Thibaut Vergoz : tourisme sélect dans les îles Australes

Parade amoureuse d'un couple de grands albatros (Diomedea exulans) aux Kerguelen. Cette espece est classee vulnerable sur la liste rouge de l'IUCN. C'est le plus grand oiseau volant de la planete, avec une envergure depassant parfois les 3,50 metres.
LE PHOTOGRAPHE :
Géographe et biologiste de formation, Thibaut Vergoz découvre la photographie à l’âge de 22 ans. Aujourd’hui, il en a 27 et affirme ne pas savoir ce qui la poussé vers ce mode d’expression particulier : “Des rencontres, sûrement, qui m’ont transformé. Mais également l’envie de découvrir de nouvelles problématiques, de nouveaux environnements, de me mêler de ce qui ne me “regarde pas”, et d’observer depuis les coulisses. La photo est un outil génial pour ça. Elle permet de voir par delà ce que l’oeil repère au premier abord. C’est également un prétexte pour aller vers l’autre”.
Son premier instant photographique, il le vit au nord de l’Alaska, perdu au beau milieu de la toundra arctique. Il réalisait alors une série de clichés sur l’unique piste qui traverse cette région en direction de station pétrolière de Dead-Horse : “Je me déplaçais uniquement à pied et en stop, ce qui est difficile étant donné le peu de véhicules privés qui passent, l’essentiel étant des poids-lourds qui ne peuvent pas prendre de stoppeurs. J’avais déjà vécu ce genre d’expérience à plusieurs reprises par le passé, mais cette fois j’ai réalisé que c’était la photographie qui me permettait d’être ici, seul et heureux de travailler à mon rythme”.
Aventurier, il s’intéresse particulièrement à ce qui n’est pas dit, à ce qui n’est pas montré, mais affirme qu’il faut photographier ce que l’on connaît bien. En 2008, il est amené à travailler une année aux îles Kerguelen, en tant que biologiste de terrain : “Après avoir passé des mois et des mois à arpenter cet archipel extraordinaire en toutes saisons, je suis, comme les autres, tombé amoureux de cette région. J’ai eu l’opportunité plus récemment de réembarquer plusieurs fois à bord du Marion Dufresne, le navire ravitailleur des bases subantarctiques françaises, et de passer ainsi 3 mois à bord entre novembre 2010 et mars 2011. Une durée parfaite pour s’immerger totalement dans un sujet. J’ai choisi de photographier les quelques touristes embarqués, car, un peu comme moi quelques années en arrière, ils partent de zéro et explorent ce monde à part pour la première fois. De plus il s’agit à ma connaissance d’une expérience touristique unique au monde, ce petit groupe étant incorporé dans une mission logisitique et scientifique qui travaille réellement dans des conditions difficiles. Rien à voir avec une croisière traditionnelle”.
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SON PROJET PHOTO :
Perdues au milieu de l’Océan à des jours de mer de la première terre habitée, et balayées toute l’année par des vents terribles, les Îles Australes sont des sanctuaires naturels qui accueillent aujourd’hui encore une faune exceptionnelle et souvent unique.
Seuls quelques poignées de privilégiés viennent naviguer et vivre quelques mois sous ces latitudes hostiles, où ils peuvent côtoyer grands albatros et manchots royaux. Ces derniers sont scientifiques, militaires, ou encore personnels techniques affectés sur les bases françaises des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam.
Mais depuis quelques années, une cinquantaine de touristes se voient également offrir la possibilité, chaque année, de participer à l’une des quatre expéditions du Marion Dufresne, navire océanographique et ravitailleur des Îles Australes, grâce aux TAAF. À bord du seul moyen de transport permettant de rejoindre ces sites isolés, ils vont vivre pendant un mois au milieu d’une mission composée de marins, de scientifiques de renom, ou encore de jeunes volontaires à l’aide technique, qui partent ou rentrent chez eux après avoir passé parfois plus d’une année dans ces environnements en marge du monde.
J’ai eu l’opportunité d’accompagner ces quelques visiteurs, venus de tous les milieux, au cours de trois voyages à bord du Marion Dufresne entre novembre 2010 et mars 2011. À terre et en mer, j’ai pu photographier leur découverte de ces endroits mythiques, dont la plupart ont rêvé pendant des années sans imaginer pouvoir un jour s’y rendre. Je les ai observés observer les côtes déchiquetées des îles subantarctiques, rencontrer les personnels hivernants des bases, coupés du monde « réel » depuis des mois, s’émerveiller devant la phénoménale colonie de manchots royaux des îles Kerguelen sur la plage de « Ratmanoff », qui compte plusieurs centaines de milliers d’oiseaux. J’ai également photographié ces quelques courts instants de frustration, lorsque les impératifs de la science, ou la météo si capricieuse de ces latitudes, compliquaient les opérations de débarquement ou raccourcissaient le temps passé à terre.
En effet, la priorité de l’expédition est avant tout d’acheminer nourriture, matériel et personnels dans ces îles dédiées à la science. L’embarquement de touristes dépend donc des cabines disponibles, et n’est jamais assuré. À bord, ornithologues, physiciens, logisiticiens, présentent quotidiennement des conférences sur leurs travaux. Une alternance de discussions, de découvertes, mais aussi de patience, pendant les 20 journées de mer – souvent agitée – nécessaires pour relier les trois districts au départ de l’île de La Réunion. Le tout rythmé par les trois repas quotidiens et les séances de tamponnage philatélique de centaines de plis venus du monde entier recevoir les cachets mythiques des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises).
Une expérience hors du commun, dont l’intensité a tendance a créer des liens très amicaux entre les membres des expéditions. La plupart rêvent de repartir plus tard.
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Textes et photographies de Thibaut Vergoz