Le chat forestier, le petit félin à la conquête de l’Hexagone

Aussi discret que peu connu du grand public, ce chat sauvage connaît une phase d’expansion en France.

Publication 13 oct. 2020 à 15:30 CEST, Mise à jour 5 nov. 2020 à 06:29 CET
Le chat forestier affiche un poids moyen de 5 kg pour les mâles et 3,5 kg ...

Le chat forestier affiche un poids moyen de 5 kg pour les mâles et 3,5 kg pour les femelles.

Photographie de Philippe Massit

Dans les zones boisées de l’Hexagone rôde un félin méconnu : le chat forestier.

Felis silvestris silvestris est l’une des deux espèces de félidés sauvages autochtones de France métropolitaine avec le lynx boréal. Bien moins imposant que ce dernier, ce chat à la silhouette trapue, au pelage fauve et gris, strié de rayures noires, affiche un poids moyen de 5 kg pour les mâles et 3,5 kg pour les femelles. Si ses mœurs discrètes rendent sa présence souvent insoupçonnée, ce petit prédateur prospère en France.

Comme son nom l'indique, on le trouve dans les forêts pour le gîte, notamment dans les troncs d’arbres et les terriers de blaireaux, mais il fréquente aussi les prairies à leur lisière pour le couvert. C’est là qu’il chasse les petits rongeurs qui constituent l’essentiel de son régime alimentaire. D’après la dernière étude publiée sur la répartition de ses populations, basée sur des données recueillies de 1990 à 2006, il était recensé dans 44 départements.

Répartition de l’espèce en France.

Photographie de Sandrine Ruette / OFB

Ses effectifs se concentraient principalement dans deux foyers, le grand quart Nord-Est et les Pyrénées, mais il semblait connaître une expansion.

Selon Sandrine Ruette, vétérinaire et chef de l’équipe des méso-carnivores à l’Observatoire français de la biodiversité, co-auteure de l’étude, la tendance se poursuit ces dernières années. « On avait constaté que le chat forestier regagnait du terrain à partir de son foyer du nord-est. Le suivi actuel confirme que l’espèce s’étend vers le sud et l’ouest, assez bas dans le Massif Central. Une densité assez forte a été observée dans la Vallée d’Aspe dans les Pyrénées. François Léger, mon collègue à l’OFB, a démontré qu’il n’y avait pas de jonction entre ces populations en 2006 mais des connexions devraient exister dans peu de temps. »

Il est difficile de dire si l’espèce colonise le territoire ou recolonise d’anciennes zones d’occupation, en raison du manque d’informations sur sa répartition passée. Quoi qu’il en soit, les observations actuelles attestent sa bonne santé. « La France a l’une des plus belles populations de chats forestiers d’Europe, souligne Sandrine Ruette. En Allemagne, en Suisse et en Belgique, on remarque des signes d’expansion depuis seulement une dizaine d’années, alors qu’ils se sont manifestés une décennie plus tôt chez nous. »

Le chat forestier (Felis silvestris silvestris) est une espèce de félidés sauvages autochtones de France métropolitaine.

Photographie de Philippe Massit

Selon les spécialistes, le chat forestier occupait toute l’Europe occidentale, centrale et méridionale durant l’antiquité. L'évolution de ses populations du Moyen Âge au XIXe siècle reste incertaine faute de recensement. Le caractère insaisissable de l’animal a du reste alimenté des fantasmes très éloignés de la réalité. Le petit félin a ainsi longtemps traîné une mauvaise réputation de bête féroce. Au XVIIIe siècle, Buffon le décrivait dans son Histoire naturelle comme « aussi cruel, aussi méchant, aussi déprédateur en petit, que ses consanguins le sont en grand. Ils sont tous également carnassiers… ils ne sortent jamais sans répandre la terreur et causer autant de dégât que d’effroi ».

Malgré cette méconnaissance de l'espèce, on suppose que ses effectifs ont dû connaître pendant des siècles une régression en raison de la déforestation, mais aussi parce que le chat forestier était jadis chassé pour sa fourrure et comme nuisible. 

On le trouve le chat forestier dans les forêts et dans les prairies. La population était principalement concentrée dans deux foyers, le grand quart Nord-Est et les Pyrénées, mais elle semblait connaître une expansion.

Photographie de Philippe Massit

Pourquoi reprend-il aujourd’hui du poil de la bête ? « L'interdiction du piégeage, puis la protection de l'espèce en cours depuis 1979, ont sans doute contribué à la reconstitution et à l'extension des populations », explique Sandrine Ruette, qui pointe aussi les nouvelles politiques d'aménagement du territoire.

« La reforestation est une réalité en France, avec un accroissement des surfaces forestières de plus de 90 000 ha chaque année depuis 1985. On réimplante aussi des réseaux de haies, dont on a compris les mérites. Elles jouent le rôle de brise-vent pour l'agriculture, limitent l'érosion des sols et sont très importantes pour la biodiversité, en servant de refuge aux carnivores et à leurs proies. » La spécialiste invite toutefois à la vigilance face aux nouvelles menaces qui pèsent sur l'habitat du félin, en particulier la conversion de prairies en terres agricoles dans l'Est de la France depuis une dizaine d'années.

Moins flagrante, l'hybridation est une autre menace à la survie de l'espèce. Le félidé peut en effet se reproduire avec son homologue domestique, Felis catus, et donner des hybrides à leur tour fertiles. En Écosse, les croisements ont atteint un tel degré que l'on se demande si le chat forestier existe encore. En France, cette disparition par dilution génétique ne semble pas à l'ordre du jour. Selon une étude publiée en 2012 dans la revue Animal Conservation, les niveaux d'hybridation restent modestes et la population de chat forestier demeure bien différenciée génétiquement.

Aussi discret que peu connu du grand public, le chat forestier connaît une phase d’expansion en France.

Photographie de Philippe Massit

Outre Felis silvestris silvestris, la France pourrait abriter une autre espèce de chat sauvage jusqu'alors non identifiée.

En Corse, en 2019, plusieurs félins vivant à l’état sauvage ont été capturés et suivis à l’aide de colliers GPS dans une zone montagneuse, lors d’une étude soutenue par l’OFB et l’Office de l’environnement de la Corse. Ils seraient ce « ghjattu-volpe » (chat-renard en corse) du folklore local, qui peuple les histoires de bergers. Leur analyse génétique par une équipe de l’Université Lyon 1 et le laboratoire Antagene est en cours.

Elle a déjà établi qu’ils n’appartenaient pas à l’espèce Felis silvestris silvestris, mais qu’ils faisaient partie du groupe Felis lybica. Dans ce dernier figurent les chats domestiques ainsi qu’un chat sauvage, le chat de Sardaigne.

Le lignage exact des félidés de Corse reste à déterminer. Ils constituent peut-être une nouvelle espèce de chat sauvage, à moins qu’ils ne se rattachent au chat de Sardaigne ou qu’ils ne se révèlent être issus de matous domestiques dont les gènes se seraient modifiés au fil d’un long isolement dans le maquis. Réponse dans un à deux ans.

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