Les Salinas Grandes : un enfer de sel

Textes et photographies de Théo Robin

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© Théo Robin

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Dans les contreforts de la cordillère des Andes se cache l’un des plus grands désert de sel au monde; les grandes salines argentines. Sur 140 km2, l’eau et le minerai se mélangent dans un grand miroir. La région est déserte, le sol stérile, l’oxygène et l’ombre manquent à tout voyageur qui voudrait apercevoir le mirage perdu dans les montagnes. Pourtant, se déplaçant lentement sur le terrain lunaire, des hommes sont parfois aperçus sur l’immense étendue.

Les Quechuas, peuple des montagnes andines, sont les seuls à récolter le minerai de sel, lorsqu’en hiver l’eau s’évapore de la surface des salines. Brûlés par le soleil et desséchés par le vent, leurs conditions de travail sont infernales. Ils sont les seuls à peupler la zone désertique et difficile d’accès qui annonce la cordillère des Andes, et dont le relief, qui culmine jusqu’à 5000 mètres, interdit l’agriculture et l’élevage, faute d’eau et de pluies régulières.

Payés au camion, les ouvriers remplissent des véhicules d’un autre âge pour 6 pesos par jour, soit un euro. Les engins ont du mal à tenir le choc combiné du sel et de l’altitude et demandent des réparations quotidiennes. Les pièces mettent des semaines à venir, la ville la plus proche, Salta, étant à 7 heures de route.

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Un ouvrier des salines transporte un bidon d’essence, protégé par des gants de la morsure du sel.

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Chargement d’un camion de sel par les ouvriers.

Travailleur des salines, à visage découvert.

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La Puna, les plaines des hauts plateaux argentins à plus de 3000 mètres d’altitude, et la Quebrada de Humahuca, la chaîne de montagne ou vivent la plupart des Quechuas.

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Les travailleurs des salines viennent principalement des villages andins nichés dans la Quebrada de Humahuaca, une chaîne de montagne longue de 155 km et montant à plus de 5000 mètres d’altitude, assimilée à la Cordillère des Andes. Point stratégique pour les Incas, puis pour les espagnols dans l’établissement des routes commerciales, la région est aujourd’hui laissée à l’écart du développement du reste du pays.

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L’absence de toute activité économique, d’écoles, de transports et d’autorité pub- lique n’est pas vraiment un hasard. Les villages indiens, déserts, témoignent du racisme qui sévit dans tout le pays.

Certains des argentins “blancs”, se revendiquent, depuis le XIXe siècle, comme les descendants des Gauchos, les cow- boys des pampas qui voulaient faire ta- ble rase de la question indienne. Une volonté qui semble, encore aujourd’hui, subsister chez certains groupes influents du pouvoir argentin. Les Quechuas, can- tonnés dans la cordillère des Andes, ne vivent pas non plus aux marges du pays par choix. Habiter en ville est dangereux, les actes racistes étant fréquents. Devenir urbain rime souvent, pour les indiens, avec marginalité. Dans ces conditions, devant le rejet des argentins “natifs”, les indiens, pourtant les plus anciens des habitants du pays, subsistent comme ils le peuvent. Et s’épuisent dans le desert de sel.

Textes et photographies: Théo Robin

6 juin 201115:20
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