Photos : les Sami de Scandinavie

En Scandinavie, un peuple vit au rythme de la migration des rennes.

Un sujet de Jessica Benko, photographies de Erika Larsen.

Retrouvez plus d’informations dans l’article du National Geographic France n°146, de Novembre 2011.

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Ella-Li Spik, de Jokkmokk, en Suède, compte parmi le petit pourcentage de Sami ayant grandi en gardant des rennes. Elle appartient aussi à cette nouvelle génération qui veut aller à l'université : " J'ai envie d'explorer le monde mais je souhaite que les rennes restent présents dans ma vie. "

Les éleveurs sami suivent la migration des rennes. En été, ceux-ci traversent le nord de la Scandinavie et de la Russie, quittant leurs lieux de pâturages pour des zones plus froides. Sven Skatltje prend un repas notamment constitué de viande de renne séchée, une base de l'alimentation sami, dans l'appartement qu'il partage avec cinq de ses enfants, à Gällivare, en Suède. Ils divisent leur temps entre la ville et Harrå, leur village, inaccessible par la route. Skatlje passe l’essentiel de l’hiver avec son troupeau, dans la toundra. « Je me sens vide quand je suis loin des rennes », dit-il. Ingrid Gaup était pensionnaire dans une école du pays avant de se marier et de déménager en Norvège. Suivant la tradition sami, elle confectionne des articles domestiques. Elle ramasse des "herbes à chaussure" dans les marais, les fait sécher, les tresse, puis les façonne pour revêtir l'intérieur des bottes d'hiver : "Elles gardent l'air chaud et absorbent l'humidité bien mieux que les isolants modernes."Sven Skaltje a découvert avec chagrin les cadavres de deux rennes femelles dans le nord de la Suède ; leurs ramures s’étaient emmêlées lors d’un combat. Il estime qu’elles sont mortes de faim au bout de trois jours. En séparant les corps, il s’est aperçu, au marquage des oreilles, que l’une était à lui et l’autre à son cousin. Skaltje est très admiré par les jeunes Sami de son groupe d’éleveurs. Il se demande toutefois si le savoir-faire qu’il leur enseigne se perpétuera. « D’autres civilisations comme celles des Romains et des Incas, étaient très importantes, observe t-il, et elles ont disparu. »

À Kautokeino, un renne abattu est étalé sur la table de la cuisine moderne des Gaup. La famille congèle, fume ou sèche la viande, ainsi que les organes, la graisse, le sang – et même les sabots. Certains Sami fabriquent des objets artisanaux. Avec les bois et les os, ils confectionnent des outils et des objets ; avec les tendons, du fil ; avec la dépouille, des sacs et des vêtements. Préparer les peaux leur prend des mois : il faut les gratter, les faire tremper, les sécher et étirer le cuir à la main. Pour commercialiser la viande, les éleveurs transportent les bêtes jusqu’à des abattoirs, qui récupèrent la chair et jettent le reste.Mathis Gaup se fraie un passage au milieu du troupeau de rennes pour y séparer les femelles gravides – celles qui ont encore des bois – des autres. Il saisit rapidement l’une d’entre elles par une patte postérieure afin de la conduire hors de l’enclos fermé par une bâche. En 2011, seule la moitié des femelles portaient des petits dans le troupeau de la famille Gaup, en Norvège, contre 80% d’habitude. « La nature régule la taille du troupeau affirme Nils Peder, le frère de Mathis. Les femmes qui ne s’occupent pas de petits durant l’été peuvent en porter de plus robustes au printemps suivant. »Les rennes peuvent prendre peur tout à coup ; aussi Nils Peder s'agenouille t-il avec calme au milieu du précieux troupeau qui constitue son moyen de subsistance. La couleur du lasso qu'il tient indique la saison et la température auxquelles il est le plus efficace. Tandis qu'il surveille les animaux, Nils Peder commence un joik, scandant d'une voix rauque ce chant sami traditionnel pour évoquer sa femme, Ingrid. Les pasteurs luthériens qui convertirent les Sami leur interdirent le joik, le qualifiant de musique du diable. Quand Nils Peder était petit garçon, sa mère désapprouvait cette pratique. Il l’a apprise de ses grands-parents et l’a enseignée à ses enfants.En Norvège, Sara Gaup, 14 ans, est habillée pour sa confirmation. Ses vêtements et ceux de son père, Nils Peder Gaup, indiquent leur ville natale, Kautokeino. Le bout retourné de leurs chaussures en peau de renne se fixait aux skis.Les lávut, tentes de forme conique, sont fréquentes dans les cours des Sami. Elles y sont souvent utilisées pour fumer la viande. Les Sami ont longtemps employé ces tentes comme abris portatifs – leur base large et leurs poteaux fourchus peuvent résister à des vents de 80 km/h dans la toundra arctique. Facile à transporter et à dresser, l’armature des lávut était à l’origine recouverte de peaux de rennes. Mais la toile cirée ou des tissus légers sont aujourd’hui plus répandus chez les éleveurs, qui se servent d’un feu ou d’un poêle installé au milieu de la tente pour se chauffer ou faire la cuisine.

15 novembre 201118:39
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