Espace

Des montagnes flottantes sur Pluton, ça ne s'invente pas !

De nouvelles données révèlent cinq éléments improbables sur la planète naine.

De Nadia Drake

Pour une si petite planète, Pluton a une surface d’une incroyable diversité où l’on retrouve des glaciers flottants, des reliefs curieusement criblés de cratères, des ciels brumeux et des paysages multicolores. Selon les scientifiques de la mission New Horizons, la lointaine planète naine serait encore plus étrange qu’ils ne l’imaginaient. Elle possèderait notamment des volcans de glace, des montagnes flottantes et des lunes au comportement chaotique.

Les scientifiques ont dévoilé ce lundi les nouvelles observations obtenues par la sonde New Horizons lors de son survol de Pluton au mois de juillet. Présentées à la réunion annuelle du département de sciences planétaires de l’American Astronomical Society, ces données montrent que Pluton n’est pas ce que l’on pensait.

L’équipe a reçu une bonne note pour l’exploration, mais une très mauvaise pour sa capacité prévisionnelle, rapporte Alan Stern, chercheur principal de New Horizons. « Le système de Pluton nous déconcerte totalement. »

 

DES VOLCANS DE GLACE

Deux trous observés à proximité du pôle sud de Pluton pourraient bien être des caldeiras volcaniques de glace. Ces dépressions se trouvent au sommet de deux gigantesques montagnes, le Mont Wright et le Mont Piccard. Les deux montagnes sont hautes de quelques kilomètres et larges d’au moins une centaine de kilomètres, et ont une forme semblable à celle des volcans-boucliers d’Hawaï. Sauf qu’au lieu de lave en fusion, les volcans plutoniens cracheraient de la glace, et éventuellement de l’azote, du monoxyde de carbone, ou encore une bouillie liquide draguée d’un océan enterré.

Jeff Moore, de l’Ames Research Center de la NASA, a déclaré au cours d’une conférence de présentation que l’équipe n’est pas encore prête à affirmer que ces éléments sont bien des volcans, « mais on [les] en suspecte fortement ».

Si c’est le cas, ce seraient les premiers volcans à être repérés à l’extrémité du système solaire. Si l’équipe préfère attendre de disposer de données supplémentaires pour confirmer ses découvertes, certains de ses membres en sont déjà bien convaincus.

« Lorsque vous voyez une grosse montagne avec un trou sur le dessus, ce ne peut être généralement qu’une seule chose », commente Oliver White, également de l’Ames de la NASA. « J’ai du mal à y voir autre chose que des volcans. »

 

DES MONTAGNES FLOTTANTES AU COMPORTEMENT ANARCHIQUE

Les montagnes plutoniennes pourraient bien se comporter plus comme des icebergs dans l’océan que des montagnes sur Terre. Constitués de glace, ces immenses blocs de matière flottent probablement sur une « mer » de glace d’azote, a révélé Moore. Dans certaines régions, ces montagnes sont aussi grandes que les Rocheuses américaines, mais suffisamment flottantes pour s’élever loin au-dessus des glaces d’azote et de monoxyde de carbone, bien plus denses. « Il se pourrait même les plus hautes montagnes plutoniennes soient simplement en train de flotter », a déclaré Moore lors de sa présentation.

À proximité du bord occidental du champ de glace connu sous le nom de plaine Spoutnik, des grandes étendues de glace d’eau peuvent se fracturer et se réarranger, produisant ce que Moore appelle un « terrain anarchique ». Des chaînes désordonnées de blocs angulaires, certains longs de 40 kilomètres et hauts de 5 kilomètres, forment des montagnes qui s’étendent de façon chaotique vers la plaine, jeune et lisse. De nouvelles analyses suggèrent que la plaine Spoutnik pourrait être âgée de seulement 10 millions d’années. Autrement dit, « née de la dernière pluie », a commenté Stern. « C’est une importante découverte, que de petites planètes peuvent être actives, sur une échelle gigantesque, des milliards d’années après leur formation. »

D’ÉNORMES FRACTURES ET UN OCÉAN ENTERRÉ

Certaines zones de la surface de Pluton, telle que la plaine Spoutnik, sont incroyablement lisses. D’autres sont curieusement criblées de cratères ou ressemblent à une sorte de peau de serpent de l’espace. D’autres encore sont déchirées par d’énormes fractures, telles que Virgil Fossa, à l’ouest de la plaine Spoutnik. De telles crevasses ont l’air d’avoir été formées durant l’expansion de Pluton, alors que la planète rompait sa croûte. Et c’est certainement ce qu'il s’est passé. « Un océan qui refroidit et gèle lentement provoque des expansions », a expliqué Bill McKinnon, de l’université Washington de St Louis. Si la croûte de Pluton renferme un océan d’eau enterré, ce que les scientifiques jugent probable, alors au fur et à mesure que cet océan gèle et grossit lentement, il peut exercer une tension sur la croûte de Pluton et engendrer ces énormes fissures.

 

UNE ATMOSPHÈRE FINE ET FROIDE

Avant le survol, les scientifiques pensaient que l’atmosphère de Pluton était épaisse et peut-être sept à huit fois plus volumineuse que la planète. On pensait que cette atmosphère, composée principalement d’azote, s’échappait tellement rapidement qu’environ 1 kilomètre de glace de la surface de Pluton se serait sublimée et aurait disparu au cours de ses 4,6 milliards d’années d’existence.

Les scientifiques de New Horizons savent désormais que cette idée est presque totalement fausse. L’atmosphère de Pluton est loin d’être aussi volumineuse que ce qui avait été anticipé, et loin de s’échapper à la vitesse prévue. « Avec les nouveaux chiffres, c’est de l’ordre de 15 centimètres [de glace disparue] », explique Leslie Young, du Southwest Research Institute. Une grande partie de l’azote de Pluton reste en fait proche de la planète naine. Bien que surprenante, cette observation peut s’expliquer par la présence de cyanure d’hydrogène dans les hauteurs de l’atmosphère plutonienne. Personne ne s’attendait à retrouver de telles quantités de cyanure d’hydrogène, mais celui-ci pourrait avoir un important effet de refroidissement sur l’atmosphère, tout en le maintenant blotti contre Pluton.

 

DES LUNES AU COMPORTEMENT CHAOTIQUE

Les quatre petites lunes de Pluton ont enfin été révélées. Nix, Styx, Kerberos et Hydra sont, comme le reste de ce système, plus étranges que les scientifiques ne le pensaient. Kerberos et Hydra semblent être constituées de deux objets plus petits restés collés l’un à l’autre après être lentement entrés en collision, un peu comme la comète en forme de canard orbitée par Rosetta. « À un moment donné, Pluton possédait plus que quatre lunes, au moins six », a affirmé Mark Showalter de l’Institut SETI lors d’une conférence de presse.

Le taux de rotation des petites lunes ajoute à la bizarrerie du système. Hydra remporte la course, tournant sur elle-même en seulement 10 heures. Mais toutes les lunes tournent bien plus rapidement que prévu. « Nous n’avons encore jamais vu un système satellite se comporter de la sorte », a ajouté Showalter. De plus, les scientifiques ne peuvent pas encore entièrement expliquer l’étrange cratère rougeâtre sur l’une des faces de Nix. Quant à Kerberos, que les scientifiques imaginaient comme le mouton noir du groupe, elle est en fait tout aussi lumineuse que ses trois petites sœurs.

 

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