National Geographic Society : retour de la mission en Méditerranée
Début juin, Enric Sala (photo à droite), scientifique de la National Geographic Society, et Jean-Yves Cousteau, fils de Jacques-Yves Cousteau, prenaient le large à bord de l’Alcyone sur les traces du commandant pour faire l’état des lieux de la Méditerranée 65 ans après lui. Partis de Marseille, ils sont arrivés à Barcelone un mois plus tard et ont achevé avec succès leur mission. Entrevue avec Enric Sala.
L’idée de refaire l’itinéraire du commandant Cousteau s’est-elle révélée pertinente ?
Absolument. Le commandant nous a donné les premières images de la Méditerranée dans les années 1940. C’est le point de référence le plus ancien que l’on ait. Aujourd’hui, on constate un changement incroyable et dramatique : la plupart des espèces observées par le commandant Cousteau, comme le thon ou l’espadon, ont pratiquement disparu. Mais il y a un espoir : les réserves marines sont un espace qui bénéficie à tous, aux pêcheurs, aux touristes, aux plongeurs. Grâce à ces réserves, la vie marine se régénère. Certains poissons sortent des réserves, la pêche aux alentours est donc meilleure. C’est comme une banque qui produit des intérêts que l’on peut récupérer régulièrement. C’est également très bon pour l’écotourisme, pour les plongeurs notamment. Cela rapporte beaucoup plus d’argent que la pêche, et permet d’embaucher de nombreuses personnes. Ces réserves sont donc un véritable succès. Mais seulement 0,01% de la Méditerranée est totalement protégée. Ce n’est pas suffisant.
Avant même les premiers résultats de votre mission, quelles sont vos premières observations ?
Quand j’étais petit, tous les poissons que je voyais dans les films du commandant Cousteau, je ne les voyais pas quand j’allais plonger. Les changements que j’ai constatés depuis sont incroyables : dans les zones protégées, certaines espèces sont revenues, mais ailleurs en Méditerranée, elles continuent à disparaître. Nous avons deux messages : la mer a dramatiquement changé, mais il y a de l’espoir. La Méditerranée est, historiquement, la mer qui a connu la pêche la plus intensive. Si on peut récupérer de la diversité marine ici, on peut en récupérer partout. Les réserves sont un voyage dans le temps, on peut revenir dans le passé. On peut voir tout ce qu’on a perdu mais aussi tout ce qu’on peut récupérer dans le futur si on crée davantage de réserves.
Vos résultats seront-ils suffisant pour alerter et mobiliser les gouvernements autour de la protection de la Méditerranée ?
Nous l’espérons. Dans ce but, nous allons produire un film qui sera diffusé au début de l’année prochaine en Europe. Ce sera un outil pour conscientiser non seulement les citoyens, mais aussi, on l’espère, les dirigeants. On veut les inspirer pour que de plus grands efforts soient engagés.
Lisa Melia
Photo : Zafer Kizilkaya
Voir aussi : la vidéo du lancement de l’expédition