L’espace saturé de déchets : l’exploration spatiale menacée
Après la Terre, les hommes polluent l’espace. Des décennies de conquête spatiale ont transformé l’orbite terrestre en déchetterie et menacent l’exploitation spatiale.
Un demi-siècle de conquête spatiale a laissé une trace : un sillon de débris enrobe la Terre. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Le nombre de déchets flottant dans l’espace a atteint un “point critique”, qui menace désormais les satellites et les futurs astronautes en mission. « Si on n’entreprend rien, dans 100 ans, pourra-t-on encore utiliser l’espace ? », s’interroge Mario Hucteau, du Centre national d’études spatiales Cnes.
La Nasa, de son côté, a recensé 22 000 débris importants. Des satellites hors-service, étages de lanceurs, des fragments de navette… À cela s’ajoutent des millions d’autres déchets, trop petits pour être comptabilisés. Parmi ces derniers, 300 000 sont pourtant susceptibles de causer des dégâts, bien que leur diamètre soit compris entre 1 et 10 cm.
En 2007, la Chine a participé à l’expansion de cette déchetterie en testant des missiles antisatellites qui pulvérisèrent un satellite météo en 150 000 morceaux.
La présence en nombre de ces corps entraîne une réaction en chaîne : lorsque deux débris entrent en collision, ils génèrent de nouveaux déchets plus petits.
« La Nasa doit réfléchir à un moyen de limiter les risques que font peser météorites et débris orbitaux sur les hommes et les missions spatiales, s’inquiète Donald Kessler, ancien responsable de la Nasa et président du Committee for the Assessment of NASA’s Orbital Debris Programs.”
Nettoyer l’espace coûte cher et se révèle compliqué. Les lois internationales n’autorisent pas un État à saisir les objets spatiaux appartenant à d’autres pays. La Nasa s’est rapprochée du ministère américain des affaires étrangères pour s’attaquer aux aspects juridiques de la question.
Pour le moment, l’Ouest ne bénéficie plus de fond public pour envoyer à nouveau des hommes dans l’espace. Mais les pays émergents, comme l’Inde ou la Chine rêvent de décrocher la Lune. Tout comme une douzaine d’entreprises privées prêtes à relever le défi lancé par le X Prize Foundation. La première d’entre elle à envoyer un robot sur le sol lunaire se verra récompensée par la coquette somme de 20 millions d’euros.
L’opération risque de gonfler le flot de débris qui s’agglutinent autour de la Terre, malgré les pistes de réflexion lancée par le Comité des Nations Unies pour l’utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique. Ce dernier propose de limiter, voire stopper la pollution spatiale par le transfert des débris sur des orbites cimetières et la rentrée atmosphérique en moins de 25 ans. Mais de nombreuses questions d’ordre juridique, politique et économique restent en suspens : qui nettoie ? Qui finance ? Qu’a t-n le droit de nettoyer ? La gestion des débris devra être intégrée dès le départ dans la conceptions des futurs satellites et système de lancement pour un développement durable de l’espace.
Marie Dias-Alves
Sources : Cnes, Esa, Reuters
Photo : Nasa