Michel Slomka : Srebrenica, le retour à la terre
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20 ans déjà. Le 1er mars 2012, la Bosnie-Herzégovine fêtera le jour de son indépendance. Cet anniversaire douloureux marque aussi le début d’une guerre civile barbare, fortement ancrée dans la mémoire des populations. Dont le pays semble à peine se relever. Depuis la fin du conflit, le 14 décembre 1995, l’ancienne république prospère et multiethnique Yougoslave a cessé d’être. À la place, un pays divisé entre des populations serbes et bosniaques, meurtri par le chômage et la pauvreté.
À quelques mois de cette date hautement symbolique, la Bosnie-Herzégovine semble s’embourber dans un après-guerre interminable.
Pourtant bien partie pour s’en sortir. Le 26 mai 2011, une page importante de son histoire se tourne. Ratko Mladic, criminel de guerre, maître d’œuvre du siège de Sarajevo et bourreau de Srebrenica, est arrêté. Le Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie peut enfin espérer conclure ce dossier, en jugeant les principaux responsables de ce nettoyage ethnique.
Le recul aidant, une large part de la population réalise le caractère artificiel, démagogique et improductif des discours nationalistes de tous bords.
La ligne de partage invisible entre Serbes et Bosniaques commence à s’effacer. Les populations déplacées rentrent peu à peu, après de longues années d’exil, chez eux. À Srebrenica, résidence du principal génocide, les Bosniaques retournent sur les lieux du crime. Et montrent qu’ils n’ont pas perdu la volonté d’y vivre. La ville, détruite, n’est pas morte pour autant. Et petit à petit, la région commence à se relever du drame. Mais quelles sont les raisons de leur retour ? Et surtout, comment retrouver une existence apaisée ? Un dessein qui passe par la recherche de proches disparus, l’organisation de funérailles, le travail de deuil et la commémoration du massacre. Le reportage photo de Michel Slomka lève le voile sur les combats d’un pays et ses habitants qui, bien que meurtris, ne sont pas condamnés à la rancœur et la haine. Coexister, un futur envisageable ?
Au delà de l’objectif
Après deux années comme photographe professionnel au magazine VSD, Michel Slomka décide en 2010 de devenir freelance. Il lui aura fallu trois voyages, trois plongées au cœur de Srebrenica entre 2010 et 2011, pour relater l’histoire passé et présente de la ville. Son objectif : prouver au monde que la Bosnie d’après-guerre peut se relever. Et illustrer le retour des Bosniaques sur leurs terres natales. Un gage d’optimisme dans cette région en tension, où revendications identitaires et territoriales risquent à tout moment de déclencher des conflits.
À la suite de ce reportage, le photographe réitérer l’expérience au Kosovo. Un pays traversé par des problématiques similaires à celles de la Bosnie-Herzégovine. Ces pays restent, dans la région, les deux principaux foyers d’instabilité. La nature de leurs troubles fait échos aux thématiques géopolitiques relancées par la crise européenne : principe d’identité, altérité, cohabitation. Le vieux continent doit repenser sa diversité, source de conflit.
La Bosnie et le Kosovo sont des microcosmes représentant les zones de contacts et de frictions entre les peuples, les nations, les langues et les confessions – des termes à redéfinir . Des pays placés sous tutelle internationale, frappés de plein fouet par la crise économique et le chômage… Des enjeux majeurs pour l’Europe en ce début de XXIe siècle.
Photographies de Michel Slomka,
propos recueillis par Marie Dias-Alves.
