Environnement

Des sociétés suisses exportent des carburants toxiques en Afrique

Une enquête révèle que des sociétés suisses exportent des carburants toxiques en Afrique de l’Ouest. Avec des conséquences désastreuses pour la santé publique et l’environnement. Jeudi, 9 novembre

De Olivier Liffran

Depuis les ports d’Amsterdam, Rotterdam et Anvers, des dizaines de tankers prennent quotidiennement la route en direction du golfe de Guinée. Dans leurs cuves, des millions de litres d’essence et de diesel destinés à l’Afrique de l’Ouest. Mais ce que leurs utilisateurs ignorent, c’est que les géants suisses du négoce pétrolier —Trafigura, Vitol, Addax & Oryx Group (AOG) et Lynx Energy — leur réservent une recette spéciale.

Une enquête de l’ONG Public Eye (anciennement « La Déclaration de Berne ») révèle que ces carburants sont produits en mélangeant le pétrole avec diverses substances pétrochimiques bon marché. Une pratique interdite en Europe et aux États-Unis, mais légale en Afrique malgré sa toxicité. Après analyse dans un laboratoire indépendant, les carburants révèlent des teneurs en soufre jusqu’à 378 fois supérieures à celle autorisée en Europe. D’autres substances dangereuses, comme le benzène et des aromatiques polycliniques, ont également été détectées.

Pour Public Eye, cela ne fait aucun doute : ces carburants, que les initiés appellent « African quality fuel » (« carburant de qualité africaine »), sont directement responsables de la mauvaise qualité de l’air des pays d’Afrique de l’Ouest, et constituent « une bombe à retardement » sanitaire. Comme le souligne le rapport de l’ONG, les études de l’International Council on Clean Transportation (ICCT) prévoient ainsi que « la pollution de l’air liée au trafic routier causera, en 2030, trois fois plus de décès prématurés en Afrique qu’en Europe, aux Etats-Unis et au Japon réunis ».

Retrouvez le rapport complet de Public Eye ici.