Animaux

Quel sort le président Trump réserve-t-il aux animaux sauvages?

Protection des espèces menacées, chasse, trafic d’animaux sauvages… Le gouvernement Trump pourrait fortement changer la façon dont les États-Unis préservent la faune, tant sur leur territoire qu’à l’étranger. Vendredi, 20 janvier

De Rachael Bale et Jani Actman

Le sort des animaux n’a jamais vraiment été un sujet de campagne électorale. Et la dernière présidentielle américaine n’aura pas fait exception. Pourtant, le commerce illégal des espèces sauvages relève de plus en plus du crime organisé. Chaque année, près de 33 000 éléphants sont victimes de braconnage pour leur ivoire. Même hécatombe chez les rhinocéros : alors qu’on dénombrait 13 individus tués en Afrique du Sud en 2007, on en comptait 1 175 en 2015. En cause, l’intérêt pour leurs cornes, utilisées, notamment en Chine et au Viêt Nam, à des fins thérapeutiques ou comme symboles de prestige.

Le commerce des peaux et des os de tigres est lui aussi en plein essor. Résultat : le nombre de grands félins encore présents dans la nature est estimé à 4 000. La demande des restaurateurs pour les écailles de pangolin a, quant à elle, décimé les populations de ce mammifère d’Asie du Sud-Est.

Lors de ses deux mandats (de 2008 à 2016), le président américain Barack Obama a contribué à la préservation de la faune de plusieurs façons : il a classé certaines aires marines en « espaces protégés », mis en place des réglementations sur la chasse au gros gibier d’espèces africaines en péril et instauré des politiques environnementales protégeant aussi bien les humains que les animaux du réchauffement climatique et de la pollution.

Un bilan qui pourrait bien être réduit à néant par la nouvelle administration. Que va changer Donald Trump en matière de protection de la faune ? À quoi s’attendre concernant le commerce illégal d’animaux sauvages, le changement climatique, la chasse et l’Endangered Species Act (loi fédérale des États-Unis créée pour protéger les espèces menacées de disparition) ? National Geographic fait le point.

Un ministre de l’Intérieur en désaccord avec les écologistes

Aux États-Unis, c’est le ministère de l’Intérieur qui supervise la gestion de la faune, soit 500 millions d’hectares de terres publiques (comprenant les parcs nationaux et les forêts) et plus d’un milliard d’hectares de fonds marins. Il définit également le rôle que les États-Unis jouent dans les affaires internationales liées à la faune, y compris le commerce illégal d’espèces sauvages. Autrement dit, quiconque dirige ce ministère a un pouvoir décisif sur la protection de la faune.

Or, Donald Trump a nommé en décembre dernier Ryan Zinke à la tête de ce ministère stratégique. S’il n’est pas considéré comme un véritable climato-sceptique, Zinke n’est pas pour autant convaincu de la part de responsabilité de l’homme dans le changement climatique. Cet ancien membre des Navy Seals (les forces spéciales américaines) est par ailleurs un chasseur émérite et un défenseur notoire de l’oléoduc Keystone XL, – un projet critiqué par les écologistes qui vise à transporter le pétrole depuis l’Alberta (Canada) jusqu’au Nebraska (au centre des États-Unis). Il s’est enfin opposé plusieurs fois aux écologistes sur la question des énergies fossiles.

Contre le commerce illégal d’animaux sauvages, Trump garde le cap

Sous l’administration Obama, les États-Unis ont activement participé à la lutte contre le commerce illégal de la faune. Et sous le mandat Trump ? Le même groupe de travail reste en place, assure David Hayes, président de l’U.S. Wildlife Trafficking Alliance, une coalition d’ONG et d’entreprises lancée en 2014, qui collabore étroitement avec le gouvernement sur cette question. « Je pense que c’est une lueur d’espoir, ajoute-t-il. Il ne s’agit pas d’un débat partisan. »

À l’automne 2016, les deux chambres du Congrès ont en effet entériné à l’unanimité une loi portant sur l’élimination, la neutralisation et l’interruption du trafic des espèces sauvages (Eliminate, Neutralize, and Disrupt (END) Wildlife Trafficking Act). Une nouvelle loi qui vise à faciliter la poursuite judiciaire des crimes fauniques aux États-Unis et qui exige que les agences fédérales travaillent main dans la main avec les pays considérés comme des points névralgiques de braconnage et de contrebande. 

