Environnement

Les récifs coralliens pourraient disparaître avant 2050

D'après une nouvelle étude des Nations Unies, les récifs coralliens classés au patrimoine mondial de l'UNESCO mourront de thermostress si le réchauffement climatique n'est pas maîtrisé.

De Laura Parker, Craig Welch

Selon une nouvelle étude de l'UNESCO, les récifs coralliens du monde entier (de la Grande barrière de corail située au large de l'Australie aux Seychelles au large de l'Afrique de l'Est) sont menacés de disparaître complètement d'ici 2050 si les émissions de carbone ne diminuent pas suffisamment pour ralentir le réchauffement des océans.

Les conséquences pourraient s'avérer désastreuses pour des millions de personnes.

Les données qui prouvent le déclin des récifs coralliens, récif par récif, ne manquent pas. Cependant, cette nouvelle étude constitue le premier examen complet relatif à la vulnérabilité de l'ensemble des écosystèmes de récifs de la planète, lequel dépeint un tableau particulièrement sombre. Sur les 29 zones de récifs classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, au moins 25 seront victimes de deux phénomènes graves de blanchissement par décennie à l'horizon 2040. Cette fréquence « anéantira rapidement la plupart des coraux présents et entravera la reproduction nécessaire au rétablissement des coraux », a conclu l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture. Ce qui est d'ores et déjà en train de se produire dans certaines régions.

« Ce sont des lieux extraordinaires, j'en ai visité une grande partie. Constater les dégâts causés m'a tout simplement brisé le cœur », explique Mark Eakin, spécialiste des récifs à l'Administration océanique et atmosphérique des États-Unis et l'un des principaux auteurs de ce récent rapport. « Nous en sommes à un stade où il est nécessaire d'agir. C'est urgent. »

 

BLANCHISSEMENTS DE MASSE

D'ici à 2100, la plupart des écosystèmes de récifs coralliens disparaîtront si les émissions de carbone ne diminuent pas. Nombre d'entre eux succomberont plus tôt encore. « D'ici une à trois décennies, le réchauffement climatique devrait aller au-delà de la capacité de survie des récifs coralliens de la majorité des sites classés au patrimoine mondial », indique le rapport.

Si les récifs, souvent considérés comme les forêts tropicales des océans, occupent moins de 1 % du plancher océanique, ils servent d'habitat à un million d'espèces, dont un quart des poissons du monde. Ils protègent également les côtes contre l'érosion causée par les tempêtes tropicales et font office de barrière contre la montée des eaux.

« Le simple fait de songer aux répercussions de la disparition des récifs à l'échelle mondiale est terrifiant », affirme Ruth Gates, directrice de l'Institut de biologie marine de Hawaï, à Kaneohe.  « La réduction des approvisionnements alimentaires, l'absence de protection côtière due à l'effondrement des récifs et l'érosion des terres en résultant rendront certaines zones inhabitables. Les habitants seront forcés de partir. Sans parler de l'effondrement du tourisme lié aux récifs. »

Au cours des trois dernières années, 25 récifs (soit les trois quarts des écosystèmes de récifs coralliens du monde) ont été victimes d'importants phénomènes de blanchissement, décrits par les scientifiques comme la pire des séquences de blanchissement à ce jour. La Grande barrière de corail a été particulièrement frappée. Parmi les autres récifs touchés par le fléau figurent les Seychelles, la Nouvelle-Calédonie située à 1 210 kilomètres à l'est de l'Australie et les États-Unis, au large d'Hawaï et de la Floride.

« Les trois dernières années ont été extrêmement déprimantes pour moi », confesse Mark Eakin, de l'Administration océanique et atmosphérique des États-Unis. « Nous observons des dégâts catastrophiques sur de nombreux récifs à travers le monde. Les dégâts causés sur la Grande barrière de corail dépassent tous ceux que nous avons pu constater au cours des 20 dernières années. »

Selon Scott F. Heron, collègue de Mark Eakin et co-auteur de l'étude, certaines personnes souffrent déjà des conséquences, qui vont rapidement s'aggraver. Les îles à basse altitude, à l'image des Kiribati, une série de 33 atolls coralliens dans l'océan Pacifique central, voient d'ores et déjà l'eau salée submerger les sources d'eau douce. Les marées plus fortes et la détérioration des récifs provoquent davantage d'ondes de tempêtes. La disparition des coraux, en particulier lorsqu'elle est associée à la surpêche, se traduira par une raréfaction du poisson ainsi que par une pénurie des protéines locales.

« Il s'agit de conséquences bien réelles, que des personnes sont en train de subir », déclare Scott F. Heron. « J'ai rencontré ces personnes. Elles sont venues chez moi. C'est en train de se produire. »

Il fait également remarquer que, malgré le scepticisme face au changement climatique dans certaines régions, même les pires configurations imaginées il y a une vingtaine d'années avaient vu juste quant au type de dégâts observés sur les récifs aujourd'hui.

« Si les prévisions à l'époque ont commencé à se réaliser, même avec leurs failles, nous devrions avoir foi en la science et aux prévisions actuelles », affirme-t-il. « Et ces prévisions indiquent que si nous ne prenons pas de mesures, les répercussions seront graves et nombreuses. »

 

L'HEURE EST VENUE D'AGIR

La plupart des sites classés au patrimoine mondial sont gérés à l'échelle locale afin de maîtriser les polluants issus des ruissellements agricoles ou de la surpêche. D'après Mark Eakin et Scott F. Heron, la « menace mondiale omniprésente » qui pèse sur les écosystèmes de récifs coralliens est telle que les protections locales ne suffisent plus. Ils espèrent que les résultats peu réjouissants de leur nouvelle étude permettront aux nations du monde entier de réaliser que ces lieux exceptionnels, et les personnes qui en dépendent, souffriront énormément et bien plus tôt qu'on ne le pense si la réduction des émissions de gaz à effet de serre n'est pas effective rapidement.

« Lorsqu'une personne a besoin d'aide, l'écrasante majorité d'entre nous se pliera en quatre pour l'aider ; il s'agit d'une caractéristique humaine. C'est ce qui fait de nous des êtres humains », ajoute Scott F. Heron. « Que les personnes les plus touchées par ces bouleversements ne soient pas nécessairement celles que nous rencontrons au quotidien n'enlève en rien la responsabilité que nous avons de les aider. »

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