Histoire

En Syrie, des drones au secours du patrimoine en péril

En Syrie, une start-up française numérise à l’aide de drones des grands sites historiques menacés par la guerre. Jeudi, 9 novembre

De Olivier Liffran

Avant la guerre, elle était l’un des plus beaux édifices du monde musulman. Le minaret de la Grande mosquée d’Alep, érigé au temps des Omeyyades, n’est aujourd’hui plus qu’un tas de gravats.

Depuis le début du conflit en 2011, des centaines de sites historiques ont été pillés ou détruits. Un désastre qui a incité Iconem, une entreprise française spécialiste de la reconstitution 3D, à se lancer dans un pari fou : créer une mémoire numérique du patrimoine syrien en numérisant des sites en péril.

Mis en ligne mardi 15 mars, le projet Syrian Heritage permet aux internautes de se familiariser avec les trésors du patrimoine syrien grâce à des images 3D, à des visites virtuelles interactives et à des vidéos en images de synthèse. “Notre objectif était double : collecter un maximum d’informations à destination des scientifiques et du grand public, ainsi qu’aider à la restauration future de ces monuments”, explique Yves Ubelmann, architecte-archéologue et cofondateur d’Iconem.

L’entreprise collabore depuis un an avec des archéologues de la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie (DGAM). Grâce à l’aide de quelques mécènes, elle leur a fait parvenir des drones équipés d’appareils photo qui ont recueilli des milliers d’images. Puis, Iconem les a traitées par photogrammétrie, un procédé qui permet de reproduire les sites avec une très grande précision (de l’ordre du millimètre).

Yves Ubelmann et son collègue Philippe Barthélémy se sont rendus à Damas en décembre afin de former leurs homologues syriens et d’effectuer des prises de vue. En raison du contexte sécuritaire, ils n’ont pas pu se rendre partout. “En tant qu’Occidentaux, nous pouvions être pris pour cibles”, explique Yves Ubelmann. C’est pourquoi ils ont dû se limiter à des zones accessibles comme Damas, Tartous ou Lattaquié.

“Malgré la guerre, les archéologues du DGAM font un travail extraordinaire, poursuit Yves Ubelmann. Mais ils n’ont aucune aide extérieure et se sentent abandonnés. Il est grand temps de les aider.”