Animaux

Lion Cecil : la chasse aux chasseurs est ouverte

La mort sauvage du lion Cecil au Zimbabwe a suscité l’émotion de milliers d’internautes, indignés par la chasse aux trophées animaliers. Ses adeptes défendent, eux, une pratique qui protégerait la faune du continent africain. Jeudi, 9 novembre

De Olivier Liffran

L’Internet est sur le pied de guerre. Sa cible : de riches chasseurs, souvent d’origine américaine, en quête de trophées animaliers. Après la mort du lion Cecil, véritable emblème du Zimbabwe, abattu par un dentiste américain puis décapité hors de sa réserve, la chasse aux chasseurs est lancée. Sur la Toile, un tweet de Peta, l’une des principales associations américaines de défense des animaux, donne le ton de la battue : “Il doit être extradé, mis en examen et de préférence, pendu”.

Leur dernière cible se nomme Sabrina Corgatelli. Sur sa page Facebook, la jeune femme, comptable dans une université américaine, pose fièrement avec une girafe qu’elle vient d’abattre en Afrique du Sud. Elle ne manque pas également d’y énumérer son bestiaire passé de vie à trépas : antilopes, phacochères, buffles… En seulement quelques heures, des milliers de commentaires ont fleuri sur sa page. La plupart lui rappelant, avec haine, l’ignominie de ses actes.

À ceci près que ceux-ci n’ont rien d’illégaux. À l’instar de vingt-sept autres pays du continent, l’Afrique du Sud autorise la chasse aux trophées. Contre monnaie sonnante et trébuchante, cette pratique permet à de riches Occidentaux de tuer des animaux sauvages et de les dépecer. Très souvent, les victimes serviront à décorer les salons de demeures cossues aux États-Unis.  D’après les sites dédiés à ce tourisme particulier, un lion coûte environ 30 000 euros, idem pour un léopard, un peu plus pour un éléphant.

En retour, ces sommes mirobolantes — près de 200 millions de dollars sont récoltés chaque année, dont 100 millions pour la seule Afrique du Sud — servent à financer des programmes de protection de la nature. Des dollars censés pérenniser des parcs dédiés à la faune sauvage qui, sans la chasse, se seraient transformés en zones d’habitation ou de culture.

Ces safaris serviraient également à réguler les populations animales. En théorie, les chasseurs ne peuvent en effet s’en prendre qu’aux animaux qui ne peuvent se reproduire ou gênent la reproduction des autres. Ce fut le cas au début de l’année lorsqu’un chasseur texan, appartenant au Dallas Safari Club, s’est vu octroyer pour 350 000 dollars un permis pour tuer un vieux rhinocéros noir en Namibie, au prétexte que les plus âgés ne se reproduisent plus et n’hésitent pas à tuer leurs jeunes congénères qui se montreraient impétueux.

Ces arguments sont largement repris par certaines associations de protection de la nature, dont le Fonds mondial pour la nature (WWF), selon lesquelles la chasse aux trophées est bénéfique pour la faune si elle demeure limitée et contrôlée. D’autres ONG estiment, en revanche, que les quotas de chasse sont trop importants ou visent des animaux trop jeunes. En d’autres termes, ils empêcheraient le renouvellement des espèces. D’après le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), environ 5 700 lions ont été tués ainsi entre 1999 et 2008, dont 64 % sont partis vers l’Amérique. Des chiffres à mettre en regard avec la diminution de moitié du nombre de lions au cours des trente dernières années. Il en resterait environ 20 000 sur tout le continent africain.

Quant aux retombées économiques, celles-ci seraient presque inexistantes à cause de la corruption et du peu d’emplois créés par ce type de tourisme. Les communautés locales, elles, n’en percevraient que 3 %, d’après une étude menée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

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