Environnement

Devra-t-on renoncer aux paillettes pour sauver les océans ?

Les paillettes sont aussi brillantes qu'amusantes, mais ces petits bouts de plastique finissent immanquablement dans les voies navigables et menacent la biodiversité marine. Vendredi, 1 décembre

De Laura Parker

Quand 19 écoles maternelles britanniques ont cessé d'utiliser des paillettes dans le cadre des ateliers créatifs menés en classe dans le but de sauver les océans, cela a déclenché une réelle frénésie jusqu'en Nouvelle-Zélande et alarmé le grand public sur les dangers que représentaient les paillettes pour la vie marine. Ce changement a pour visée de réduire la pollution plastique dans les océans. Un mouvement porté par Trisia Farrelly, une anthropologue environnementale à l'université de Massey en Nouvelle-Zélande, qui appelle à une interdiction globale.

« Tous les types de paillettes devraient être interdits car ce sont des micro-plastiques qui finissent immanquablement par polluer l'environnement, » explique-t-elle.

Mais en quoi ces scintillants atours, omniprésents à l'approche de Noël, sont-ils si dangereux ? Difficile à dire.

 

L'ANATOMIE DE LA PAILLETTE

Les paillettes sont faites de bouts de plastique et utilisées dans de nombreuses gammes de produits, y compris les cosmétiques. Une fois écoulés dans les égouts, elles deviennent un sous-ensemble de déchets plastiques connus sous le terme de micro-plastiques. Les micro-plastiques, qui mesurent moins de 5 millimètres de long, ont envahi les océans de notre planète, de la surface au plancher océanique.

Ils sont consommés par les planctons, les poissons, les crustacés, les oiseaux de mers et toutes les autres créatures marines. Les bouts de plastique se retrouvent dans les estomacs des oiseaux qui peuvent en mourir. Les scientifiques sont de plus en plus inquiets des effets des micro-plastiques sur la vie marine.

Les plus importants volumes de micro-plastiques sont produits par deux sources principales : les sacs plastiques emportés par les flots et divisés par les rayons UV et l'action des vagues, et les petits morceaux de plastiques qui se trouvent dans les cosmétiques et les produits de soin comme les crèmes pour le visage et le dentifrice. Ces micro-particules ne sont pas bio-dégradables et seront probablement dans les océans pendant des centaines d'années. Les scientifiques estiment que plus de 8 billions de micro-particules de plastique circulent chaque jour dans les eaux usagées aux États-Unis.

La quantité de paillettes s'échappant dans l'environnement est encore inconnue. 

« Alors qu'on a la preuve de l'accumulation des micro-plastiques dans l'environnement et de leurs méfaits grâce à des travaux en laboratoire, nous manquons encore d'éléments sur les paillettes, » explique Richard Thompson, un biologiste marin à l'université de Plymouth, dans l'ouest de l'Angleterre, et un expert en micro-plastiques. « Un tiers des 500 poissons que nous avons examinés dans la Manche avaient ingéré des micro-particules de plastique, mais nous n'avons pas décelé de paillettes. »

Alice Horton, chercheuse associée au Centre britannique d'Écologie et Hydrologie, a indiqué à National Geographic qu'il n'y avait à ce jour aucune donnée sur les paillettes. Les études sur les effets des micro-plastiques, ajoute-elle, « sont très variables : comme elles dépendent du type et de la taille des particules, il est difficile de prédire quels sont réellement les effets écologiques des paillettes. »

 

DOIT-ON INTERDIRE LES PAILLETTES ?

Richard Thompson et Alice Horton s'accordent à dire qu'une interdiction des paillettes serait prématurée, étant donné le peu de recul scientifique sur la question. Ils expliquent que l'accumulation continue de micro-plastiques dans les océans ne peut qu'engendrer plus de souffrance à la biodiversité marine, mais estiment que la mise en place de nouvelles mesures réglementaires imposées aux industriels pourrait être un moyen plus efficace de lutter contre cette pollution plastique.

« Je crois qu'il vaut mieux sensibiliser les gens à avoir une utilisation plus responsable des produits contenant du plastique que d'interdire les dits produits avec des mesures drastiques », continue Alice Horton.

Dans cette visée, la société de produits cosmétiques Lush Ltd. présente dans 51 pays a déjà remplacé les paillettes faites de polytéréphtalate d'éthylène (PET) par des paillettes faites en mica et à base de minéraux. 

Aux États-Unis, la production de produits cosmétiques et de produits de soin contenant des micro-particules de plastique est interdite depuis juillet 2017. La même loi prévoit l'interdiction de la vente de produits cosmétiques contenant des micro-particules de plastique à partir de juillet 2018, et l'interdiction des médicaments en vente libre contenant des particules de plastique à partir de juillet 2019.

Le Canada a interdit l'usage de micro-billes de plastique en juin dernier. 

Le Royaume-Uni prépare une interdiction des micro-billes de plastique, qui sera soumise au vote l'année prochaine.

En Europe, Cosmetics Europe, l'organisation du commerce représentant les industries cosmétiques, recommande de ne plus avoir recours aux mirco-billes de plastique.

En Nouvelle-Zélande, Trisia Farrelly salue la décision des écoles maternelles britanniques d'interdire l'utilisation de paillettes, tout particulièrement avant Noël. « C'est une toute petite part des micro-plastiques. Les microfibres sont beaucoup plus grandes, mais je pense qu'il est bon de sensibiliser le grand public sur ce qu'engendre l'utilisation de paillettes. »

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