Histoire

Nouvelles découvertes sur le navire de Barbe Noire

Des fragments de papier ont été mis au jour sur l'épave vieille de 300 ans du Queen Anne's Revenge. Ils sont extraits d'un récit d'aventures de 1712. Vendredi, 5 janvier

De Kristin Romey

Les flibustiers qui parcouraient les mers menés par le célèbre Barbe Noire, pirate du 18e siècle, étaient amateurs de lectures enjouées. C'est en tout cas ce que tendent à prouver les nouvelles découvertes faites sur l'épave du navire.

Une poignée de documents mis au jour sur l'épave du Queen Anne's Revenge ont été identifiés comme des fragments d'un livre du Capitaine Edward Cooke datant de 1712, A Voyage to the South Sea, and Round the World, Perform’d in the Years 1708, 1709, 1710 and 1711.

La découverte a été annoncée jeudi dernier au cours d'une présentation par les conservateurs du Queen Anne’s Revenge (QAR) Conservation Lab au sommet annuel de la Société d'Histoire et d'Archéologie tenu à la Nouvelle-Orléans.

Le Queen Anne's Revenge s'est échoué au large de l'actuelle ville de Beaufort, en Caroline du Nord, en 1718. Barbe Noire y a péri lors d'une bataille navale l'opposant aux forces britanniques (Lire aussi La véritable histoire de Barbe Noire, la terreur des mers). L'épave du célèbre pirate a été découverte par des sauveteurs indépendants en 1996. L'excavation de l'épave par le Département des ressources naturelles et culturelles de Caroline du Nord ont commencé un an plus tard.

Les fragments ont été découverts parmi des amas de tissus retirés d'un canon chargé pendant son nettoyage et son examen en 2016, selon Erik Farrell, conservateur du laboratoire. Le tampon, noirci par les résidus de poudre, aurait pu servir de joint ou de bouchon protégeant le museau du canon des éléments extérieurs.

Seize bouts de papiers, pas plus grands qu'une pièce de deux euros, ont finalement été identifiés, et sept de ces fragments étaient encore lisibles. Alors que les chercheurs désolidarisaient délicatement les différents fragments de papier, ils ont remarqué que le texte sur les couches successives avaient le même sens, suggérant que les pages étaient extraites d'un même livre.

Ils ont pu, après des analyses complémentaires, détacher les mots "south" (sud) et "fathom" (brasse), et ont supposé qu'il s'agissait là d'un quelconque texte sur la navigation. Mais c'est un autre mot qui a permis l'identification formelle du livre dont ces fragments étaient extraits, comme le raconte la conservatrice Kimberly Kenyon.

« Un mot s'est vraiment détaché du texte : "Hilo". Il était en italique dans le texte, ce qui peut indiquer un nom de lieu, » indique Kimberly Kenyon à National Geographic. « Nous avons eu beaucoup de chance d'identifier ce mot. »

Se saisissant de cet élément distinctif, les chercheurs du Queen Anne’s Revenge (QAR) Conservation Lab ont contacté Johanna Green, spécialiste de l'histoire des textes écrits et imprimés à l'Université de Glasgow. Les chercheurs excluent l'hypothèse que ce mot puisse se rapporter à Hilo, ville côtière de l’État d'Hawaï qui n'apparaissait sur aucune carte européenne avant l'expédition de James Cook en 1778. Johanna Green pense alors qu'il pourrait s'agir d'Ilo, une ville portuaire au sud du Pérou sous domination espagnole à l'époque et déjà mentionnée dans la littérature maritime anglaise du 18e siècle.

Les histoires narrant les aventures des Espagnoles dans le Pacifique étaient en effet très populaires aux 17e et 18e siècles et plaisaient particulièrement aux Anglais.

Mais ces récits ne correspondaient pas aux fragments retrouvés sur l'épave du navire de Barbe Noire. Les scientifiques se sont alors mis en quête d'autres histoires contant les voyages dans le Pacific et mentionnant Ilo. Après quelques recherches, ils sont parvenus à déterminer que les fragments correspondaient aux pages 177, 1778 et 183 à 188 de la première édition du livre du Capitaine Edward Cooke, A Voyage to the South Sea, and Round the World, Perform’d in the Years 1708, 1709, 1710 and 1711 (Voyage vers la mer du sud, et autour du monde, fait en 1708, 1709, 1710 et 1711).

Cooke y décrit l'expérience d'une expédition à bord de deux navires, le Duke et le Dutchess, dirigés par le Capitaine Woodes Rogers. Rogers a lui aussi publié un récit de voyage, et les deux livres racontent le sauvetage d'Alexander Selkirk d'une île sur laquelle il avait été abandonné quatre ans plus tôt. Le sauvetage a été la source d'inspiration principale du roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoe (1719).

Des archives montrent qu'au moins quelques membres des équipages pirates étaient lettrés. Les officiers devaient en effet pouvoir lire les chartes de navigation. Selon Kimberly Kenyon, les flibustiers se saisissaient des livres lors de pillages d'autres navires. Barbe Noire lui-même tenait un journal de bord, qui a été subtilisé après sa mort.

L'équipe du QAR Lab travaille avec des spécialistes de la conservation du papier et des scientifiques du Département des archives culturelles de Caroline du Nord, ainsi qu'avec le Programme de conservation des arts de l'université du Delaware, pour conserver ces fragiles morceaux de papier, dont l'exposition au public est prévue dans le cadre du 300e anniversaire de la mort de Barbe Noire cette année.

Les restes du livre rejoindront les autres artefacts retrouvés sur l'épave du Queen Anne's Revenge, comme la cloche du navire, une épée ornementale, et même une ancienne montre de poche. Entre 100 000 et 400 000 artefacts mis au jour sur l'épave doivent encore être analysés et restaurés. D'autres découvertes remarquables sont à venir. 

« Sans compter que la moitié du navire n'a pas encore été fouillée, et repose encore au fond de l'océan, » indique Kimberly Kenyon.

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