Biodiversité : des centaines d’espèces de plantes et d’animaux dans Paris !

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© Julie Gaudillat

Dans chaque arrondissement, oiseaux, mammifères, reptiles et plantes animent la capitale. Balade nature à travers Paris, dont l’environnement offre une biodiversité inattendue et abrite même de nombreuses espèces protégées.

Les bâtiments gris s’alignent le long de la rue Buffon, dans le 5e arrondissement de Paris. Dans les interstices d’un mur morne, une petite pousse verte semble s’immiscer. Dos courbé et nez vers le sol, Sébastien Filoche, responsable de la délégation Île-de-France du Conservatoire botanique national, pointe du doigt la plante récalcitrante. Comme elle, de nombreuses espèces peuplent Paris. Car la capitale française n’est pas qu’une ville minérale.

La plus grande zone urbaine d’Europe cache en son sein une diversité biologique insoupçonnée. Époustouflante même pour les scientifiques qui s’y intéressent depuis quelques années. En 2005, ils ont recensés 149 espèces animales protégées.

La flore, elle aussi, abonde. « Il y a parfois plus d’espèces en ville que dans certaines zones agricoles.» Difficile à croire, Sébastien le sait. Alors il commence un petit inventaire le long des rues du 5e arrondissement. Il se penche au-dessus d’un trottoir et montre du bout du stylo, vert lui aussi, de la stellaire (une herbacée aux fleurs blanches) et de la laitue.

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© Julie Gaudillat

Sébastien Filoche liste les espèces végétales qu’il voit en ville

Le botaniste griffonne leurs noms sur un bordereau et débute la liste de toutes les plantes qu’il voit. Au détour d’un bâtiment, une petite friche, milieu abandonné par l’homme et donc emplie de plantes, offre très vite une cinquantaine d’espèces.

« Dès que l’on trouve un milieu dont le sol est enrichi en azote, comme les friches, la diversité augmente », explique Sébastien Filoche. De même, les bords de la Seine, vers laquelle le naturaliste se dirige, sont propices à une flore intéressante.

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© Julie Gaudillat

Un aulne, arbre des bords de cours d’eau, tente de coloniser les berges de Seine

En relevant le nez des berges, l’île Saint-Louis accroche le regard. Derrière, le sommet de Notre-Dame dépasse. À son faîte, la vie foisonne. Et ce n’est pas le bossu de Notre-Dame. Un couple de faucon crécerelle y niche.

D’après William Huin, chargé d’étude du Centre ornithologique d’Île-de-France (Corif), 37 à 47 couples sont connus dans Paris. Il donne la clé de cette installation en milieu urbain : «  En ville, les faucons changent leur alimentation, ils chassent des moineaux et d’autres petits oiseaux plutôt que des petits mammifères comme le mulot ». Sur la Seine, s’écoulent les bateaux-mouches et leur flot de touristes. Savent-ils qu’ils n’auraient qu’à détourner le regard des bâtiments historiques pour apercevoir ce beau rapace ?

Le fleuve réserve bien d’autres surprises. En remontant son cours, toute une faune prospère. Aux alentours du 15e, la petite fougère des marais, Thelipteris palustris, protégée en Île-de-France, pousse dans les parois des quais.

À deux pas d’elle, les goélands paradent sans attirer l’intérêt des passants. Et pourtant. « Paris est la seule ville continentale d’Europe qui abrite trois espèces différentes de goélands », s’enthousiasme William. Parmi ceux-ci, le goéland brun fait de rares apparitions. Il figure sur la liste rouge régionale — publique dès juin – car son habitat se réduit à moins de 10 km2.

D’autres oiseaux moins rares restent assez symboliques. Comme la péniche qui porte son nom, le martin-pêcheur traverse la Seine sans arrêt. Mais l’oiseau, très vif, se cache promptement dans la cavité artificielle, sous un pont. Découvert en 2005, l’oiseau n’a pas été revu depuis.

Cette observation, bien qu’anecdotique, dénote l’intérêt de la Seine comme corridor écologique. Le fleuve ressemble à un chemin que suivent les espèces et qui leur permet de se rendre dans de nombreux lieux contigus.

De même que le fleuve, la petite ceinture ferroviaire qui chemine sur le pourtour parisien correspond à un grand corridor écologique parisien. Les rails courent du 16e au 18e arrondissement en passant par le 14e. Sur la voie abandonnée, la nature reprend ses droits. Lézards des murailles, hérissons, escargots, papillons…

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© Claire Lecoeuvre

Papillon des zones boisées, le tircis, Pararge aegeria, s’observe dans les divers parcs de Paris.

La quantité d’espèces réjouit les naturalistes de tous bords. Pour Philippe Jacob, responsable du pôle biodiversité de la ville de Paris, « la petite ceinture est un des enjeux les plus importants de la ville ». Comme pour confirmer ses dires, Grégoire Loïs, chargé d’étude de NatureParif, raconte la découverte, sous un pont de la voie ferrée, de la plus grosse colonie d’Europe d’une espèce de chauve souris, la pipistrelle commune, Pipistrellus pipistrellus: « C’est en se promenant dans les catacombes, qu’Alexandre Hacquart, un naturaliste passionné a observé les premiers individus en 1990. » Impressionné par leur nombre, il en parle au Muséum national d’histoire naturelle.

