3 questions à Haïdar El Ali
Il y a deux ans, nous l’avions suivi au Sénégal et aux Bijagos (Guinée Bissau) où il parcourait les villages pour plaider la cause de la nature, auprès des habitants (voir NG février 2008).
Sous l’impulsion de l’Océanium, l’association que dirige Haïdar El Ali, cinq millions de palétuviers avaient déjà été plantés par les populations pour reconstituer la mangrove. En 2010, plus de 5 millions d’arbres ont été plantés sur 3 000 ha et l’association espère atteindre les 4 000 ha à la fin de l’année. Alors que sort un très beau livre consacré à son action aux éditions Terre Vivante, nous avons voulu le rencontrer.
National Geographic : En 2010, l’Océanium a entrainé plus de 300 villages dans le reboisement de la mangrove, au Sénégal. Comment parvenez-vous à les mobiliser ?
Haïdar El Ali : Nous faisons énormément de sensibilisation dans les villages, pour expliquer l’importance de la mangrove. Nous montrons des films, discutons avec les gens. La mangrove abrite de nombreuses espèces de poissons (ils y naissent et y grandissent), de crustacés, de crabes… Les femmes récoltent les huîtres qui sont fixées sur les arbres. Cet écosystème limite également l’érosion des sols. Si il disparaît, les populations environnantes sont forcément touchées.
National Geographic : Comment se déroulent les opérations de reboisement ?
Haïdar El Ali : Les villageois commencent par récolter des millions de semences dans les zones en bon état. Ensuite, il faut les replanter dans celles où les palétuviers ont disparu. Un mois plus tard, une jeune pousse émerge du sol. Cinq à sept ans plus tard, c’est déjà un arbre. Jusque là, nous avons concentré ces opérations en Casamance et dans le delta du Saloum. Mais cette année, deux ou trois villages ont arrêté de planter…parce qu’il n’y avait plus d’espace pour ça autour de chez eux ! Ils sont alors venus nous voir pour nous demander où ils pouvaient continuer à le faire.
National Geographic : Et demain ?
Haïdar El Ali : Dorénavant, de nouvelles idées émergent de mes collaborateurs, sur le terrain. En Casamance par exemple, les semences sont apportées dans les régions déboisées en pirogue. « Pourquoi ne pas planter également sur le trajet ? », m’a-t-on proposé. Depuis, des planteurs partent avec la pirogue et nous avons planté 50ha par semaine le long du fleuve !
Propos recueillis par Céline Lison
A consulter: l’Océanium
A lire : Haïdar El Ali, Itinéraire d’un écologiste au Sénégal, publié au éditions Terre Vivante. Bernadette GILBERTAS. 272 pages. 20€
Bernadette Gilbertas nous livre ici le portait bouillonnant de Haïdar El Ali. Sa plume raconte la générosité, les coups de gueules et les réussites d’un homme qui ne laisse personne indifférent. Sous l’eau, à l’ombre de l’arbre à palabres, dans les bureaux du gouvernement…Haïdar combat sur tous les fronts, s’oppose farouchement à toute pèche illégale, s’élève contre la désertification, repeuple les mangroves et garantit ainsi le riz de demain, il s’engage aussi en politique pour réagir face à l’inertie ambiante et refuser toute fatalité… avec pour crédo d’atteindre le cœur des gens en réveillant leur conscience.
Alexia de Bascher

