Population mondiale : Le seuil des 8 milliards d’habitants a été dépassé

En seulement 12 ans, nous avons gagné un milliard d’habitants. Les conséquences de cette surpopulation pour notre bien-être et celui de la biodiversité dépendront de la manière dont nous luttons contre les changements climatiques.

De Craig Welch
Publication 28 nov. 2022, 16:22 CET
À la veille de Diwali, la fête des Lumières hindoue, les clients affluent sur un marché ...

À la veille de Diwali, la fête des Lumières hindoue, les clients affluent sur un marché de Bangalore. Dès cette année, l’Inde deviendra le pays le plus densément peuplé au monde en succédant à la Chine, qui occupait la première place du classement depuis deux millénaires. À l’heure où la population mondiale a atteint le seuil des 8 milliards d’habitants, certains pays comme le Nigeria connaissent une croissance démographique rapide, tandis que d’autres, comme le Japon, voient leur population diminuer.

PHOTOGRAPHIE DE Manjunath Kiran, AFP, Getty

Il aura fallu environ 300 000 ans, à compter de l’apparition d’Homo sapiens, pour qu’un milliard d’humains peuplent la Terre. C’était en 1804, l’année de la découverte de la morphine, de la déclaration d’indépendance d’Haïti de la France et également l'année où Beethoven a joué pour la première fois sa Symphonie n°3 à Vienne.

Le président américain Barack Obama effectuait son premier mandat la dernière fois que la population mondiale a gagné un milliard d’habitants supplémentaires. Seulement 12 ans après avoir passé la barre des sept milliards d’humains, la planète compte huit milliards d’habitants depuis la mi-novembre, selon les estimations des Nations unies, qui s’appuient sur ses meilleures projections démographiques.

Le moment précis où cela s’est produit est cependant indéterminé. Dans certaines régions du monde, les données du recensement n’ont pas été actualisées depuis des décennies. Et pendant la pandémie de COVID-19, certains pays se sont trouvés dans l’incapacité d’enregistrer chaque décès. Même les modèles informatiques les plus performants ont une année ou plus de décalage. Car oui, aucun recensement mondial en personne n’a jamais été effectué.

Le 15 novembre a toutefois été déclaré par l’ONU comme la « Journée des 8 milliards », car l’importance de ce moment ne fait aucun doute. Partout, les humains vivent plus longtemps, grâce à l’amélioration des soins de santé et de l’accès à l’eau propre ainsi qu’aux progrès accomplis en matière d’hygiène. Des facteurs qui ont tous contribué à la réduction de la prévalence des maladies. Les engrais et l’irrigation ont accru les rendements agricoles et permis une meilleure alimentation. Et dans de nombreux pays, le taux de natalité augmente alors que le taux de mortalité infantile diminue considérablement.

Âgée de 89 ans, Fumie Takino est la fondatrice et la membre la plus âgée de l’équipe de cheerleaders senior de Tokyo, baptisée Japan Pom Pom. La population du Japon a atteint son pic en 2010, avec 128 millions d’habitants. Aujourd’hui, le pays compte 125 millions d’habitants, un chiffre qui devrait continuer de diminuer au cours des quarante prochaines années. La population du Japon est la plus âgée au monde.

PHOTOGRAPHIE DE Kim Kyung-Hoon, Reuters

L’augmentation importante de la population mondiale s’accompagne évidemment de nombreux défis. La pollution et la surpêche dégradent de nombreuses zones maritimes. La faune disparaît à un rythme alarmant, sous l’effet de la déforestation et de l’accaparement des espaces sauvages pour l’urbanisation, l’agriculture et la production de marchandises fabriquées à partir des arbres. Le changement climatique, causé par un système énergétique mondial reposant massivement sur les énergies fossiles, devient rapidement la plus grande menace à la biodiversité, à la sécurité alimentaire, et à l’accès à l’eau potable et pour l’agriculture. Tout ça avec la population mondiale actuelle.

Les risques et opportunités de notre explosion démographique, et la crise des ressources qui y est liée, dépendent en grande partie de décisions que nous n’avons pas encore prises. Qu’est-ce qui déterminera notre avenir : les milliards de bouches à nourrir ou les milliards de cerveaux que nous pourrions solliciter pour y parvenir ?

« Nous ignorons encore quelles seront les conséquences exactes sur la vie humaine à l’avenir », observe Patrick Gerland, responsable des estimations démographiques au Département des affaires économiques et sociales des Nations unies.

