Espace

Quelles sont les planètes qui ressemblent vraiment à la Terre ?

Trois exoplanètes déclarées similaires à la Terre ne seraient pas aussi terrestres qu'elles en ont l’air.

De Nadia Drake

En 2016 et 2017, une série de nouvelles nous a laissé sans voix : en matière de vie extraterrestre en dehors de notre système solaire, trois exoplanètes similaires à la Terre seraient les candidates les mieux placées. Ce n’est toutefois pas l’exacte vérité : ces planètes nouvellement repérées présentent encore de nombreuses inconnues et il faudra filtrer un vaste océan de données avant de pouvoir dire que ces mondes de la taille de la Terre sont bel et bien des mondes semblables à la Terre. Une nouvelle étude permet déjà d’avancer que, sur ces trois planètes, deux pourraient être asséchées, arides, et donc clairement différentes de la planète bleue.

Pourtant, si ce trio n’est finalement pas aussi terrestre qu’il en avait l’air, il n’en est pas moins intéressant et remarquable – même si l’on exclut les faux rapports d’habitabilité.

« Toutes ces histoires d’environnements de surface habitables ne sont que spéculation et supposition », déclare Greg Laughlin, de l’Université de Californie à Santa Cruz. « Même dans notre propre système solaire, il est toujours impossible de déterminer à quoi ressemble tel ou tel environnement de surface sur une grande lune ou sur une planète avant d’avoir une vue rapprochée du corps en question. »

Entre une planète de la taille de la Terre et une planète similaire à la Terre, il y a surtout une question de définition. Quel degré de gémellité avec la Terre une planète doit-elle avoir pour correspondre à cette définition ? Une taille et une température semblables sont-elles suffisantes ? Ou bien la planète candidate doit-elle aussi se trouver en orbite autour d’un astre comme le soleil, avoir une composition et une atmosphère similaires, sans oublier la capacité à accueillir une forme de vie ?

Pour moi, cette définition varie en fonction de la personne qui la manie ; cela vaut donc la peine de clarifier les choses à chaque fois.

À l’heure actuelle, la plupart des caractéristiques citées précédemment sont de grandes inconnues dans notre système. Aujourd’hui, les seules certitudes des scientifiques concernent la taille, l’orbite et les températures potentielles des deux planètes les plus secrètes, tellement proches de leur étoile que leur face intérieure est toujours la même. Quant à la troisième, l’équipe de chercheurs connaît sa taille, mais sa période orbitale reste un mystère. Enfin, ils savent que les planètes baignent dans une lumière infrarouge – ce dont est majoritairement constituée leur étoile TRAPPIST-1 – ce qui est bien différent des rayons du soleil.

Néanmoins, alors que les études d’autres exoplanètes indiquent qu’elles sont essentiellement faites de glace et de roche, la composition de ces trois-là reste floue. De même on ne sait si elles ont une atmosphère qui affecte les températures de leur surface (et si oui, comment), ou bien si de l’eau liquide pourrait exister en surface, au moins au niveau des fines zones tempérées qui bordent la région perpétuellement plongée dans la nuit et celle constamment exposée à la lumière.

Quant à la capacité de chacun de ces mondes à abriter la vie – sous une forme que nous connaissons ou dans une version évoluée qui se serait développée à partir des photons infrarouges – c’est une toute autre question à laquelle nous sommes encore loin d’apporter des réponses.

Cependant, « la planète du milieu, avec la période orbitale de 2,42 jours, a l’air relativement similaire à la Terre lorsqu’on compare leurs propriétés », note Laughlin. « Je ne connais pas d’autre exoplanète qui s’en rapproche autant. »

 

COMMENT DÉFINIR UNE « RESSEMBLANCE AVEC LA TERRE » ?

« J’entends par là une planète dont le rayon est proche de celui de la Terre et qui reçoit un flux d’énergie similaire de la part de son corps parent. Je ne parle définitivement pas de la présence d’océans, de plaques tectoniques, de dauphins ou encore de marchés boursiers… Toutefois, comme les auteurs de l’étude l’avancent, la planète a très probablement une rotation synchrone qui l’amène à ne présenter qu’une seule face à son étoile, ce qui la différencie vraiment de la Terre » continue Laughlin.

Soit. La planète n’est donc définitivement pas la sœur jumelle de la Terre, mais elles ne sont toutefois pas dépourvues de liens.

Tout de même, ces mondes méritent notre attention, et ce pour tout un tas de raisons. Ils sont en orbite autour d’une petite étoile froide, connue sous le nom de naine ultra-froide ; or jusqu’à présent, les scientifiques n’étaient pas certains que ces dernières, qui représentent 15 % des étoiles les plus proches du soleil, pouvaient accueillir des mondes relativement grands. Il s’avère que si, ce qui veut dire : plus de planètes (pour faire simple) ! Deuxièmement, à 40 années lumières de chez nous, le système est si proche qu’une observation très précise des planètes est maintenant possible. En outre, l’étoile est tellement faible qu’il sera facile de distinguer les informations provenant des planètes et les données concernant l’étoile elle-même. Enfin (pour le moment), l’étude de ce système permettra aux scientifiques de mieux comprendre comment les planètes évoluent autour d’astres bien différents du nôtre – c’est d’ailleurs le sujet d’un papier qui s’intéresse à la disparition d’eau dans les mondes en orbite autour de naines ultra-froides.

En résumé, cela vaut la peine de rappeler que couvrir les sujets scientifiques de manière responsable implique d’être fidèle aux découvertes et aux données présentées – évitons donc les lacunes, les explications vagues, etc. Bien entendu, il est agréable de spéculer sur ce qui pourrait être découvert, mais sans aller jusqu’à exagérer les annonces faites par le monde scientifique ou induire les lecteurs en erreur juste pour le principe de faire du clic. La beauté de la science réside dans sa complexité, son désordre, son analyse rigoureuse de l’inconnu, sa capacité à compiler suffisamment de données pour obtenir des interprétations raisonnables et à utiliser ces premiers raisonnements pour fonder les suivants, recommencer le processus encore et encore, avec de nouvelles questions à chaque fois.

Trois mondes extraterrestres de la taille de la Terre, en orbite autour d’un objet stellaire sur le déclin ? C’est tout simplement fantastique.

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