Alaska : périple au fin fond des terres sauvages (2)

Dans cet article, retrouvez la suite des aventures de Dimitri et Anthony dans leur traversée des terres sauvages d’Alaska… Les premiers contretemps et intempéries ponctuent leur voyage de doutes et de déceptions, mais ne les retarde pas.


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Le couple de vans cabosses en direction de Carpenter Lakebouillon natureUne cascade perilleuse sur Troublesome Creek

BIG LAKE 14 JUILLET :
Le temps est maussade aujourd’hui. Fatigués des routes et des forêts impénétrables,  nous décidons de remonter la “George Parks Highway” en stop jusqu’à Talkeetna, d’où nous espérons pouvoir suivre les rails du train à travers la toundra. Une visite au “Ranger Forest Office” (le garde forestier), à Talkeetna, nous permet d’apprendre que le chemin bordant les rails n’est praticable que jusqu’à Chase, soit 15 km au nord.

Les 50 km suivants sont marqués par des falaises et quelques précipices, un itinéraire fortement déconseillés par les rangers. À la place, ils nous oriente vers une autre piste : un chemin de randonnée qui joint Troublesome Creek à Little Coal Creek, non loin d’ici. Cette accumulation de contretemps a quelque peu entamé notre moral et nous décidons alors de camper à Talkeetna pour la nuit, au bord de la rivière. Malgré quelques détours, nous sommes en avance sur notre planning.

TALKEETNA 16 JUILLET :

Vers 10h, deux jeunes hommes nous prennent à bord de leur véhicule, en route vers le nord. Ils nous expliquent entamer une randonnée située à quelques kilomètres de notre propre parcours et nous informent d’un fait primordial : le tronçon que nous souhaitons emprunter a été inondé il y a 5 ans, et se trouve être difficilement praticable … Surtout, la zone se trouve être infestée d’ours. Lassés des contretemps, nous décidons de tenter notre chance tout de même, mais il nous faudra redoubler de prudence.

Les berges de la rivières que nous longeons, témoignent encore de l’inondation : arbres déracinés, rochers arrachés aux flancs de la montagne, relief tourmenté… Afin d’éloigner les ours susceptibles de rôder dans le coin, nous entamons quelques chants. Après trois heures de progression, le chemin s’avère de moins en moins marqué.

Trois kilomètres plus haut, aucun doute : le chemin a disparu. Nous espérons rattraper plus haut le sentier se trouve encore à 7 ou 8 km dans la montagne et n’aurait pu être épargné par la crue. Difficile d’accrocher la nourriture aux arbres dans cet environnement inhospitalier (pour éviter qu’elle ne soit dérobée par les prédateurs). Nous nous couchons tôt, attentifs aux bruits de la forêt.

TROUBLESOME CREEK 17 JUILLET :

Eveil dans la nature sauvage, au creux d’une vallée où seul un nombre infime d’hommes ont posé le pied ces cinq dernières années. Aujourd’hui notre progression semble incertaine, mais nous possédons un GPS ainsi que tout l’équipement nécessaire pour une traversée de ce type. Certains passages sont profonds et l’eau glacée nous remonte jusqu’à mi-cuisse, les moustiques sont féroces et les grandes traces de pattes griffues sur les berges ne nous rassurent guère. Au détour d’une bifurcation de la rivière se dresse une cascade abrupte de quelques mètres de haut.

Anthony prend l’initiative d’escalader le versant gauche de la vallée afin de contourner l’obstacle, je lui emboite le pas. La montée est raide. Cependant, il est possible de s’accrocher aux buissons de baies pour monter une trentaine de mètres en amont. Nous échouons finalement dans un affluent de la rivière principale. Après  dix minutes de lutte contre la végétation, au sommet de la cascade, nous atterrissons devant un immense canyon jonché de massifs rocheux aux contours déchiquetés. La raison l’emporte alors sur notre soif d’aventures. C’est avec amertume que nous décidons de faire demi-tour en descendant les rebords glissants de la cascade. En tout, nous avons parcouru une trentaine de kilomètres dans ces gorges.

Nous repartons finalement en stop à Byers Lake pour la fin d’après-midi. Nous y dressons le campement à l’abri du toit d’une cabine de pêcheurs vide, et allumons tant bien que mal un feu sous une pluie battante. Nous espérons pour le lendemain une nette amélioration du temps …

Texte et photographies de Dimitri Labat et Anthony Binst

27 juillet 201114:21
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