Espace

Le sprint de la Voie lactée à travers l’espace enfin expliqué

Mais pourquoi notre galaxie fonce-t-elle à 2,3 millions de km/h, et notre système solaire avec ? Après des décennies de débat, la réponse vient de tomber : c’est en bonne partie à cause… d’un grand vide ! Mercredi, 1 février

De Fabien Maréchal

Le temps de lire le titre de cet article, vous avez parcouru près de 1 000 km sans rien sentir. Car la Terre et le système solaire suivent notre galaxie, la Voie lactée, dans sa course effrénée à travers l’espace. Vitesse de croisière : 630 km/s. Cela, les astronomes le savent depuis des décennies. Mais c’est tout récemment qu’une équipe internationale (dont des chercheurs du CNRS, du CEA et de l’Université Lyon-1) a compris pourquoi.

Une première hypothèse soupçonnait l’attraction gravitationnelle exercée par un groupe d’amas de galaxies, situé à 150 millions d’années-lumière, puis celle du superamas de galaxies de Shapley, à 600 millions d’années-lumière. Problème : même à eux deux, avec leurs millions de milliards d’étoiles, ces deux suspects n’étaient pas assez costauds pour attirer aussi fortement notre Voie lactée. Et puis celle-ci ne se dirigeait pas exactement dans la bonne direction.

L’étude qui vient d’être publiée dans le tout premier numéro de la revue Nature Astronomy a trouvé le coupable là où on ne l’attendait pas : dans la direction opposée. Et il ne s’agit pas d’un condensé de matière, mais d’un vide monstrueux. Au lieu d’attirer la Voie lactée et ses plus de cent milliards d’étoiles (et, aussi, la galaxie d’Andromède), ce vide la repousse.

 

Voyage sur les « fleuves de matière »

Comment les chercheurs ont-ils obtenu ce résultat ? En réalisant une carte des déplacements de la matière visible et invisible. Le rayonnement micro-ondes émis dans la prime jeunesse de l’Univers nous parvient aujourd’hui de tous les côtés. En étudiant par où il arrive le plus vite et par où il arrive le plus lentement, on peut connaître le sens et la vitesse de déplacement de notre galaxie.

Mais les scientifiques sont allés plus loin. Ils ont analysé ces données pour des milliers de galaxies proches. « Nous avons identifié le déplacement de “fleuves de matière“ », précise Hélène Courtois, astrophysicienne à l’université Claude-Bernard Lyon 1. Or la matière s’éloigne des régions vides pour se précipiter vers les régions de l’espace contenant plus de matière.

Conclusion : les régions très lointaines de l’espace nous attirent autant qu’elles nous repoussent. Match nul. En revanche, l’influence de la concentration d’amas de galaxies de Shapley, qui nous attire, a été confirmée. Mais une grande région de vide, non identifiée jusqu’à présent et qui nous repousse, est venue s’ajouter à l’équation. Voilà l’explication de notre course folle enfin complète. Pas d’inquiétude cependant : vu les distances qui nous séparent de Shapley, aucun risque de collision n’est à craindre.

Les scientifiques ont au passage gagné un nouveau mystère à explorer : que contient réellement la région quasi vide qu’ils ont découverte ? Seule certitude : depuis que vous avez commencé à lire cet article, vous avez parcouru environ 40 000 km… soit l’équivalent d’un tour complet de la Terre !