Espace

Toutes les images du système solaire sont fausses, sauf celle-là

N/A Jeudi, 9 novembre

De Robert Krulwich

Alors, où nous situons-nous sur l’échelle (par nous, j’entends les êtres humains) ?

Infinitésimaux

Femtométriques

Nanoscopiques

Subatomiques

Atomiques

Moléculaires

Mitochondriaux

Cellulaires

Microscopiques

Minuscules

Tous petits

Lilliputiens

Petits

Moyens

Épais

Gros

Immenses

Gigantesques

Mammouths

Colossaux

Léviathan

Vastes

Galactiques

Cosmiques

Universels

Tout dépend de qui pose la question. Pour un virus, nous sommes colossaux, voire vastes. Pour une girafe, nous sommes petits. Pour moi, les virus sont microscopiques (minuscules ?) alors que le système solaire, ah !, le système solaire… Il doit être du côté colossal, voire vaste, en fait, je n’en sais rien. Je peux lever la tête et regarder ce qui pourrait être Mars (celle un peu rosée) dans le ciel étoilé, mais je n’ai pas l’imagination, le sens de la métaphore ni des mathématiques pour prendre conscience de la distance. Tout ce que je sais, c’est que, comme l’a écrit Doug Adams dans Le Guide du voyageur galactique, « L'espace est immense. Vraiment immense. On n'a même pas idée à quel point il peut être incommensurablement immense. » Voilà. C’est comme ça que je mesure l’espace profond : je ne le mesure pas. Il dépasse mon entendement.

Mais cette semaine d'octobre 2015, comme un million à peu près d’autres personnes, j’ai vu la lumière. Ou plutôt, j’ai vu l’espace. J’ai vu, pour la première fois, à quel point l’espace est incommensurablement immense. Deux formidables réalisateurs, Wylie Overstreet et Alex Gorosh, ont trouvé ce qui n’allait pas dans toutes les représentations du système solaire que nous avons vues. Aucune de ces images ne rend justice à l’espace. Les planètes sont exagérées. Et dans leur film, To scale : The solar system, ils arrangent cela.

Ils ont donc reconstruit notre système solaire avec des corps célestes à la bonne échelle, ce qui veut dire que le Soleil, Mercure, Vénus et, tout au bout, Neptune (pardon, Pluton) sont follement petits. L’espace, en revanche, se réapproprie son immensité. Comme vous le voyez ci-dessous, la Terre (c’est Overstreet qui fait la démonstration) est une petite bille.

À l’aide d’un grillage de 3 mètres de long accroché à l’arrière de leur voiture, ils ont recréé les orbites des huit planètes sur le fond du lit asséché d’un lac dans le Nevada (Black Rock Desert, lieu du célèbre festival Burning Man), en retraçant les ellipses dans le sable. Ensuite, une fois la nuit tombée, ils ont roulé en suivant les orbites alors que Gorosh tenait une grosse lampe par la fenêtre de la voiture. Le film produit en time-lapse donne naissance à un système solaire aux allures de carnaval filant à toute vitesse, avec des toutes petites planètes posées sur des bâtons, chacune un petit point de lumière.

Le moment le plus merveilleux arrive à la toute fin, lorsqu’on se retrouve nez-à-nez avec la bille représentant la Terre et qu’on regarde le vrai Soleil se lever à l’est. Surprise ! Leur maquette du Soleil et le vrai Soleil font la même taille ! La maquette prend alors des airs de vérité. Overstreet prend la Terre, la jette sur le sol du désert pour la faire rouler en orbite, et c’est à ce moment-là que l’on voit, que l’on réalise, que notre planète, notre maison, est vraiment petite (minuscule ? toute petite ? Lilliputienne ?)

C’est beau à en pleurer.

 

Ma liste de petits et grands mots provient du livre Order of Magnitude: Methodical Rankings of the Commonplace and the Incredible for Daily Reference, by a Man of Extraordinary Genius and Impeccable Taste de Michael Hatch [non traduit en français, NdlT]. C’est un enchantement de savoirs où l’auteur passe du coq à l’âne en utilisant souvent des tas et des tas de mots de la même famille.