Depuis, le gîte d’hivernage fait l’objet d’un suivi. Grégoire souligne l’intérêt d’une telle méthode : « Cela permet de voir l’évolution et donc d’interpréter les données que l’on accumule. » Les scientifiques savent ainsi que la population de chauve-souris a atteint un maximum de 2000 individus. La quantité d’individus varie d’une année à l’autre. Cette année, elle en compte 500.

Pour les spécialistes de ces mammifères, les chiroptérologues, la pipistrelle commune fait partie, comme son nom l’indique, de la nature ordinaire et non d’espèces rares. Et c’est là tout l’intérêt de Paris. Sa qualité biologique provient pour une grande part de la quantité d’espèces qu’elle dissimule – plus de 1400 espèces animales et environ 800 végétales.

En poursuivant le long des rails, on traverse le 13e arrondissement. Un œil aiguisé ou une paire de jumelles donnent toutes les chances d’apercevoir le ventre blanc rayé de lignes noires d’un épervier d’Europe. Un de ces rapaces niche non loin de la Bibliothèque nationale de France, dans un arbre du petit parc Héloïse-et-Abélard. Il quitte son logis pour chasser de passereaux, famille de petits oiseaux, en exécutant un ballet aérien.

Les allers-retours incessants d’une colonie d’abeille du septième étage jusqu’aux fleurs au sol forment une danse plus amusante. Et surtout productive : les 71 ruches de Paris produisent 2,6 t de miel chaque saison. Le miel récolté est d’une qualité qui ferait rêver n’importe quel apiculteur.

Car en ville, point de traitements chimiques ni d’engrais qui réduisent la diversité floristique. Même la pollution n’impacte pas autant le miel que les produits agricoles. Ces abeilles du 13e peuvent suivre les rails de la petite ceinture pour découvrir, plus à l’est, le parc de Vincennes ou bien la coulée verte du 12e arrondissement.

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© Julie Gaudillat

Les 71 ruches de Paris produisent 2,6 t de miel par an.

Les abeilles peuvent même atteindre, plus au nord, le 11e arrondissement et le square Emile-Gallé. Cet espace vert est géré par les employés de la Ville de Paris. Didier Mousset, jardinier, en est fier : « Depuis une quinzaine d’année, on n’utilise presque plus de produits phytosanitaires, des pesticides utilisés pour traiter les plantes. On préfère laisser faire la nature. » Si le développement des “mauvaises herbes” peut choquer certains usagers, cette méthode permet aux jardins de retrouver un équilibre en accueillant des espèces animales et végétales qui régulent la propagation des plantes. Cette action entre dans la gestion différenciée des espaces verts mis en place par la Ville de paris.

Square Emile Gallé

© Julie Gaudillat

Les squares du 11e arrondissement ne subissent quasiment pas de produits phytosanitaires.

À quelques rues de là, le parc Folie-Titon a vu le jour en 2007. Il possède une petite mare qui accueille déjà quelques amphibiens. Grenouilles et crapauds coassent gaiement pour la saison des amours. S’y ajoute le hululement de la chouette hulotte, résidente du cimetière du Père-Lachaise, très proche.

Calme et boisé, cet espace, le plus grand cimetière de la capitale, offre un milieu propice à la fouine, à l’écureuil roux et autres mammifères. Une petite renoncule – protégée dans la région Île-de-France – profite aussi des graviers pour étaler ses feuilles dentées et ses petites fleurs jaunes. Il n’est besoin d’aucun fertilisant pour la plupart des cimetières, dont les tombes voient la vie fleurir.

Un peu plus au nord, s’élance le temple de la Sibylle des Buttes-Chaumont. Sous la falaise, l’eau tranquille de l’étang reflète les fleurs blanches d’un marronnier d’Inde qui embaument l’air. Ses branches se balancent de haut en bas. Ce n’est pas le vent, non, mais un héron cendré qui atterrit dans le feuillage. Il vient régulièrement, sans crainte des promeneurs.

Véritable îlot de nature, ce parc reste un lieu apprécié des ornithologues. Régulièrement, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) y organise des sorties, que ce soit pour les moineaux qui nichent dans les lampadaires ou pour les discrets roitelets huppés qui se cache dans les pinèdes.

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© Claire Lecoeuvre

Un moineau domestique, Passer domesticus, dans un lampadaire du parc des Buttes-Chaumont.

Différents des suivis scientifiques, les observations issues du regard de ces bénévoles permettent néanmoins de comprendre les variations de populations. Car les milieux évoluent et peuvent disparaître, obligeant alors les animaux à se déplacer.

Ainsi, plus au nord, un couple de gravelots, petit oiseau dont le blanc du ventre contraste avec le collier noir et la tête marron, nichait dans une friche jusqu’en 2008, lorsque cette zone fut remplacée par un centre commercial. Ces espaces, inutiles seulement en apparence, restent peu connus. « Il faut faire changer le regard des habitants », estime Philippe Jacob. Pour que chacun puisse deviner, au milieu des bâtiments gris, la pousse verte et l’animal.

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© Claire Lecoeuvre

Claire Lecœuvre

16 mai 201110:50
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