Espace

La Chine s'apprête à explorer la face cachée de la Lune

La CNSA, l’agence spatiale chinoise, a décidé d’envoyer un Rover sur la face cachée de la Lune afin d’étudier la possibilité d’y établir une base lunaire permanente. Une première mondiale. Mardi, 11 décembre

De Arnaud Sacleux

Tel le docteur Jekyll, la Lune possède deux visages. Il y a celui qu’elle dévoile au monde, que l’on appelle communément sa face visible. Il y a aussi celui que l’on ne voit pas depuis la Terre, une face cachée tapie dans l’obscurité, son « mister Hyde ». Si des photos et cartographies de cette face mystérieuse existent grâce à différents satellites, elle reste à ce jour encore inexplorée et totalement vierge de tout contact humain. Un module d’exploration chinois, baptisé Chang’e 4, a décollé ce 8 décembre depuis Xichang à bord de la fusée Longue Marche 3B afin de réaliser cet exploit inédit. Alunissage prévu pour le Nouvel An.

 

DE LA TERRE À LA LUNE

La Lune est source de fascination depuis la nuit des Temps. Jules Verne en avait fait un roman d’anticipation, la NASA une mission : depuis le 20 juillet 1969, la Lune n’a plus aucun secret pour nous, ou presque. En réalité, nous connaissons très peu la face cachée de notre satellite. La mission Chang’e 4 a pour mission d’y étudier les ressources de son sol afin de déterminer si l’établissement d’une base lunaire permanente y est possible. En premier lieu, des tests biologiques y seront menés : le rover a embarqué à son bord des œufs de bombyx, des semences de pommes de terre ainsi que plusieurs plantes très résistantes. Une caméra filmera leur éclosion et germination et analysera ainsi les besoins en lumière, température et humidité nécessaires à l’établissement potentiel d’une base.

« C'est une des premières fois que les Chinois entreprennent quelque chose que personne d'autre n'a encore fait » explique Jonathan McDowell, astronome au Centre Harvard-Smithsonian. Chang’e 4 est l’une des étapes du programme lunaire de la CNSA. La sonde marchera dans les pas de ses sœurs qui se sont toutes posées sur la face visible de la Lune : Chang’e 1 lancée en 2007, Chang’e 2 en 2010 et Chang’e 3 en 2013. Elle sera bien la première et la seule à se poser sur la face cachée, car Chang’e 5, dont le lancement est prévu en 2019, alunira elle-aussi sur la face visible de notre satellite.

 

UNE FACE BIEN MYSTÉRIEUSE

La mission Chang’e 4 sera périlleuse. Contrairement à la face visible, où le sol comporte suffisamment de surfaces planes, la face cachée présente un sol montagneux et très irrégulier. L’alunissage s’annonce compliqué, d’autant que les communications directes avec la sonde seront impossibles depuis la Terre : les ondes ne traversent pas la Lune. L’alunissage se fera donc à l’aveugle.

Si cette face cachée intrigue autant les chercheurs, c’est parce qu’elle est très différente du côté visible. Les disparités les plus marquantes sont ce que l’on appelle les « mers lunaires », ces tâches sombres qui donnent l’impression que la Lune nous regarde. Il s’agit en réalité de vastes cratères basaltiques creusés par des impacts de météorites et remplies il y a plus de 3 milliards d’années par des coulées de lave. La face cachée de la Lune ne présente pratiquement aucun de ces cratères. Chang’e 4 aura donc pour but de fournir de « précieux indices sur l’origine de cette disparité » avance Mark Wieczorek, chercheur à l’observatoire de Côte-d’Azur. Cette disparité est pour lui « un vieux débat, l'un des grands mystères [qui entoure] encore notre satellite naturel ».

 

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