Moscou
Deux jours que nous errons à Moscou. Il fait 40 °C et l’atmosphère est toujours aussi moite. Le climat pourrait être plaisant au bord d’une piscine ou sur une plage méditerranéenne… Mais pas dans le centre de Moscou.
Du coup, nous n’avons plus forcément la même dégaine qu’en temps normal. Autrement dit, on ne ressemble à rien. Depuis deux jours. En soi, c’est loin d’être grave. Oui, mais le problème à Moscou, c’est qu’une foule de « princesses » habite les rues et vous rappelle, à chaque fois que vous en croisez une, que vous devenez un véritable thon. Je m’explique. Complètement perdues dans la banlieue de Moscou – endroit absolument ravissant, été comme hiver –, on décide d’appeler au secours pour retrouver la bonne route.
Katia intervient. Katia : jeune Moscovite, pas mon âge mais qui me dépasse d’au moins trois têtes, une robe plus courte que mon short, talons aiguilles et jambes d’environ 2m. Elle nous explique, avec son plus beau sourire, comment rejoindre le centre. Je regarde ses jambes plutôt que de l’écouter, on comprendra plus tard la destination. Là, je prends seulement conscience de la scène. Deux laiderons en jogging et en nage depuis 48 heures, bégayant un mauvais anglais pour retrouver un chemin pourtant évident, en face d’une bombe, totalement bilingue et non transpirante.
La vie est mal faite. Et Moscou nous l’a souvent rappelé. Car, nous ne croisons pas uniquement des Katia dans cette ville. Il y aussi des Petrouchka.
Petrouchka, elle, est restée bloquée dans une autre époque, une ère lointaine. Très lointaine. Et beaucoup moins réjouissante. Petrouchka nous permet donc de reprendre un peu confiance en nous et en nos joggings puants. Petrouchka est beaucoup moins avenante que Katia. Petrouchka ne veut pas parler anglais et d’ailleurs, elle déteste tous ceux qui ne parlent pas couramment le russe.
Ca tombe plutôt bien, puisque notre vocabulaire s’étend à quatre mots. Bonjour. Merci. Non. Oui.
Outre cette caricature mesquine et hâtive, Moscou offre bien d’autres aspects beaucoup plus nuancés et attirants. La frénésie ressentie dès l’aéroport et propre à la plupart des capitales est envoutante. L’enthousiasme général des jeunes Moscovites est palpable. Les monuments, qu’ils soient tsaristes ou communistes, sont tous impressionnants et laissent le badaud sans voix devant tant de beauté ou de froideur bétonnée.
Photographies: © Anne-Laure Joly