiel naturel, individuel et collectif, la vie reprendrait ses droits sur cette île meurtrie.

Comment “écouter le monde” ?

La planète a son chant. Notre monde est un immense orchestre pour qui sait tendre l’oreille. Chaque élément minéral, végétal ou animal, chaque grain de lumière, chaque mouvement d’air, chaque objet possède sa propre mélodie. En chacun d’eux se cache la clé d’une immense partition. La musique est partout autour de nous. Cela implique de prendre le temps d’observer, d’admirer, d’écouter ce qui est admirable en ce monde et que nous n’entendons plus. Nos vies citadines nous éloignent de nos racines, de nos origines. Nous avons besoin de les retrouver pour mieux nous retrouver. Il est important à mon sens de rééduquer nos sens.

Est-ce un moyen de se reconnecter à la terre ?

Je me souviendrai toujours de ma rencontre avec Emilie Barrucand, ethnologue des peuples des forêts amazoniennes. En m’écoutant parler de mes aventures sonores elle me disait retrouver les fondamentaux des discours des Indiens. La nature a une âme. Ce qui nous parait inaudible dans nos sociétés, avec des moyens physiques que nous avons réfrénés, parait totalement audible et cartésien chez des hommes que nous estimons à la traîne de l’évolution de l’humanité. La musique du monde, cet « hymne à la terre » est une méditation intérieure qui peut nous aider à retrouver des repères perdus.

Comment travaillez-vous ?

J’utilise des micros traditionnels, des paraboles qui sont de véritables zoom sonores, mais également des stéthoscopes médicaux, des capteurs miniaturisés que je fais fabriquer. La meilleure méthode est souvent celle de la « bidouille », celle que l’on va inventer sur le terrain en fonction des besoins. Une bassine à linge renversée, enfermant un micro omni directionnel, donc très sensible, sera de loin le moyen le plus efficace pour enregistrer des insectes…

Quelle est votre destination favorite en terme d’inspiration sonore ?

La région Himalayenne, particulièrement le Népal. La diversité que l’on peut rencontrer, entre le Teraï, ancien terrain de chasse des maharadjahs avec sa réserve animalière, la ville de Katmandu et la sublime chaîne montagneuse m’offre une inspiration permanente. La culture empreinte de bouddhisme et d’hindouisme est un véritable régal pour nos oreilles.

Votre plus beau projet?

On a toujours tendance à répondre le dernier ! Mais dans le cas présent c’est un peu vrai. Je sillonne le monde depuis plus de vingt ans pour témoigner de la beauté de la planète. Mais mon voyage en Haïti m’a fortement marqué. Quand mes activités permettent un petit trait d’union de partage et de solidarité, ma passion prend un nouveau sens.

Vous décririez-vous comme un Indiana Jones des temps modernes?

Je vois que vous faites référence à ce chapeau que j’arbore en permanence dans mes voyages. Il est certain que la quête sonore du monde est une véritable aventure, pas toujours facile et pas toujours reposante…

Si vous étiez un son ?

Je serais la sonorité d’une goutte de pluie qui viendrait alimenter le lit d’une rivière…celle de la vie.

Frédérique Josse


10 octobre 201112:04
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