Environnement

En images : quand le climat joue au yo-yo au Sahara

D’ordinaire, la porte du Sahara offre un paysage de rocaille et d’épineux. Il y a deux ans, le désert s’est pourtant couvert d’un tapis de fleurs et de plantes.Thursday, November 9, 2017

De Olivier Liffran

Observez ces deux images prises au même endroit dans le sud du Maroc. Elles sont le reflet d’un dérèglement climatique extrême.

Entre 2014 et 2015, les précipitations ont atteint 350 mm en moyenne dans la province de Guelmin. Un record absolu dans cette région semi-aride. Sans crier gare, les oueds de la région ont débordé de leur lit, provoquant des inondations et la mort de 36 personnes. “De mémoire de nomade, on n’avait jamais vu cela”, affirme Romain Simenel, auteur de ces clichés et ethnologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), au laboratoire PALOC.

Ces deux images ont été prises exactement au même endroit, à un an d’intervalle.

Mais les pluies diluviennes ont eu des aspects positifs. Elles ont couvert le désert d’une belle végétation, qui s’étend jusqu’au pied des dunes de sable. Liserons, immortelles et moutardes ont alors offert des teintes rarissimes au désert. Une aubaine pour les éleveurs dont les cheptels – chèvres, moutons et surtout dromadaires – ont profité à plein de cette pâture providentielle. Les pluies ont également bénéficié aux agriculteurs qui ont vu leurs rendements céréaliers atteindre des sommets. Plus inattendu, le climat a favorisé l’apparition d’un miel d’argan pur, réputé pour ses propriétés antiseptiques et énergétiques. “Les précipitations associées à l’absence de brouillard ont permis aux fleurs de l’arganier de résister, explique Romain Simenel. Certaines abeilles ont exclusivement butiné ses fleurs, d’où la pureté du miel.”

Cette teinte violette est due à une variété d’immortelles (limonium sinuatum).

En 2015, les fortes pluies ont laissé place à une sécheresse extrême. De 350 mm en moyenne, les précipitations sont tombées à environ 50 mm. En quelques semaines, les coloris jaune, violet et rouge se sont effacés pour laisser le désert à nu. Faute de pâturage, les éleveurs se sont retrouvés dans l’impossibilité d’entretenir leurs bêtes et ont dû les vendre à perte. “Alors que je conduisais, j’ai croisé un dromadaire en train de mourir de faim, raconte l’ethnologue Romain Simenel. Après enquête, j’ai compris qu’il avait été abandonné par son propriétaire.” Les récoltes céréalières, elles, se sont avérées presque nulles.

“D’une année sur l’autre, les contrastes climatiques peuvent être importants dans cette région du monde, note Romain Simenel. Mais une telle différence est vraiment inédite.” Un phénomène qui s’ajoute à la longue liste des événements climatiques exceptionnels observés ces dernières années. 

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