Espace

L’Agence spatiale européenne veut exploiter les ressources de la Lune

L’Agence Spatiale Européenne (ESA) envisage une mission lunaire afin d’exploiter les ressources de notre satellite et d’assumer les ambitions spatiales d’un continent désireux de jouer un rôle majeur dans la conquête de l'espace. Vendredi, 25 janvier

De Arnaud Sacleux

Les missions lunaires ont du succès. La Chine a réussi il y a quelques semaines à faire alunir son rover Yutu-2 sur la face cachée de notre satellite et la NASA envisage d’y retourner d’ici 10 ans avec l’aide de nombreuses entreprises privées. De son côté, L’ESA souhaite devenir un acteur majeur de la conquête spatiale et prévoit de s’y rendre avant 2025. Si les premiers pas de l’Homme sur la Lune remontent à 1969 et que 12 astronautes ont foulé son sol depuis, ce serait une grande première pour l’Europe. Jan Wörner, qui dirige l’ESA, a confié à National Geographic les ambitions de ce projet.

 

MISSION FORAGE

Dans cette optique, l’ESA s’est associée à ArianeGroup et un vol avant 2025 est à l’étude. Le but d’une telle mission est avant tout scientifique selon un communiqué du groupe et permettrait « l'exploitation du régolithe, un minerai duquel il est possible d'extraire de l’eau », permettant d'envisager la Lune comme un avant-poste pour des missions plus lointaines : séparée, l’eau permet de récupérer de l'hydrogène et de l’oxygène qui, une fois mélangés, pourraient alimenter le moteur de fusées. D’autres ressources sont également présentes sur la Lune, comme l'hélium 3, un isotope très rare sur notre planète mais commun sur notre satellite naturel. Son exploitation permettrait de générer un nouveau type d’énergie sur Terre.

À partir de 2020, l’Europe sera munie d’un tout nouveau lanceur : Ariane 6, dont le premier vol est prévu pour 2020 et qui est destiné à remplacer Ariane 5. C’est plus précisément la version 64 qui est en développement et qui sera capable d'emporter jusqu’à 8,5 tonnes de matériel en orbite lunaire. « Les missions Apollo de la NASA ont un héritage scientifique extraordinaire et nous devons continuer à enquêter sur la Lune pour répondre aux grandes questions de l’humanité » explique Jan Wörner à National Geographic. « L'exploration robotique de la Lune nous permettra d'étudier son origine, sa structure, son histoire et son état actuel, et de répondre à des questions concernant la présence et la distribution de l'eau dans cette région. Les récentes missions d’orbiteur autour de la Lune ont montré qu’il y avait de la glace d’eau aux pôles et qu’elle était peut-être géologiquement active jusqu’à récemment. Il est temps d’aller sur la Lune pour en savoir plus. »

 

UN PROJET À LA HAUTEUR DE SES AMBITIONS

Pour l'Europe et ses pays membres, il s'agit bien sûr de faire progresser la science, mais c’est surtout l’occasion d'affirmer ses ambitions spatiales. Pour Jan Wörner, les avantages de telles missions de coopération « ne sont pas seulement scientifiques, sociaux et économiques: ils sont aussi géopolitiques. Notre ambition pour Space19 +, le prochain Conseil des ministres de l'ESA, qui se tiendra en novembre 2019, vise notamment à accroître la visibilité et l'engagement de nos activités, afin que nos États membres comprennent la nécessité d'investir davantage dans l'ESA. » Pour David Parker, directeur de la branche Exploration humaine et robotique à l’ESA, cette mission « fait partie du plan global de l'ESA pour faire de l'Europe un partenaire majeur au niveau mondial dans le domaine de l'exploration au cours la prochaine décennie ».

« La conquête de l'Espace est essentielle pour l'avenir de l'humanité en général. L'Europe doit y tenir sa place » conclut André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup.

Lire la suite