Changement climatique : un pas en arrière

« Le réchauffement climatique est-il réel ? », « représente-il une menace sérieuse ? »… Donald Trump a régulièrement émis des réserves sur le sujet. Or, c’est un fait, les animaux en ressentent déjà les effets : les ours polaires sont affamés à cause de la fonte rapide de la banquise, la reproduction des tortues de mer est perturbée par les changements de température des sites de ponte et les éléphants d’Afrique souffrent des sécheresses.

Et, si l’on se fie aux objectifs énoncés par le nouveau président américain, la situation pourrait empirer. Donald Trump souhaite anéantir les efforts de réduction des émissions de carbone produites par les centrales électriques, soutenir les énergies fossiles et se retirer de l’Accord de Paris, le pacte international sur le climat négocié fin 2015 lors de la COP21 et entré en vigueur le 4 novembre 2016.

La chasse encouragée ?

Eric et Donald Jr. tenant la dépouille d’un léopard abattu par leurs soins : cette photo des deux fils de Donald Trump prise en Afrique avait fait les gros titres pendant la campagne électorale. Tout comme le cliché de Donald Jr. brandissant la queue d’un éléphant tel un trophée. Pas de doute, la progéniture du nouveau président américain aime la chasse et ne s’en cache pas. Qu’en est-il du père ? Jusqu’à maintenant, Donald Trump est resté ambigu sur ses positions personnelles. En 2012, il avait indiqué au site TMZ qu’il « n’adhérait pas à la chasse. » Mais, lors de la campagne électorale, il a confié au magazine Field & Stream qu’il « aimerait beaucoup » aller chasser avec ses fils. Il a également obtenu le soutien de la National Rifle Association (NRA), association et lobby politique pro-armes, qui défend notamment les intérêts des chasseurs sportifs américains.

Quoi qu’il en soit, le fils aîné, Donald Jr., a clairement indiqué qu’il aurait son mot à dire sur les questions de chasse et de préservation. En octobre, il déclarait au magazine Outdoor Life qu’il serait « présent pour s’assurer que les personnes qui dirigent le Service de la pêche et de la vie sauvage des États-Unis (USFWS) réalisent à quel point les sportifs contribuent à préserver la faune ».

Sous les deux mandats de Barack Obama, l’USFWS a conforté sa position sur deux points. Premièrement, aux États-Unis, les permis de chasse domestique et les frais liés à cette pratique subventionnent les efforts de conservation déployés au niveau national. Deuxièmement, à l’étranger, la chasse au trophée, lorsqu’elle est pratiquée de manière durable, joue un rôle déterminant dans la préservation de la faune en injectant l’argent du tourisme dans les économies locales. Compte tenu du penchant des fils de Donald Trump pour ce type de chasse, il est probable que la nouvelle administration continue de l’encourager.

Le président tentera-t-il néanmoins d’assouplir les règles mises en place par l’USFWS pour restreindre les importations de trophées de chasse d’éléphants d’Afrique et de lions afin de protéger leurs populations ? Cela reste assez flou. Mais ce ne serait pas surprenant si l’on considère les prises de position de la NRA sur le sujet.

Dernière question en suspens, celle des espèces menacées de disparition. Si Donald Trump et son équipe n’ont encore rien annoncé, maintenant que les Républicains contrôlent à la fois le Congrès et la Maison-Blanche, il y a de fortes chances que les démarches entamées pour écorner l’Endangered Species Act progressent.