La Chine : a “new gaz guzzler”
C’est un fait. D’ici 20 ans – soit demain – la consommation énergétique mondiale augmentera de 36%. C’est considérable. La planète se révolte.
La planète sauf la Chine.
Petit rappel. Jusqu’en 2009 la consommation énergétique de la Chine était inférieure à celle des États-Unis.
Depuis 2009, la consommation d’énergies dans les pays industrialisés ralentit. Dans les pays émergeant : elle explose.
D’ici à 2012, la consommation d’énergie en Inde sera passée au troisième rang mondial, devant la Russie. Les ex piliers de l’OCDE sont en bout de course.
Selon l’Agence Internationale pour l’Energie (AIE), la Chine devient le plus gros consommateur d’énergie du monde devant les USA puisqu’en 2009, elle a consommé plus de deux millions de tonnes d’équivalent pétrole, soit 4% de plus que les États-Unis. Ce dépassement n’était prévu que pour 2015. La Chine s’assure ainsi le statut de “new gaz guzzler”.
Cause principale : la crise a “bousculé” le rythme du vieux continent et frappé l’activité industrielle des États-Unis. Parallèlement, les pays dits “émergeant” ont accru leur consommation en charbon, principalement, mais aussi en électricité et en gaz.
Mais voilà, la Chine réfute ce constat. Avec deux arguments en main. Tout d’abord l’Agence Internationale pour l’Energie n’aurait pas tenu compte dans ses calculs de la progression des énergies renouvelables produites parallèlement. Il convient donc d’opposer sa consommation à sa production et de conclure à partir des ces données.
État des lieux de la production verte chinoise: une force éolienne considérable puisque multipliée par dix depuis 2006 passant de 2 599 MW à 25 805 MW fin 2009 (Source : GWEC, 2010). Une production photovoltaïque spectaculaire depuis 2005. Un pays leader sur les marchés de l’eau chaude solaire et de la petite hydro-électricité : 10 % des ménages chinois utilisent déjà le soleil pour chauffer leur eau… et le projet pour 2020 est de satisfaire 15% de leur consommation énergétique par des solutions renouvelables. 15% seulement…
Lors du sommet de Copenhague, Pékin annonce sa volonté de diversifier ses sources d’énergies (son intensité carbonique représente aujourd’hui plus de 80% de ses sources) mais aussi améliorer l’efficacité énergétique en se tournant vers des solutions renouvelables. Actuellement premier producteur mondial d’électricité éolienne et solaire, la Chine a pour objectif d’ici à 2035 de devenir leader du marché des technologies à faibles émissions de carbone.
La Chine avance aussi un autre argument. Et de taille celui-ci. L’AIE, aurait dû comparer ce qui est comparable. Soit deux population de tailles semblables. Car en effet, si l’on se reporte au nombre d’habitants en Chine… les Etats-Unis restent largement en tête du classement des plus gros pollueurs/consommateurs au niveau mondial.
Est-ce en partie pour se dédouaner de cette “pôle position” qu’une nouvelle coopération sino-américaine s’ouvre dans le secteur des énergies propres ? Les objectifs de cette entente : un charbon propre, des véhicules propres, des bâtiments à forte efficacité énergétique…
D’après un rapport du World Wildlife Fund (WWF, ONG de protection de la nature et de l’environnement), l’énorme demande en ressources de la Chine, dû à son urbanisation extraordinaire, dépasse ce que son système écologique peut fournir.
Selon James Leape, Directeur général de WWF International, “L’Empreinte Ecologique moyenne par tête en Chine a récemment franchi le seuil considéré comme viable sur un niveau mondial moyen”.
L’Empreinte Ecologique se calcule en fonction d’une région et de sa capacité, ou non, de vivre dans la limite de ses moyens. Or un pays comme la Chine, consommant et produisant autant de déchets qu’à l’heure actuelle aurait besoin de l’équivalent de 1,2 planète pour soutenir ses activités.
Pour les États-Unis, c’est encore pire : il faudrait 4,5 Terres pour satisfaire ses besoins en ressources.
A défaut d’être encore largement superficiel, cet accord pourrait cependant offrir une plus grande transparence concernant les stratégies énergétiques des deux pays ainsi qu’une meilleure communication entre les deux superpuissances.
Alexia de Bascher
Photographie: ©Yanis Ourabah
