Animaux

Nos smartphones auront-ils la peau du gorille de Grauer ?

Un nouveau rapport relève que le gorille de Grauer est en danger critique d’extinction en RDC. La faute aux mines de coltan (un des composants du smartphone), qui bouleversent l’habitat du plus grand primate actuel et accélère sa disparition.

De Pierre Gautrand

En vingt ans, le gorille de Grauer a perdu 77 % de sa population. « La cause de ce déclin est essentiellement liée à la géopolitique », affirme Ghislain Vieilledent, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et coauteur de l’étude. Cette espèce de gorille, qui peut atteindre 1,83 m et peser jusqu’à 225 kg, peuple les forêts orientales de la République démocratique du Congo (RDC).

En 1994, le génocide rwandais a provoqué un afflux massif de réfugiés en RDC, qui a conduit à deux guerres civiles entre 1996 et 2003. Ces conflits ont favorisé l’établissement de différents groupes armés dans l’est du pays. Aujourd’hui, soixante-dix milices luttent pour le contrôle du territoire et des mines de coltan. Ce métal, composé de deux minerais – la colombite et le tantale – est utilisé pour la fabrication des smartphones et des tablettes. « Les milices utilisent la vente de ce métal rare et relativement cher pour subvenir à leurs besoins et s’armer », explique le chercheur au Cirad.

L’implantation de mines clandestines, en plein cœur de l’aire de distribution des gorilles, entraîne une déforestation et une perturbation de l’habitat. « Les primates migrent alors dans des zones plus reculées, à plus haute altitude. Cette dégradation et cette disparition progressive de leur habitat provoquent la diminution des populations », poursuit Ghislain Vieilledent.

La menace ne concerne pas seulement les grands primates. Selon le chercheur, « protéger les gorilles, c’est aussi protéger l’ensemble des écosystèmes qui les entourent. La forêt tropicale humide de l’est de la RDC présente la biodiversité la plus élevée d’Afrique. »

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