« Jusqu’à présent, nous avons été, dans l’ensemble, capables de nous adapter et de trouver des solutions à nos problèmes, poursuit-il. Je pense que nous devons être quelque peu optimistes ».

Il reconnaît toutefois rapidement l’ampleur de la menace climatique. « Le simple maintien du statu quo et l’inaction ne sont pas une option, déclare-t-il. Que cela nous plaise ou non, des changements vont se produire et la situation ne va pas s’améliorer toute seule. Des interventions actuelles et futures sont nécessaires ».

En attendant, l’augmentation rapide de la population mondiale est l’expression de types de changements démographiques très différents prenant forme aux quatre coins du globe, lesquels suscitent de nombreuses discussions parmi les meilleurs démographes.

À Lagos, au Nigeria, Emmanuel et Nwakaego Ewenike vivent dans une seule pièce avec leurs quatre enfants depuis 11 ans. Ils n’ont pas d’eau courante et l’approvisionnement en électricité est aléatoire, une situation qualifiée comme « loin d’être idéale » par Emmanuel. Plus d’un tiers des Nigérians vivent dans une extrême pauvreté ; il s’agit du taux le plus élevé au monde. La population du Nigeria pourrait quadrupler d’ici la fin du siècle.

PHOTOGRAPHIE DE Yagazie Emezi, National Geographic

En Chine, le taux de natalité continue de chuter. Avec l’augmentation des possibilités d’éducation et de carrière, les femmes font le choix d’avoir moins d’enfants. Malgré une espérance de vie supérieure à celle de la plupart des pays, la population chinoise commence à décliner. Elle s’élève actuellement à 1,4 milliard d’habitants.

PHOTOGRAPHIE DE Justin Jin, National Geographic

DES CHANGEMENTS DÉMOGRAPHIQUES TRÈS DIFFÉRENTS

La probabilité que se produisent des explosions et des déclins démographiques de grande envergure semble se confirmer. L’évènement le plus important d’une telle nature vient tout juste de se produire de part et d’autre de la planète.

La Chine pourrait bien, dès cette année et pour la première fois depuis deux millénaires, ne plus être le pays le plus densément peuplé au monde, une distinction qui reviendra à l’Inde. Même avant l’instauration de la politique de l’enfant unique dans le pays en 1980, « les naissances déclinaient de façon presque continue en Chine », explique Patrick Gerland. Rien que dans les années 1970, le taux de natalité a été divisé par deux. Avec la multiplication des opportunités d’éducation et de carrière, davantage de femmes choisissent d’avoir des enfants plus tard et elles sont déjà moins nombreuses à être en âge de procréer.

Ces tendances se sont accélérées lors de la pandémie. Les naissances ont été 45 % plus nombreuses en 2015 qu’en 2020. Le taux de natalité de la Chine est désormais bien en deçà de celui des États-Unis.

Malgré une espérance de vie parmi les plus longues au monde, 85 ans, la population chinoise pourrait déjà avoir commencé à décliner. On assiste depuis 10 ans à une réduction de la population active : à l’heure actuelle, on compte à peine deux travailleurs par retraité ou enfant. Au cours des 25 prochaines années, la Chine pourrait compter plus de 300 millions d’habitants âgés de plus de 60 ans, qui grèveront les ressources financières du pays si l’on en croit une étude parue dans la revue Nature. Les dépenses de santé devraient ainsi doubler.

La situation est complètement différente en Afrique. Au Sahel, la croissance démographique est rapide. L’âge médian au Nigeria est de seulement 17 ans, soit moitié moins qu’en Chine. Si le taux de natalité diminue également, il demeure 20 fois plus élevé qu’en Chine.

La question de la sécurité alimentaire est déjà sur toutes les lèvres. Plus d’un tiers de la population nigérienne vit dans une extrême pauvreté. C’est plus que n’importe quel autre pays, y compris l’Inde, qui compte pourtant six fois plus d’habitants. Chez un tiers des ménages, un adulte doit occasionnellement sauter des repas pour nourrir sa famille.

Le Nigeria compte actuellement 216 millions d’habitants, mais sa population devrait quadrupler d’ici la fin du siècle. Le pays pourrait alors avoir autant d’habitants que la Chine, qui est 10 fois plus grande. Mais attention : tout dépend du taux de natalité. Ces projections reposent sur des hypothèses et la réalité pourrait être tout autre.

