Énigme scientifique : ces baleines qui secourent d’autres animaux

Pourquoi les baleines à bosse vont­-elles jusqu’à affronter des orques pour sauver des animaux d’autres espèces ? Défense préventive ou sentiment altruiste ?

De Olivier Liffran

En mai 2012, des chercheurs assistent à une attaque d’orques contre une baleine grise et son baleineau. Séparé de sa mère, celui­-ci est rapidement tué. Sans attendre, une dizaine d’autres baleines – à bosse, celles-­ci – surgissent et font face aux orques. Pendant plus de six heures, ces géantes des mers, qui peuvent peser 25 t pour 13 à 14 m de long, tiennent à distance les prédateurs deux à trois fois moins gros en leur assénant des coups de nageoires. Comme s’il fallait absolument les empêcher de dévorer la dépouille du baleineau.

Un comportement isolé ? Pas du tout. 115 confrontations entre des baleines à bosse et des orques – ou épaulards – ont été observés entre 1951 et 2012, selon une étude publiée dans la revue Marine Mammal Science. Le plus souvent, les baleines à bosse s’interposent pour venir en aide à d’autres animaux – phoques, lions de mer et otaries notamment.

Pourquoi prennent­-elles autant de risques dans des conflits qui ne les concernent pas directement ? Les chercheurs se perdent en conjectures. Toute espèce animale est mue par un désir de survie. Il est donc possible que les baleines à bosse adoptent une stratégie de prévention pour dissuader les orques de s’attaquer à leurs propres petits. Bémol à cette théorie : les attaques d’orques ne représentent que 11 % des incidents recensés.

Autre hypothèse : les baleines à bosse qui se mesurent aux orques en auraient été elles-mêmes la proie auparavant. Les scientifiques ont recensé un certain nombre de cicatrices sur leurs corps qui témoignent de ces affrontements. Le souvenir de ces confrontations les conduirait donc à s’opposer à leurs anciens adversaires.

Reste la possibilité d’un comportement altruiste. « Les baleines à bosse sont capables d’une pensée complexe, de prendre des décisions, de résoudre des problèmes et de communiquer, explique Lori Marino, un biologiste américain spécialiste de l’intelligence des cétacés. Des attributs qui témoignent d’un haut degré d’intelligence et qui peuvent mener des conduites altruistes. » Les baleines à bosse ne seraient d’ailleurs pas les seules dans ce cas. Des comportements similaires ont été observés chez le dauphin et chez certains chiens.

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