Pierre Neyret : Au coeur de la “planète blanche”

Récit sur les montagnes du Pakistan

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« La planète blanche », c’est ainsi qu’il la nomme. En 1993, fasciné par les clichés des montagnes pakistanaises de l’américain Galen Rowell et du japonais Shiro Shirahata, Pierre Neyret lâche son boulot d’informaticien et se reconverti. « Il y avait dans les images de ces terres désertes et vierges quelque chose de magique et grandiose. Il fallait que je me rende sur place, constater par moi-même ». Désormais, PIerre sera guide de haute montagne et photographe.

Sur place, il se lie d’amitié avec le guide pakistanais Jahangeer Shah et tous deux entament, en 2003, leurs premières expéditions à ski. Des parcours de trois ou quatre semaines, perdus au beau milieu de labyrinthes de fleuves blancs « dont on ne devine pas la sortie ». Un regard au sommet et les pics s’entremêlent à perte de vue.  Son favori ? Le carrefour glaciaire de Snow Lake, un vaste plateau niché à 5000 mètres d’altitude. La traversé d’un col peut prendre une vingtaine de jours ; période durant laquelle les alpinistes doivent affronter des températures qui oscillent entre -15°C et +30°C. Des conditions météorologiques à faire tourner la tête.

Pour cause, il y a deux ans, alors que Pierre et ses compagnons atteignent, à mi-parcours, le col d’Hispar (5150 mètres), une dépression s’installe. Une tempête s’abat sur leur campement et se prolonge sur cinq nuits. Cloués sur place, condamnés au froid et à l’éveil, leurs provisions s’amenuisent alors qu’ils désespèrent de voir la météo s’améliorer. Pierre et Jahangeer partent alors, seuls, affronter la tempête afin de repérer un passage au milieu des crevasses et trouver une issue pour redescendre le col. Incapables d’apercevoir le bout de leurs skis, ils finissent pourtant par atteindre le bas du col. « Et soudain, le temps s’est dégagé. Comme si le ciel avait attendu que l’on entreprenne quelque chose et nous disait : c’est bon les gars, je vous laisse partir d’ici ».

La montagne, parfois hostile, ne rend pas justice au Pakistan : les montagnards y sont les bienvenus et les autorités leur facilitent l’accès  au territoire. « Les pakistanais redoutent les agents de renseignements étrangers, mais nous n’avons rien d’espions », plaisante Pierre. Mais au fond, il s’insurge. La réputation du pays nuit à la découverte de ces régions montagneuses que le photographe s’évertue à faire connaître, en suscitant l’émotion au travers de son objectif.  « Je veux que les gens continuent à venir ici, à Snow Lake, rendre visite à ces géants majestueux, ces pics pacifiques ». Dans cette tâche il se sent de plus en plus seul. Depuis quelques années, toutes les grandes agences de trekking ont stoppé leurs voyages au Pakistan.

Les aventures qu’il met en place se réalisent en complète autonomie, dans des lieux très reculés, et s’adressent à des amateurs chevronnés. « Mais c’est un luxe inouïe d’être seul sur un site aussi remarquable. Au contraire d’autres sites géographiques majeurs, nous ne croisons jamais d’autres expéditions ». Depuis son premier séjour, Pierre est retourné vingt-quatre fois au Pakistan. « Là haut, on se sent hors du monde », affirme t-il. On veut bien le croire.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur son site : http://www.karakoram-ski-expedition.com

Texte : Marie Dias-Alves

Photos : Pierre Neyret

31 août 201111:38
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