Environnement

Selon ce rapport, les effets du changement climatique s'aggravent et les États-Unis doivent s'engager

La 4ème évaluation nationale du climat prend la température du changement climatique à travers les États-Unis. Le message ? S'adapter.lundi 26 novembre 2018

De Alejandra Borunda
Le 12 juillet 2011, des scientifiques américains ont récupéré une boîte larguée par parachute par un C-130, qui leur a permis de réparer certains appareils à mi-mission. La mission ICESCAPE, ou "Impacts du climat sur les écosystèmes et la chimie de l'environnement du Pacifique arctique", est une enquête de la NASA à bord d'un navire visant à étudier l'incidence des conditions climatiques changeantes dans l'Arctique sur les écosystèmes océaniques. La majeure partie de la recherche s'est déroulée dans les mers de Beaufort et de Tchoukotka en 2010 et 2011.

Le 23 novembre dernier, les agences gouvernementales américaines ont publié un nouveau rapport très attendu sur l'impact du changement climatique aux États-Unis. La e évaluation nationale du climat (NCA4) décrit en détail comment les différentes communautés du pays subissent déjà les effets du changement climatique - du risque accru d'incendies de forêt en Californie à la sécheresse qui ralentit la production agricole dans l'Iowa, et bien plus encore.

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Le rapport constitue la deuxième partie d'un vaste effort réunissant scientifiques, agriculteurs, responsables de santé publique et d'autres acteurs pour évaluer la situation climatique aux États-Unis. Le premier volume du rapport, publié en 2017, résumait l'état actuel des connaissances sur les effets du climat sur les températures, les ressources en eau, l'élévation du niveau de la mer et les autres systèmes naturels du pays. La seconde moitié, publiée la semaine dernière, est consacrée à la manière dont le changement climatique pèse déjà sur le tissu économique et social des États-Unis.

En termes clairs, le nouveau rapport indique que, sans « réductions substantielles et durables » des émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique nuira à la population, à l'économie et aux ressources américaines. Le rapport souligne également comment ses pires effets peuvent être évités en nous adaptant à un monde plus chaud et en nous efforçant d’atténuer les futurs effets du changement climatique.

Le rapport « réunit les preuves de plus en plus nombreuses concernant l'ampleur des effets du changement climatique », indique Julie Pullen, directrice et spécialiste des sciences de la mer chez Jupiter Intelligence, qui a examiné une version antérieure du rapport. Et comme le rapport analyse en profondeur les effets climatiques à l'échelle locale, ajoute Julie Pullen, il offre aux Américains une vue réaliste de la manière dont le changement climatique a une influence sur leur vie quotidienne.

 

DES NOUVELLES DU FUTUR

Comme le rapport l'indique clairement, le changement climatique pose des risques différents selon les régions du pays. Dans les États vulnérables du sud-est, les inondations côtières devraient augmenter considérablement ; Charleston, en Caroline du Sud, pourrait connaître 180 inondations en un an d’ici à 2045, contre 11 par an en 2014. Dans le sud des Grandes Plaines, une chaleur extrême pourrait causer des milliers de morts prématurées et des milliards d’heures de travail perdues d’ici la fin du siècle. En écho au rapport scientifique de 2017, le nouveau volume renforce le fait que l'activité humaine - principalement les émissions de gaz à effet de serre - est la principale cause du changement climatique.

Le nouveau rapport examine notamment l'impact du changement climatique sur différents secteurs de l'économie, tels que l'agriculture, la préservation des forêts ou la pêche, et souligne leur vulnérabilité face aux changements futurs. Selon le rapport, si le changement climatique se poursuit sans relâche, les pertes annuelles du secteur agricole pourraient atteindre des milliards de dollars d’ici le milieu du 21e siècle.

Le rapport souligne que ces risques ne se conjuguent pas qu'au futur : beaucoup de ces effets sont déjà constatables. Les États-Unis sont déjà aux prises avec les coûts élevés du changement climatique. En outre, les conséquences du changement climatique aggraveront probablement les inégalités sociales et économiques à travers le pays. On le constate déjà, les populations les plus pauvres, les plus jeunes, les plus âgées et les personnes de couleur subissent de manière disproportionnée les dangers d'un présent bouleversé par les aléas climatiques - et ce fardeau devrait encore s'alourdir dans les décennies à venir.

