Histoire

Cinq questions à Jill Seaman, médecin en zone de guerre

Jeudi, 9 novembre

De Pat Walters

Jill Seaman a consacré des décennies à chercher le meilleur moyen d’apporter la médecine moderne aux populations persécutées du Soudan du Sud. Cette Américaine y est arrivée en 1989, lors d’une des pires épidémies que l’Afrique a connues (due au parasite appelé kala-azar) et en pleine guerre civile. Aujourd’hui, la guerre est finie, le Soudan du Sud a déclaré son indépendance et l’épidémie s’est calmée. Mais la violence, la maladie et, pire que tout peut-être, la peur, continuent d’affliger cette région.

 Que se passait-il quand vous êtes arrivée au Soudan du Sud ?

Presque la moitié de la population de la région était déjà morte. On traversait des villages sans âme qui vive. On voyait les cendres d’un feu. On marchait sur des os. Mais il n’y avait personne. Tout était silencieux, sinistre et accablant. 

Vous avez dû combattre le responsable de tous ces morts. Pouvez-vous décrire l’ennemi?

Le kala-azar, transmis par une piqûre de diptère, déclenche une fièvre débilitante et une dépression profonde. La mort survient en quelques semaines. La maladie se soigne mais, en 1989, à mon arrivée au Soudan avec Médecins sans Frontières, les malades ne  disposaient d’aucun traitement dans le bush. Nous avions donc besoin de faire de la recherche pour fournir traitements et diagnostics de pointe dans une hutte en terre sèche. C’était l’objectif de l’essentiel de nos recherches, et il reste d’actualité. 

Mais avez-vous éradiqué la maladie ces vingt dernières années ?

Non. Il est difficile de comparer l’épidémie à ce qui se passe aujourd’hui parce que nous avons des centres de santé. Mais, depuis trois ans, nous observons une recrudescence de l’épidémie. L’an dernier, nous avons traité 2 500 patients, un nombre significatif. 

Votre clinique a été bombardée et brûlée. Mais vous répétez que vous n’avez pas le goût du risque.

Je ne l’ai pas. Vraiment pas. J’ai une passion pour l’aide médicale et pour le Soudan. Je peux vous raconter toutes sortes de choses effrayantes, comme ce massacre dans une ville située juste au nord d’ici, où environ 200 personnes ont été tuées en quelques heures. Ils ont tiré sur les gens, sur les femmes qui lavaient leur linge. Mais cela n’a rien à voir avec les raisons de ma présence ici.

Pourtant vous y êtes. Et c’est risqué, n’est-ce pas?

Pour moi, la question n’est pas que je prends des risques. Chacun prend des risques. La vie est un risque. Ceux qui habitent ici savent qu’elle peut s’arrêter dans l’heure. Et cependant ils vivent. Et ils sont heureux. Et je suis amenée à être en contact avec des millions de gens pour les aider – je l’espère. Comment pourrais-je avoir plus de chance ?