Environnement

Au Groenland, une ancienne base nucléaire menace l’environnement

Les glaces du Groenland cachent une bombe écologique à retardement. Confinées dans une base souterraine américaine désaffectée, des déchets radioactifs et toxiques pourraient refaire surface à la faveur de la fonte des glaces.

De Olivier Liffran

Dans le nord-ouest du Groenland, les installations de la base américaine Century Camp, abandonnée en 1967, auraient dû rester enfouies à jamais sous 36 m de glace. C’était sans compter avec le réchauffement climatique qui pourrait libérer d’énormes quantités de déchets dans l’environnement, rapporte une étude américano-canadienne publiée dans le journal Geophysical Research Letters.

Construite en 1959, la base devait officiellement servir à conduire des recherches scientifiques. En réalité, en pleine guerre froide, le Groenland présentait une position stratégique pour frapper l’URSS en cas de conflit ouvert.

Pendant plusieurs mois, le corps du génie de l’armée américaine a donc creusé dans la glace un immense complexe souterrain alimenté par un réacteur nucléaire. L'objectif est d'entreposer 600 ogives nucléaires, prêtes à l’emploi grâce à des rampes de lancement dirigées contre l’ennemi. Mais ce projet secret – nom de code : Iceworm – s’est avéré trop complexe. Il a été abandonné en 1967.

Durant la période d’activité de la base, le site a accumulé d’énormes quantités de déchets. Entre autres, les scientifiques ont recensé 200 000 l de gazole, de nombreux polychlorobiphényles (PCB) dangereux pour l’environnement, 240 000 l d’eaux usées et une quantité indéterminée de liquide radioactif issu du réacteur nucléaire.

Un inventaire effrayant qui n’a pas empêché les militaires d’opter à l’époque pour une décontamination minimale. Rien ne laissait alors présager que ce site constamment gelé pourrait connaître une rapide fonte des glaces.

D’après le scénario le plus alarmiste, les déchets pourraient se déverser dans les océans dès 2090. “Une fois que le site sera passé de l’enneigement à la fonte, ce ne sera qu’une question de temps avant que les déchets ne ressortent, ont commenté les scientifiques dans un communiqué. Cela devient irréversible.”

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