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Malgré ces coûts de plus en plus élevés, le rapport indique que les villes, les États et les responsables fédéraux américains tiennent rarement compte des risques climatiques à venir dans leurs prises de décisions. Pourtant une planification réfléchie autour du changement climatique pourrait générer des avantages majeurs pour les communautés à travers tout le pays.

« Le message, c’est que c'est nous, humains, qui changeons le cours du climat », déclare Heidi Roop, chercheuse au sein du Climate Impacts Group de l’Université de Washington, qui a aidé à rédiger un chapitre du nouveau rapport. Cela affecte déjà « beaucoup de choses dont nous profitons chaque jour - notre gestion des eaux usées, notre environnement naturel, notre production d'énergie, nos routes, notre nourriture. Mais le rapport met en avant un autre aspect : que les gens s'engagent et qu'il y a de l'espoir ».

Cet accent mis sur l'action citoyenne marque une différence majeure entre le présent rapport et sa dernière édition, publiée en 2014. Au cours des quatre dernières années, les Américains ont acquis davantage d'expérience pour tenter d'atténuer les effets du changement climatique et de s'adapter aux nouveaux défis qu'il présente. Le rapport signale avec insistance que des efforts d'adaptation fructueux sont en cours, à la grande satisfaction de Pullen : « Je pense que c'est l'un des points forts du rapport, de donner à voir ces exemples ».

 

LES AMÉRICAINS ENTENDRONT-ILS CE MESSAGE ?

Le nouveau document fait suite à un autre rapport largement médiatisé du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat des Nations unies, qui expose sans détour les défis auxquels la planète est confrontée pour limiter les dommages causés par le changement climatique. Ce rapport avertit qu'en l'absence de mesures énergétiques visant à contrôler les émissions carbone, le changement climatique pourrait avoir des effets dévastateurs sur l'économie mondiale, les structures sociales et les ressources naturelles d'ici 2030. 

Mis bout à bout, les rapports envoient un message d'urgence. « Nous constatons déjà les effets extrêmes du changement climatique », même si le réchauffement global est relativement faible par rapport à ce qui se produira dans les années à venir, précise Cecilia Bitz, spécialiste des sciences de l’atmosphère à l’Université de Washington, qui a examiné une version antérieure du rapport. 

 

UN DRAME QUI SE JOUE DEPUIS DES ANNÉES

Ce nouveau rapport est seulement le nouvel épisode d'une série démarrée il y a bien longtemps. Il a été produit par le programme américain Global Change Research, un consortium composé de représentants de treize agences fédérales différentes, qui a été créé en 1990 à la suite de la signature par George HW Bush de la loi intitulée Global Change Research Act.

La loi de 1990 prévoyait un rapport tous les quatre ans afin de rassembler les meilleures recherches disponibles sur les effets du changement climatique aux États-Unis. Ces rapports étaient censés se pencher sur l'avenir, prédisant comment le climat transformerait la vie des Américains dans les 25 à 100 années à venir. 

À la fin des années 1980, le changement climatique était un sujet de conversation fréquent au sein du Congrès et du Sénat américains depuis plus de dix ans : en 1978, le Congrès avait adopté une proto-version de la loi appelant à une « évaluation des effets du climat » sur la société. Et tout au long des années 1980, des discussions sur le changement climatique ont été organisées au sein d'agences et de comités divers.

Simultanément, l'étude sur l’effet des taux de concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère sur les températures mondiales progressait rapidement, de telle sorte que, en 1988, le scientifique de la NASA James Hansen, pouvait s’asseoir devant un comité du Sénat et affirmer être sûr « à 99 % » que le réchauffement planétaire était en cours.

Des décennies plus tard, les sciences climatiques sont encore plus implacables. Mais « nous avons moins de discussions sur ce que cela signifie pour les communautés, les villes, les familles, ainsi que sur les choix que nous avons à disposition et sur la manière dont nous nous adapterons, » estime Hill. « Et c'est ce dont il s'agit. Je pense que nous avons vraiment besoin de saisir les occasions d'ouvrir cette conversation. »

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