Les Tibétains, champions de l’adaptation génétique
Une récente étude démontre que les gènes des Tibétains ont muté à une vitesse record pour leur permettre de vivre en haute altitude.
Le Plateau tibétain s’élève en moyenne à plus de 4 000 m. A cette altitude, l’air perd 40 % de sa teneur en oxygène par rapport au niveau de la mer. Cette raréfaction peut provoquer de nombreux troubles. Pourtant, 98 % des Tibétains vivent sans aucune difficulté au cœur de l’Himalaya. Cette particularité s’explique par la mutation qu’ont connue leurs gènes liés à l’utilisation de l’oxygène. Grâce à une analyse comparative du génome des Tibétains, une équipe de chercheurs américains, chinois et européens a récemment révélé la spécificité acquise par ce peuple en moins de 3 000 ans. « Il s’agit du changement génétique le plus rapide jamais observé chez des humains », souligne Rasmus Nielsen, professeur de biologie à l’université de Californie, à Berkeley, qui a mené l’analyse statistique dans cette étude parue dans l’hebdomadaire américain Science, le 2 juillet 2010.
Le manque d’oxygénation des tissus – l’hypoxie – peut provoquer de nombreux troubles, comme le mal chronique des montagnes, appelé aussi « maladie de Monge », du nom du médecin péruvien qui l’a décrite pour la première fois, en 1925 : maux de tête, nausées, perte d’appétit et fatigue progressive la caractérisent. A long terme, cette carence peut évoluer vers une défaillance cardiaque et une mort prématurée.
En comparant les génomes de 50 Tibétains et de 40 Chinois Hans, l’ethnie dominante en Chine, dont les populations tibétaines ont divergé il y a environ 2 750 ans, les chercheurs ont mis en lumière la mutation de plus de 30 gènes, et plus particulièrement l’évolution du gène EPAS1. « Intervenant pour répondre à l’hypoxie, ce “gène du super-athlète” [plusieurs de ses variations sont liées à une amélioration des performances athlétiques] a muté chez plus de 90 % des Tibétains contre chez 10 % des Chinois Hans », explique Rasmus Nielsen. Le gène contrôle la concentration d’hémoglobine – la molécule présente dans les globules rouges, qui transportent l’oxygène – dans le sang. En maintenant un taux d’hémoglobine bas, les Tibétains vivent ainsi sans troubles entre 3 000 et 5 000 m.
Oriane Laromiguière
Photo : © Antoine Taveneaux