Le principal facteur de la baisse du taux de natalité est l’éducation, en particulier chez les filles. Il y a 10 ans, des chercheurs avaient ainsi démontré que l’amélioration de l’accès à l’éducation pourrait ralentir la croissance démographique mondiale de l’ordre d’un milliard d’ici 2050. La rapidité avec laquelle nous développons ces opportunités en matière d’éducation au cours des prochaines décennies, ainsi que l’importance que nous leur accordons, constituent l’une des principales questions auxquelles nous devrons apporter une réponse pour déterminer combien nous serons en 2100.

 

UNE SCIENCE COMPLEXE

Estimer la population à court terme ne prête pas tellement à controverse. « La majorité des personnes qui seront en vie en 2050 le sont déjà », explique Patrick Gerland.

L’ONU, un groupe de chercheurs de l’université de Washington basé à Seattle et d’autres spécialistes de Vienne, en Autriche, sont assez d’accord quant à ce que les 25 prochaines années nous réservent. Selon eux, et sur la base d’évènements passés, la prochaine pandémie mortelle ne devrait pas se produire de sitôt. Les démographes ne s’attendent pas non plus, malgré les crises telles que la guerre en Ukraine, à une migration en masse à l’échelle planétaire d’ici le milieu du siècle. La plupart des spécialistes estiment que nous serons plus de 9 milliards d’ici là.

Après cette date, les projections varient fortement. Il y a quelques années, l’ONU estimait que la population mondiale s’élèverait à 11 milliards d’habitants à l’horizon 2100. Elle a finalement revu à la baisse ces estimations plus tôt dans l’année, misant sur une population d’environ 10,4 milliards d’humains en raison de la baisse du nombre moyen d’enfants nés par famille. À l’Institut international pour l'analyse des systèmes appliqués (IIASA) de Vienne, les chercheurs ont estimé en 2018 que la population mondiale atteindrait 9,7 milliards d’habitants en 2070 avant de retomber à 9 milliards à la fin du siècle. Ils se sont appuyés sur différentes hypothèses, en sollicitant l’avis de spécialistes internationaux. « Il n’est pas uniquement question de fertilité, les progrès accomplis en matière de lutte contre la mortalité chez les enfants et les nourrissons sont aussi à prendre en compte », explique Anne Goujon, directrice du programme de la population à l’IIASA.

Quant à l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de Seattle, les experts avancent que la population atteindra son pic en 2064 avec 9,7 milliards d’habitants, avant de redescendre à 8,8 milliards (ou sans doute moins) d’ici 2100. Près d’une vingtaine de pays, dont la Bulgarie et l’Espagne, pourraient voir leur population divisée par deux. Les différences entre ces estimations s’expliquent en grande partie par la méthode complexe employée par les chercheurs afin de déterminer les futurs taux de natalité.

Outre les différences entre les modèles, tous les chercheurs s’accordent à dire que les efforts menés jusqu’à présent pour prendre en compte le changement climatique dans les projections démographiques sont insuffisants. Ceci s’explique partiellement par la rapidité avec laquelle le monde réduit ses émissions de gaz à effet de serre. Mais la difficulté réside aussi dans l’évaluation des conséquences climatiques. La chaleur extrême pourrait rendre des régions du Moyen-Orient, de l’Afrique sub-saharienne et de l’Inde inhabitables et les tempêtes risquent d’aggraver les problèmes de sécurité alimentaire. Il y a aussi la question de savoir comment les populations vont réagir à la montée des eaux dans les régions côtières densément peuplées.

« Personne ne le fait correctement à l’heure actuelle », indique Stein Emil Vollset, responsable des estimations de population pour l’IHME.

Estimations démographiques mondiales mises à part, le changement climatique et la politique auront aussi une influence importante sur la migration entre les pays. Les États-Unis et l’Europe de l’Ouest ont largement bénéficié de l’immigration, mais le sujet est devenu sensible sur le plan politique. D’autres pays affichant une démographique déclinante, comme le Japon, sont encore plus réticents à accueillir des immigrés.

Le déséquilibre observé dans les tendances démographiques, entre les populations qui connaissent une forte croissance et celles en déclin, qui est exacerbé par le changement climatique, provoquera très certainement une hausse de la pression migratoire aux quatre coins de la planète, ou presque.

« La seule solution pour nous sortir de ce déséquilibre démographique, c’est une collaboration internationale bien encadrée », conclut Stein Emil Vollset.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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