Sarah Jaquemet : sport extrême, émotions extrêmes

En ce mois de février, notre rubrique met en lumière le travail de la photographe suisse, Sarah Jaquemet. Son travail photographique puise son inspiration dans l’émotion, toutes les émotions. Malgré la violence des sports de combat, Sarah réussit à leur rendre une humanité.

(Cliquez sur l’image pour faire apparaître le diaporama)

Ces combattants sont dans une phase de corps à corps appelé « clinch ». Le but est de déséquilibrer son adversaire et l’amener au sol.

Sarah grandit en Suisse dans une famille loin du milieu artistique. Ses parents, tous deux dans le domaine médical, veulent que leur fille exerce un vrai métier. Elle suivra alors des études d’assistante en soins, l’équivalent français d’aide soignante. « Je me suis rendue compte que j’étais trop sensible, une éponge face à la souffrance des patients. Il fallait que je change de voie afin de pouvoir mettre à profit ces émotions envahissantes. »

À l’âge de 20 ans, Sarah entre à l’école d’arts appliqués de Vevey (Suisse). Après trois années passées à apprendre les règles élémentaires de la photographie, elle a l’occasion de suivre un réalisateur hélvète au Québec. Ils voyageront toute une année dans le but de faire un livre sur la région. « Grâce à cette expérience, j’ai pu me découvrir via les images que je produisais. Je pouvais enfin m’affranchir des techniques imposées par mes professeurs. »

C’est également à cette période que Sarah développe un réel intérêt à photographier l’humain. « Je cherche à comprendre la personne, son style, ses malaises et, une fois la photo réalisée, lui faire dire « je me trouve beau ou belle ». » Lorsqu’elle appuie sur le déclencheur, l’intention de Sarah est de figer une émotion furtive.

De retour en Suisse, Sarah travaille avec différentes entreprises, dont la Fédération internationale de lutte amateur. « Quand l’association m’a contactée, je n’avais aucune idée de ce qu’aillait être mon travail. » À savoir réaliser le portrait de différents sportifs pratiquant le Mix Martial Art (MMA). Ce sport extrême, encore peu connu en Europe, mélange différents arts martiaux. Les deux combattants s’affrontent jusqu’à la soumission de l’un d’eux. « Vu de l’extérieur, le MMA me semblait être un sport de brutes et il n’y avait rien d’autre à comprendre. Au fur et à mesure, j’ai commencé à vraiment m’y intéresser, jusqu’à devenir une vraie passionnée. »

L’été dernier, Sarah s’est rendue à Miami en Floride pour photographier son premier combat professionnel de MMA. « Toutes les émotions étaient exacerbées : joie, douleur, tristesse, rage, respect, épuisement. » Réceptive à ces sentiments, les clichés de Sarah ne ressemblent pas à ceux des autres photographes présents, qui eux « se concentraient davantage sur la technique que sur le ressenti ». La jeune photographe décide alors de rendre à ce sport ses lettres de noblesse. « Je continue à étoffer le sujet, et je suis toujours aussi impressionnée par le parcours de ces sportifs. Pourquoi pas, à terme, faire un livre pour rendre hommage à ces hommes qui dépassent sans cesse leurs limites… »

Vous pouvez consulter l’intégralité de ses portfolios sur son site

Propos recueillis par Claire Lebertre

L’entrée des combattants est très impressionnante. Concentrés, ils sont toujours accompagnés de leur coach. Une fraction de seconde d’inattention. Assommé, le nez cassé, mais entouré de ses coachs, il tente de se relever et de reprendre le combat. Mais il se trouve contraint de déclarer forfait malgré sa volonté de se dépasser. La phase de combat au sol est une partie essentielle du MMA. Les coups sont moins forts car il y a moins d’amplitude possible.
Les athlètes sont toujours encouragés, aidés et supportés. Il très important pour eux important de ne jamais se sentir seuls. Avant d’entrer sur le ring, le coach frictionne le corps du combattant pour le préparer à l’effort. La concentration est à son comble. Le combattant vient de rentrer dans la cage et attend son adversaire.
Avant l’entrée sur le ring, le rituel du bandage. Il protège et maintient les mains dans les gants. Chaque combattant a sa façon de préparer ses poings. Ce combattant a été amené au sol par son adversaire, résultat : épaule déboitée. Dans un hurlement de douleur, il est évacué d’urgence du ring et emmené à l’hôpital. Après le temps règlementaire, en attendant la décision des arbitres, ils lèvent les bras et appellent les applaudissements du public.
L’arbitre lève le bras du vainqueur. C’est un moment de soulagement qui marque la fin d’un combat éprouvant.

13 février 201218:40
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