Animaux

Pourquoi les abeilles françaises disparaissent-elles ?

En France, les abeilles accusent des pertes de 25 à 30 % chaque hiver. Pour mieux en comprendre les causes, Ecobee, un laboratoire à ciel ouvert, a vu le jour en 2008. Vendredi, 17 juillet

De Céline Lison

Ce sont sans doute les colonies les plus étudiées du pays. Dans les Deux-Sèvres, cinquante ruches dispersées sur un immense territoire de 45 000 ha sont, depuis sept ans, au centre des attentions d’une dizaine de chercheurs de l’Inra, du CNRS et de l’ITSAP (Institut de l’abeille). Cet observatoire naturel, unique au monde et baptisé Ecobee, a pour objectif de mieux cerner l’écologie de l’abeille et les différents facteurs d’effondrement des colonies.

Les ouvrières, qui butinent dans un rayon de 6 à 13 km autour de leur ruche, ont à leur portée quelques-unes des 13 000 parcelles agricoles qui parsèment la zone. Des champs parfaitement identifiés par les scientifiques, qui en connaissent les cultures et le mode de culture. Il y a trois ans, après plusieurs études « classiques » en laboratoire, les effets nocifs du Cruiser (un pesticide utilisé, entre autres, sur le colza et interdit en France depuis) ont une nouvelle fois été mis en évidence sur place. Exposées à ce produit chimique toxique, les abeilles perdaient le sens de l’orientation et peinaient à retrouver leur ruche.

Le dispositif d’Ecobee permet aussi de surveiller les ressources alimentaires des abeilles. « Il y a surabondance [de nourriture] au moment de la floraison massive de colza et de tournesol, respectivement en avril et en juillet, explique Vincent Bretagnolle, directeur au Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS). Mais, entre les deux, il y a deux mois de “creux”. » Durant cette période, les fleurs des arbres et la flore sauvage sont les seules sources de nourriture. Les butineuses favorisent alors les adventices telles que le coquelicot. Mais cette biodiversité se raréfie, notamment parce que les agriculteurs cherchent souvent à se débarrasser de ces « mauvaises herbes ».

Touchées par la disette, les abeilles subissent une réaction en chaîne. Si le pollen manque, le couvain (les oeufs, larves et nymphes qui, adultes, deviennent ouvrières) se réduit, entraînant une diminution du nombre de butineuses, puis du miel… qui sert de réserve de nourriture en hiver. La faim serait donc une cause supplémentaire de la diminution des effectifs dans les ruches. Reste à savoir à quel point.